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- 1,90 euro par action, et peut-être 2
- Le seuil des 80 % qui fait tout basculer
- Dix ans de pertes, une restructuration à 900 millions
- Deux exercices bénéficiaires, et 600 millions à trouver
- Un fonds à 430 milliards, déjà rodé aux parcs européens
- 330 sites, cinq marques, et un avenir qui se joue à Abou Dhabi
Le fonds souverain d’Abou Dhabi a déposé une offre ferme sur la totalité du capital du groupe touristique français, avec une prime de plus de 40 % sur les cours antérieurs. Pour un groupe qui sort à peine d’une décennie de pertes, l’arrivée d’un acquéreur disposant de 430 milliards de dollars de ressources ouvre une page que ses actionnaires actuels n’avaient pas les moyens d’écrire. Reste un verrou : sans les actionnaires minoritaires, le deal ne peut pas franchir le seuil des 80 % exigé pour aboutir. Leur réponse est attendue avant le 17 juillet.
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1,90 euro par action, et peut-être 2
Mubadala Capital propose de racheter l’intégralité des actions de Pierre et Vacances-Center Parcs pour 1,90 euro par action. La valeur totale de la transaction avoisine un milliard d’euros. Concrètement, le groupe versera d’abord à ses actionnaires une distribution exceptionnelle de 0,11 euro par action — une sorte de dividende anticipé prélevé sur la trésorerie du groupe avant la vente. L’acquéreur paiera ensuite 1,79 euro par action pour le solde, ce qui revient bien, pour l’actionnaire, à recevoir 1,90 euro au total.
Un complément de prix de 0,10 euro par action pourrait s’ajouter si Mubadala Capital parvient à retirer le titre de la Bourse à l’issue de l’opération, portant alors la valeur maximale reçue à 2 euros par action.
La prime affichée est de 35 % par rapport au dernier cours précédant l’annonce, le 18 juin 2025, de l’ouverture d’un processus de cession, et dépasse 40 % par rapport aux niveaux de marché antérieurs à cette séquence. La veille de l’annonce de l’offre, le titre évoluait autour de 1,77 euro. Après sa publication, il s’est rapproché du prix proposé. L’offre a été présentée comme amicale et intégralement financée.
Le seuil des 80 % qui fait tout basculer
Pour qu’une offre de rachat en Bourse aboutisse à un retrait complet du marché, l’acquéreur doit en général obtenir l’accord d’une très large majorité des actionnaires. Mubadala Capital a fixé ce seuil à 80 % du capital, qu’il doit atteindre avant le 17 juillet 2026. Les trois actionnaires principaux du groupe, Alcentra, Atream et Fidera, entrés au capital lors de la restructuration de 2022, ont d’ores et déjà apporté leur soutien. Ils représentent ensemble 58,6 % du capital.
Vingt points de pourcentage manquent encore. Le conseil d’administration a voté à l’unanimité en faveur de l’offre, mais ce vote n’engage pas les actionnaires minoritaires, les petits porteurs et fonds qui détiennent le solde du capital. Sans eux, l’opération échoue. Sous réserve des autorisations réglementaires, le dépôt formel de l’offre auprès de l’Autorité des marchés financiers est prévu au premier trimestre 2027.
Dix ans de pertes, une restructuration à 900 millions
En 2022, Pierre et Vacances-Center Parcs affichait plus d’une décennie de pertes consécutives au moment où Franck Gervais, nommé à la tête du groupe, a engagé une restructuration de grande ampleur. Environ 700 millions d’euros de dettes ont alors été effacés ou transformés en actions, un mécanisme qui réduit les remboursements à venir en échange d’une part du capital accordée aux créanciers. Dans le même mouvement, trois fonds d’investissement, Alcentra, Atream et Fidera, ont injecté 200 millions d’euros en fonds propres.
L’État français est devenu actionnaire indirect du groupe à l’issue de l’opération. Pendant la crise sanitaire, Pierre et Vacances-Center Parcs avait contracté un prêt garanti par l’État, dispositif mis en place par le gouvernement pour soutenir les entreprises en difficulté. Une partie de ce prêt a été convertie en actions, faisant de l’État un créancier devenu actionnaire malgré lui. Le plan stratégique « RéInvention », conduit en parallèle, a restructuré les coûts et recentré le groupe sur ses activités touristiques.
Deux exercices bénéficiaires, et 600 millions à trouver
Sur l’exercice 2024-2025, Pierre et Vacances-Center Parcs a publié un chiffre d’affaires proche de 1,95 milliard d’euros et un résultat net de 40,6 millions d’euros, en hausse par rapport à l’exercice précédent. L’excédent brut d’exploitation ajusté, l’EBITDA, indicateur de la rentabilité opérationnelle avant impôts, amortissements et éléments exceptionnels, s’est établi à 181,1 millions d’euros. C’est le deuxième bénéfice consécutif depuis la restructuration.
Le groupe vise, à horizon 2030, un chiffre d’affaires d’environ 2,5 milliards d’euros et un excédent brut d’exploitation de 270 millions, soit une marge d’environ 11 % sur le chiffre d’affaires. Pour y parvenir, la direction prévoit de porter le parc de 45 000 à plus de 50 000 unités d’hébergement, avec des investissements estimés à 600 millions d’euros sur plusieurs années, rénovations, montées en gamme, nouveaux projets. La revue stratégique lancée en 2025 avait précisément pour mission d’identifier un partenaire capable d’apporter ces capitaux.
Un fonds à 430 milliards, déjà rodé aux parcs européens
Mubadala Capital est la branche de gestion d’actifs et d’investissement alternatif de Mubadala Investment Company, l’un des principaux fonds souverains d’Abou Dhabi, c’est-à-dire un fonds contrôlé directement par l’État des Émirats arabes unis pour gérer et faire fructifier les richesses nationales. Selon Reuters, les actifs gérés par Mubadala ont atteint 385 milliards de dollars fin 2025, en hausse de 17 % sur un an. Après la finalisation du rachat de CI Financial, une société canadienne de gestion de patrimoine, Mubadala Capital a indiqué gérer, conseiller ou administrer plus de 430 milliards de dollars d’actifs combinés.
Le fonds n’en est pas à sa première incursion dans les loisirs européens. Mubadala Capital a détenu de 2019 à 2023 le Groupe Looping, opérateur de dix-huit parcs de loisirs régionaux en Europe, avant de le céder à PAI Partners après une phase de croissance et de modernisation. Pierre et Vacances-Center Parcs mêle hébergement touristique, destinations familiales et gestion de sites de loisirs à grande échelle, exactement le type d’actif que Mubadala a déjà géré et revendu avec profit.
330 sites, cinq marques, et un avenir qui se joue à Abou Dhabi
Fondé à la fin des années 1960 par Gérard Brémond, Pierre et Vacances-Center Parcs exploite aujourd’hui près de 330 sites et gère plus de 45 000 logements à travers l’Europe, sous les marques Pierre & Vacances, Center Parcs, Villages Nature, maeva.com et Adagio, cette dernière codéveloppée avec le groupe hôtelier Accor. Plusieurs millions de clients séjournent chaque année dans ses résidences en mer, à la montagne, à la campagne ou en ville. Le groupe a également engagé une communication renforcée sur la transition environnementale, en particulier sur la biodiversité et la gestion des ressources naturelles de ses sites.
Si Mubadala Capital franchit le seuil des 80 %, Pierre et Vacances-Center Parcs quittera la Bourse de Paris et passera sous le contrôle d’un fonds souverain émirati, une première dans l’histoire du groupe. Les 600 millions d’euros d’investissements annoncés conditionnent directement l’ampleur des rénovations sur les sites, l’évolution des prix pour les vacanciers et le maintien des effectifs dans les établissements.


