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- 1 000 euros la semaine, sans les taxes
- 147 millions de nuitées, mais à quel prix ?
- Du terrain nu au resort étoilé
- L’arithmétique qui pousse à monter en gamme
- Fonds souverains et parcs aquatiques
- En quinze ans, le camping à la tente a reculé de vingt points
- Le filet social des vacances populaires en tension
Cette saison, louer un mobile home quatre personnes en juillet revient à débourser jusqu’à 1 200 euros la semaine et la facture ne s’arrête pas là. Pendant que les grands groupes et les fonds d’investissement rachètent le secteur à tour de bras, les parcelles nues où l’on plantait sa tente disparaissent à un rythme d’environ 3 % par an. Le camping populaire, celui de la tente plantée sans réservation, est en train de céder la place à autre chose.
1 000 euros la semaine, sans les taxes
En 2026, un mobile home quatre personnes en juillet-août coûte entre 1 000 et 1 200 euros la semaine dans un camping classé. L’été précédent, la fourchette s’établissait à 950-1 150 euros. La progression atteint 5 à 8 % en un an. Les emplacements nus, parcelles non équipées où les campeurs installent leur propre tente ou caravane, s’affichent entre 15 et 30 euros la nuit, en hausse de 3 à 5 %. Au total, les familles déboursent 4 à 7 % de plus qu’en 2025.
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À cette hausse s’en ajoute une autre, moins visible. Depuis la loi de finances 2019, les communes fixent librement leur taxe de séjour dans la limite de plafonds nationaux. En 2026, de nombreuses stations balnéaires du Var, de PACA et de Vendée ont relevé leur barème. Pour un camping cinq étoiles en commune touristique, la taxe peut désormais dépasser 1,50 euro par nuit et par personne. Pour une famille de quatre, une semaine génère ainsi plusieurs dizaines d’euros supplémentaires rien qu’en taxe de séjour, en sus du prix de l’hébergement.
Un amendement sénatorial déposé en novembre 2025 envisage d’aller plus loin, en remplaçant ce tarif forfaitaire par une taxe proportionnelle au prix de la nuitée. Si le texte aboutissait, les séjours les plus chers seraient frappés plus lourdement encore.
147 millions de nuitées, mais à quel prix ?
Le 31 mars 2026, la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA) a présenté ses chiffres pour 2025 : 147,5 millions de nuitées, soit une hausse de 4,5 % sur un an. C’est une année record. Près d’un Français sur trois a séjourné en camping au cours des trois dernières années.
Parmi les facteurs qui poussent les prix à la hausse figure la composition de la clientèle. Les Néerlandais ont représenté, à eux seuls, 12,2 millions de nuitées entre mai et août 2024, un chiffre en progression de 7 %. Allemands, Belges et Britanniques dépensent en moyenne davantage que les Français et renoncent moins facilement à leurs vacances quand les tarifs augmentent. Cette clientèle européenne, concentrée dans les campings classés quatre et cinq étoiles, soutient des prix que les familles françaises les moins aisées ne peuvent plus toujours suivre.
Selon une enquête Ipsos pour Alliance France Tourisme publiée en 2025, 30 % des Français qui partent en vacances raccourcissent leur séjour pour des raisons budgétaires. Les ménages modestes sont 32 % à ne pas partir du tout, les ruraux 31 %, les seniors 27 %. Le secteur affiche des records de fréquentation. Une fraction croissante de ses clients habituels ne peut plus en assumer le coût.
Du terrain nu au resort étoilé
Pour comprendre pourquoi les prix ont atteint ce niveau, il faut revenir à la transformation du produit lui-même. Les premiers mobile homes sont apparus dans les campings français au début des années 2000. En 2026, cet hébergement est omniprésent : climatisé, doté d’une cuisine équipée et de chambres séparées, il ressemble davantage à un appartement de location saisonnière qu’à un hébergement de plein air. Autour, les campings ont construit des parcs aquatiques, ouvert des clubs enfants, installé des espaces bien-être.
Ce glissement vers le confort se lit dans les comportements de recherche : sur plusieurs moteurs spécialisés, le toboggan aquatique est devenu le premier critère filtré par les internautes au moment de choisir un camping, devant la localisation ou le prix. Ce qui était un équipement secondaire est devenu un attendu de base.
Plus de 85 % des campings français sont aujourd’hui classés par étoiles, un système officialisé et étendu à une catégorie cinq étoiles en 2010. On en recense aujourd’hui environ 260 à 280, selon les dernières données de l’INSEE. Les quatre et cinq étoiles représentent 22 % du parc mais concentrent plus de 60 % des nuitées. Cette montée en gamme massive a un coût d’investissement considérable et c’est précisément ce coût qui explique la hausse des tarifs.
L’arithmétique qui pousse à monter en gamme
Installer un mobile home coûte environ 30 000 euros. Construire un parc aquatique revient à entre 1 et 4 millions d’euros selon la taille. Ces montants sont hors de portée d’un petit camping indépendant. Mais pour ceux qui peuvent investir, la rentabilité est sans comparaison : un mobile home peut générer jusqu’à 20 000 euros de chiffre d’affaires annuel, quand une parcelle nue en rapporte entre 1 500 et 6 000 euros. La conséquence directe est mécanique : les emplacements nus disparaissent au profit des hébergements équipés.
Les charges d’exploitation ont progressé en parallèle. L’énergie a augmenté de près de 8 % en 2025. La revalorisation du SMIC a alourdi les frais de personnel. Les mises aux normes nécessaires pour obtenir un classement supérieur mobilisent des budgets croissants. Dans les zones littorales où le foncier est rare et le prix du terrain élevé, un gérant indépendant qui ne peut pas investir finit généralement par vendre et c’est là qu’entrent en scène les grands groupes.
Sur le littoral précisément, la loi Littoral et la loi Montagne rendent la création de nouveaux campings quasiment impossible. En décembre 2025, le sénateur Philippe Paul a interpellé le gouvernement sur l’impossibilité pour les campings côtiers de s’étendre à cause de ces deux textes. Le foncier est rare, la concurrence faible, et les marges assurées pour qui détient déjà un emplacement.
Fonds souverains et parcs aquatiques
PAI Partners. Le fonds souverain d’Abou Dhabi. Ces noms ne s’associaient pas spontanément au camping il y a vingt ans. Ils figurent aujourd’hui parmi les investisseurs du secteur, aux côtés de groupes comme le groupe PHA, qui regroupe les enseignes Capfun, ClicoChic et Vagues Océanes et dépasse 240 établissements en Europe, ou Sandaya, Homair et Yelloh! Village. Leur modèle est constant : racheter des campings indépendants, les rénover, les intégrer à une enseigne nationale ou européenne, supprimer les parcelles nues les moins rentables et développer les hébergements équipés.
Sandaya a déployé en 2025 un plan d’investissement de 150 millions d’euros pour atteindre 68 campings et 24 200 emplacements. Son chiffre d’affaires a progressé de 310 millions d’euros en 2024 à 357 millions en 2025. Pour 2026, le groupe prévoit 70 millions d’euros d’investissements supplémentaires. L’European Camping Group, qui regroupe Homair, Tohapi et Marvilla Parks, est devenu un acteur continental après le rachat de Vacanceselect en 2023.
Ces chaînes ne représentent que 18 % des campings français mais génèrent 65 % du chiffre d’affaires du secteur, estimé entre 4 et 4,7 milliards d’euros en direct par la FNHPA et le cabinet Asterès. Ces mêmes analystes évaluent les retombées économiques totales de la filière à 31 milliards d’euros.
En quinze ans, le camping à la tente a reculé de vingt points
En 2011, les emplacements nus représentaient 71 % du parc français. Aujourd’hui, selon Nicolas Dayot, président de la FNHPA, cette part est tombée à 51 %. La France comptait plus de 9 000 campings en 2000 ; elle en recense environ 7 400 aujourd’hui. Dès 2023, Nicolas Dayot avait alerté sur les quelque 3 000 petites structures supplémentaires menacées de fermeture faute de rentabilité suffisante, des campings municipaux ou familiaux, proposant des nuits à moins de 20 euros, qui n’ont pas les moyens d’investir dans la montée en gamme.
Le collectif Sauvons le vrai camping, fondé en février 2023 par cinq gérants indépendants, chiffre la disparition à environ 3 % des emplacements nus par an, chaque fois remplacés par des hébergements équipés. Il demande qu’une proportion minimale de parcelles nues soit rendue obligatoire dans tout camping classé. « Dans quinze ans, les campings à l’ancienne n’existeront plus en France », a déclaré Valérie, gérante d’un camping familial dans le Luberon et membre du collectif.
En 2025, les nuitées en emplacements nus ont progressé de 4,8 %, à 52,7 millions. La demande pour cette formule reste élevée. Les professionnels qui la proposent sont de moins en moins nombreux à le faire. Le collectif a adressé une lettre ouverte à l’ancienne ministre du Tourisme Olivia Grégoire et obtenu des échanges avec les services du ministère, qui ont reconnu la nécessité de travailler sur le sujet. Une pétition a recueilli près de 7 000 signatures.
Le filet social des vacances populaires en tension
Pour les familles les plus modestes, une aide publique existe : le programme VACAF, géré par la Caisse d’allocations familiales, prend en charge une partie du coût des séjours en camping, jusqu’à 70 % pour les foyers dont le quotient familial, le barème utilisé par la CAF pour évaluer les ressources d’un ménage, est inférieur à 300 euros, et jusqu’à 60 % pour un quotient compris entre 301 et 750 euros.
En 2024, les crédits disponibles ont été épuisés avant que toutes les familles éligibles puissent en bénéficier. Ce rationnement a fait l’objet d’une question parlementaire à l’Assemblée nationale la même année. Des familles qui remplissaient toutes les conditions requises n’ont pas pu partir.
Partir sans réserver, s’arrêter en bord de route, planter sa tente entre deux inconnus qui deviendraient peut-être des voisins de quinze jours : ces pratiques supposaient l’existence de parcelles disponibles à la nuit, sans engagement à l’avance. Les campings récents imposent des créneaux d’arrivée stricts, un règlement intérieur détaillé, des animations programmées. L’offre qui permettait ces usages rétrécit chaque année. Et les aides qui auraient pu compenser la hausse des prix ne suivent plus.


