La sécurité des données ne doit pas freiner la réforme de la facturation électronique

Facturation électronique : les DAF craignent pour leurs données. Stéphanie Auchabie, DG Quadient France Benelux, démontre que la réglementation rend ces craintes dépassées.

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La réforme de la facturation électronique est inéluctable. Pourtant, les directions financières continuent de la redouter, souvent pour de mauvaises raisons. La première d’entre elles ? La sécurité des données. Une crainte légitime, mais que les dispositifs réglementaires et techniques mis en place permettent désormais d’objectiver et de surmonter.

Un frein persistant

Toute transformation organisationnelle engendre des résistances. C’est humain, c’est normal et la dématérialisation des factures ne fait pas exception. Mais dans le contexte spécifique de la réforme de la facturation électronique, ces freins ne peuvent pas rester sans réponse trop longtemps.

Selon une récente étude[1], 34 % des DAF interrogés déclarent craindre pour la sécurité de leurs données financières. La sécurité des données s’impose ainsi, pour la deuxième année consécutive, comme le premier obstacle identifié à la transition vers la facture électronique. Viennent ensuite la difficulté à rassembler toutes les données obligatoires (33 %) et la crainte d’une moindre relation humaine avec les clients et fournisseurs (31 %).

Ces chiffres révèlent une réalité : la cybersécurité inquiète les DAF parce que les données financières sont, par nature, des données particulièrement sensibles. Le spectre de la brèche informatique, du vol ou de la perte de données est réel. Et dans un environnement où les cyberattaques se multiplient, il serait présomptueux de balayer ces craintes d’un revers de main.

Mais y répondre par des arguments concrets et vérifiables, c’est précisément ce que la réglementation et les exigences imposées aux Plateformes Agréées (PA) permettent de faire.

Le Cloud n’est pas l’ennemi

L’une des confusions les plus répandues consiste à associer le Cloud à l’insécurité. C’est une intuition compréhensible, mais erronée. Le Cloud, dans le cadre du e-invoicing, est soumis à un ensemble de normes et de protocoles stricts, dont plusieurs ont été expressément exigés par l’Administration Fiscale comme conditions d’agrément des plateformes.

Le référentiel SecNumCloud, élaboré par l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information), en est l’illustration la plus parlante. Les éditeurs labellisés SecNumCloud garantissent la protection des données conformément au droit européen, assurent que les données ne quittent pas le territoire de l’Union Européenne et sont reconnus comme prestataires de confiance. La DGFiP et l’AIFE ont d’ailleurs formellement demandé aux Plateformes Agréées de s’engager à exploiter leur système d’information depuis l’Union Européenne.

La certification ISO/IEC 27001 constitue un autre pilier. Elle atteste qu’un système de management de la sécurité de l’information (SMSI) a été mis en place, permettant d’identifier les risques, de les traiter de manière proactive et d’adopter une approche globale de la sécurité. Pour une direction financière qui confie ses données à un prestataire externe, c’est un signal fort de maturité.

À ces certifications s’ajoute la conformité au RGPD, naturellement applicable dès lors que des factures contenant des données personnelles de clients ou fournisseurs sont transmises. Toutes les Plateformes Agréées ont fourni un document précisant les moyens mis en œuvre pour assurer la sécurité des données à caractère personnel et leur libre circulation.

Des protocoles techniques pensés pour éliminer les failles

Au-delà des certifications, la réforme a également encadré les protocoles d’échanges de données, notamment pour les envois en masse (plus de dix factures par lot) en mode EDI (échange de données informatisées). Quatre protocoles sécurisés sont prévus (PeSIT HS E, SFTP, AS/2 et AS/4). Ces protocoles permettent de connecter directement le système d’information d’une Plateforme Agréée au portail de l’Administration, tout en sécurisant les transferts via chiffrement, échange de certificats ou signature électronique.

Ces dispositifs ne sont pas des options. Ils ont été exigés parce qu’aucune faille ne peut être tolérée dans la transmission de données aussi stratégiques. C’est cette exigence – inscrite dans les conditions mêmes d’agrément des plateformes – qui offre aux DAF une réponse objective à une peur légitime.

Si les exigences réglementaires constituent un socle solide, certaines Plateformes Agréées font le choix d’aller au-delà, en s’appuyant sur des certifications supplémentaires comme la norme ISO 9001 – qui atteste de processus qualité robustes et régulièrement audités – ou le SOC 2 type II. Cette dernière norme américaine, développée par l’American Institute of CPAs (AICPA) et adoptée par les entreprises du Cloud et de la technologie, impose de démontrer les moyens mis en œuvre pour garantir la sécurité des données collectées et échangées, leur confidentialité, leur disponibilité et l’intégrité de leur traitement.

Ces démarches volontaires témoignent d’une culture de la sécurité qui dépasse la simple conformité réglementaire. Pour les directions financières soucieuses de rigueur, elles constituent autant de signaux concrets sur lesquels s’appuyer dans leur choix de partenaire.

En somme, ce qu’attendent les DAF, et ce dont ils ont besoin pour avancer, c’est un niveau de traçabilité élevé : des normes précises, des certifications vérifiables, des protocoles documentés. La réforme de la facturation électronique a eu le mérite de l’imposer comme condition d’agrément. Il appartient désormais aux directions financières de s’en saisir comme d’un levier de confiance, et non d’en faire un obstacle supplémentaire à une transition qui, elle, n’attendra pas.

[1] Étude réalisée par OpinionWay pour Quadient en janvier et février 2026

Stéphanie Auchabie
Directrice Générale Quadient France Benelux



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