Montpellier, ville la plus menacée par le changement climatique en France

Montpellier est la seule grande métropole française classée en zone rouge climatique, selon une cartographie inédite de Reclaim Finance.

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Aucune autre grande ville française ne se trouve dans la situation de Montpellier. Une cartographie inédite vient de la classer parmi les territoires les plus exposés du pays, à un niveau qu’aucune métropole comparable n’atteint. Reste à savoir si la ville a les moyens d’encaisser ce que le climat lui prépare.

Une carte où Montpellier se distingue seule

La plateforme « Assurer ma ville », conçue par l’ONG Reclaim Finance et le collectif Data for Good, passe au crible près d’un quart des communes françaises. Elle croise leur exposition aux catastrophes naturelles avec la dégradation de leurs conditions d’assurance. Parmi les dix plus grandes villes du pays, neuf se situent en zone jaune ou orange. Montpellier, elle, bascule en zone rouge.

Lyon occupe l’autre extrémité du classement. La deuxième agglomération de France figure parmi les grandes villes considérées comme les moins vulnérables, ce qui accentue le contraste avec Montpellier plutôt que de le nuancer.

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Quatre critères déterminent ce score. L’exposition aux catastrophes naturelles, inondations, sécheresse, retrait-gonflement des argiles, feux de forêt, séismes, en constitue le socle. Reclaim Finance y ajoute la qualité de la prévention et de la gestion des risques, à travers les plans d’aménagement et l’information des populations, ainsi que la situation socio-économique du territoire, mesurée par son niveau de richesse et sa capacité d’investissement. Les dépenses d’assurance multirisques, garantie catastrophes naturelles comprise, complètent le calcul. Sur la carte, le bleu et le vert désignent les communes les moins exposées ; le rouge marque celles où ces quatre facteurs se cumulent. Dans certains territoires d’outre-mer, plus d’une commune sur deux entre dans cette catégorie, en raison des cyclones, de la montée des eaux et du recul du trait de côte.

Ce que la ville a vécu en décembre

Ce classement 2026 n’a rien d’abstrait pour les Montpelliérains : ils en ont fait l’expérience quelques semaines plus tôt. Entre 100 et 130 millimètres de pluie sont tombés en vingt-quatre heures sur le secteur montpelliérain en décembre 2025. Le Lez, la Mosson et l’Hérault sont sortis de leur lit. Des lignes de tramway se sont arrêtées, des quartiers entiers se sont retrouvés sous l’eau, et Enedis a recensé plusieurs milliers de foyers privés d’électricité dans le département, dont plusieurs centaines à Montpellier même.

À Agde, le niveau de crue du fleuve Hérault a rejoint celui de novembre 1994, selon Météo-France. Le département a été placé en vigilance rouge crues. Les pompiers ont reçu plus d’un millier d’appels et effectué des dizaines de sauvetages.

Un arrêté interministériel a reconnu, le 19 janvier 2026, l’état de catastrophe naturelle pour 41 communes de l’Hérault, au titre des inondations et coulées de boue de décembre. Montpellier figure sur cette liste.

Un département cerné par deux extrêmes

L’Hérault compte parmi les départements où le nombre de communes classées en zone rouge est le plus élevé, selon la même cartographie. Castres, dans le Tarn, Bergerac, en Dordogne, et Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, y figurent aussi. Ces villes moyennes partagent avec Montpellier la même exposition, bien au-delà de la seule préfecture héraultaise.

La pluie n’est pas le seul risque qui pèse sur le même territoire. Les nappes phréatiques de l’Hérault sont restées durablement basses en 2025, et plusieurs bassins versants, dont ceux qui alimentent l’agglomération montpelliéraine, ont vécu des mois de restrictions d’eau, parfois interrompues par les épisodes pluvieux violents décrits plus haut. Le Comité national de gestion des risques en agriculture a reconnu, la même année, des calamités agricoles dans le département : des orages ont frappé les cultures au printemps, une vague de chaleur les a de nouveau affectées fin juin et début juillet. L’État a pris en charge une partie des pertes de fond sur certaines exploitations, dans les campagnes qui ceinturent la métropole.

Plus de la moitié du territoire national est touchée par le retrait-gonflement des argiles, phénomène qui fissure les bâtiments construits sur sols argileux. Montpellier, urbanisée sur ce type de sol et déjà classée en zone rouge pour l’ensemble de ces aléas, cumule ainsi crues, sécheresse et mouvements de terrain sur un même périmètre.

Pourquoi les assureurs se retirent

L’un des quatre critères qui ont valu à Montpellier son classement en zone rouge porte précisément sur ce point : le niveau des dépenses d’assurance multirisques des communes. Reclaim Finance relève que 82 % des communes françaises ont vu ces dépenses augmenter entre 2020 et 2024. Depuis début 2025, la surprime catastrophes naturelles appliquée aux contrats immobiliers a été relevée. Dans plusieurs communes, les assureurs ont cessé de répondre aux appels d’offres.

Environ 1 500 communes rencontrent des difficultés pour s’assurer, entre absence de réponse des assureurs et refus de reconduction de contrats, selon l’Association des maires de France, qui a lancé l’alerte dès 2024. Certaines villes ont vu leurs dépenses d’assurance grimper de plus de 100 % en quelques années, un mouvement que l’Hérault, département comptant l’un des plus forts taux de communes en zone rouge, n’a pas non plus épargné.

« Sans action rapide, les maires se retrouveront seuls face à une véritable crise dont l’ampleur dépasse largement les moyens d’action à leur disposition », a déclaré Tom Hauser, chargé de campagne sur l’assurabilité des risques climatiques au sein de Reclaim Finance. Les communes les plus exposées au climat sont souvent celles dont les budgets sont les plus serrés, un cumul que la métropole montpelliéraine illustre par sa double inscription au classement : zone rouge climatique et zone de tension assurantielle.

Les chiffres nationaux confirment la trajectoire. France Assureurs évalue le coût des sinistres climatiques à 5,2 milliards d’euros en 2025, contre 3,9 milliards en 2024. La grêle représente à elle seule 2,2 milliards d’euros, ce qui en fait la deuxième année la plus coûteuse depuis le milieu des années 1980.

Ce que l’État a mis en place, et ses limites

Le gouvernement a présenté un plan d’action le 14 avril 2025, quelques mois avant les crues qui ont frappé Montpellier et l’Hérault. Il prévoit la création de CollectivAssur, une cellule chargée d’accompagner les communes en quête de contrats d’assurance, et s’accompagne d’une Charte de l’assurabilité signée avec les assureurs et les associations d’élus. Opérationnelle depuis l’été 2025, CollectivAssur a traité plusieurs dizaines de saisines dans ses premiers mois, dont une part jugée comme des urgences. Les 41 communes de l’Hérault reconnues en état de catastrophe naturelle en janvier 2026, Montpellier comprise, peuvent désormais solliciter ce dispositif.

Présenté en 2025, le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique fixe un cadre pour la prévention des risques et le financement de l’adaptation des territoires. Le Fonds Barnier, qui finance études et travaux de protection, a vu ses crédits renforcés.

La Caisse centrale de réassurance et Météo-France projettent, d’ici 2050, un coût cumulé des catastrophes naturelles nettement supérieur à celui des trois décennies précédentes. Plusieurs élus et ONG jugent ces dispositifs insuffisants au regard d’une trajectoire qui place déjà Montpellier parmi les villes les plus exposées du pays.

Montpellier continue de construire

Lors de l’enquête publique sur le plan local d’urbanisme intercommunal de la Métropole, des associations et collectifs environnementaux ont dénoncé la mise en cause d’importantes surfaces de terres naturelles et agricoles. Ces espaces jouent un rôle de tampon lors des crues et de régulateur thermique lors des canicules, selon ces collectifs, qui jugent le projet incompatible avec le risque d’inondation déjà identifié sur le territoire.

La municipalité met en avant d’autres engagements. Montpellier a signé en 2025 la charte « Plus fraîche ma ville » avec l’Ademe, l’agence publique chargée de la transition écologique, qui prévoit la végétalisation d’espaces publics et la désimperméabilisation de surfaces minérales. La ville prévoit de transformer l’esplanade Charles-de-Gaulle pour y faire baisser les températures estivales, en plantant davantage d’arbres et en installant des sols perméables.

En conditions estivales normales, les nuits montpelliéraines sont déjà plus chaudes que celles des zones rurales environnantes, selon des mesures de Météo-France. La Métropole dispose par ailleurs d’un Plan Climat Air Énergie Territorial, qui fixe des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Les documents d’urbanisme de la Métropole continuent, dans le même temps, d’ouvrir à la construction des terres jusque-là agricoles.



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