Transition énergétique des entreprises : ce qui coûte cher, c’est d’investir sans stratégie

Électrifier sa flotte, installer des panneaux, rénover ses bâtiments : sans pilotage global, ces investissements coûtent plus qu'ils ne rapportent. L'avertissement de François Gatineau, président de Mobileese.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le débat sur le coût de la transition énergétique est mal posé. À entendre de nombreux décideurs, électrifier une flotte automobile, installer des bornes de recharge, produire sa propre électricité ou adapter ses bâtiments serait d’abord un problème d’investissement. Trop cher, trop complexe, trop incertain. Une contrainte de plus dans un environnement déjà sous tension.

Cette vision comptable leur coûtera bien plus cher que l’investissement lui-même. Ce qui pèse aujourd’hui sur les entreprises, ce n’est pas tant le coût de la transition que le coût de l’inaction et, plus encore, celui du pilotage approximatif de l’énergie.

Investir sans piloter, un mauvais calcul

Les entreprises ne sont pas immobiles. Elles électrifient leurs flottes, déploient des infrastructures de recharge, installent des panneaux photovoltaïques, modernisent leurs bâtiments. Le mouvement est réel, accéléré à la fois par les exigences réglementaires – le décret tertiaire impose une réduction de 40 % de la consommation énergétique des bâtiments tertiaires d’ici 2030 vs 2019 – et par la pression économique liée aux prix de l’énergie. Les chiffres OPERAT de l’ADEME le confirment : 22 % de réduction déjà acquise sur périmètre stable, mais 43 % des entreprises assujetties accusent encore du retard sur leurs objectifs.

Mais dans la majorité des cas, ces initiatives restent fragmentées. Les mobilités d’un côté. Le bâtiment de l’autre. La production d’énergie ailleurs. Chaque projet avance selon sa propre logique, son calendrier, ses contraintes budgétaires. Résultat : des systèmes qui ne communiquent pas, des investissements sous-exploités et une rentabilité difficile à démontrer. Ce décalage nourrit l’idée, largement répandue, que la transition énergétique serait structurellement coûteuse.

Gérer l’énergie pour la payer moins cher

L’énergie n’est pas seulement une question de volume ou de prix. C’est une question de pilotage dans le temps et dans l’usage. Quand recharger une flotte de véhicules ? Faut-il consommer immédiatement l’électricité produite ou la stocker ? À quel moment arbitrer entre autoconsommation et achat sur le réseau ? Ces questions restent trop souvent sans réponse structurée.

Or, c’est précisément là que se joue la rentabilité. Une entreprise qui consomme son électricité au mauvais moment, qui recharge ses véhicules sans tenir compte des pics tarifaires ou qui n’exploite pas sa production locale paie mécaniquement plus cher. Elle subit son énergie au lieu de la maîtriser alors que coordonner production, stockage et consommation suffit à transformer une charge passive en levier de performance.

Du poste de charge à l’actif de bilan

C’est ici que le raisonnement doit basculer. Un parking équipé de bornes et d’ombrières photovoltaïques, plus qu’un symbole de transition, est un actif énergétique. Une flotte électrique n’est pas un poste de dépense, c’est un levier d’optimisation fiscale et opérationnelle. Quant au bâtiment performant, il ne se contente pas d’être aux normes, il vaut davantage sur le marché. Encore faut-il que ces trois réalités soient pensées ensemble.

Tout repose sur la capacité à coordonner ces usages. L’autoconsommation et le pilotage permettent de faire baisser directement le coût de l’électricité, la recharge sur site devient largement plus compétitive que les réseaux publics, le poste énergie se réduit dans le compte de résultat. Dans ces conditions, l’investissement initial change de nature. Il n’est plus un frein, mais le point d’entrée vers un modèle plus rentable et plus résilient dans la durée.

Dans 10 ans, l’énergie sera un avantage concurrentiel, ou un handicap

Ce changement de perspective reste sous-estimé. Depuis la fin de l’ARENH au 31.12.25, les entreprises françaises s’approvisionnent à 100 % sur les marchés, sans le filet tarifaire qui les protégeait depuis plus d’une décennie. L’énergie devient un facteur de compétitivité, au même titre que le numérique l’a été il y a 15 ans. Les entreprises capables de piloter finement leurs usages disposent d’un avantage décisif. Les autres sont vouées à subir la volatilité des prix et le durcissement des contraintes. Au-delà des enjeux individuels, c’est une question de souveraineté économique. Produire localement, optimiser ses consommations, réduire sa dépendance aux marchés externes : ces choix renforcent la résilience de l’ensemble du tissu productif.

Se tromper de problème, c’est prendre du retard

Ne penser la transition énergétique qu’en termes de coûts d’investissement revient à regarder le sujet par le mauvais bout. L’enjeu est ailleurs : dans la capacité à intégrer, piloter et valoriser l’ensemble des usages électriques de l’entreprise. C’est ce basculement qui fera la différence dans les années à venir. Les entreprises qui auront tardé à l’opérer subiront demain ce qu’elles auraient pu choisir aujourd’hui.

François Gatineau
Président de Mobileese



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire