Trump va décider qui accède au prochain modèle de ChatGPT

Le gouvernement Trump a exigé qu'OpenAI soumette GPT-5.6 à une validation fédérale avant tout accès. Une première mondiale qui pourrait redéfinir le déploiement de l'IA.

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Le gouvernement Trump a exigé d’OpenAI qu’il soumette le lancement de son prochain modèle à une validation fédérale client par client. Une première dans l’industrie. Le sort récent d’Anthropic, dont deux modèles ont été coupés du monde entier sur ordre du secrétaire au Commerce, a rendu le message parfaitement audible. Ce qui se présente comme un dispositif exceptionnel pourrait ne pas l’être longtemps.

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Washington valide les accès, un par un

Sam Altman a convoqué ses équipes à la mi-juin pour leur annoncer que GPT-5.6 ne serait pas lancé selon le calendrier habituel. Le Bureau du directeur national de la cybersécurité et le Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche ont demandé à OpenAI de soumettre les premiers accès à une validation fédérale. Pendant plusieurs semaines, c’est Washington qui approuvera chaque demande, client par client. Un déploiement plus large n’est envisagé qu’après ce filtre.

Altman a présenté la contrainte à ses salariés comme « le chemin le plus rapide vers un lancement large ». Jamais, jusqu’ici, des agences gouvernementales identifiées par leur nom n’avaient été explicitement associées à la séquence de mise sur le marché d’un modèle commercial.

Un décret de juin, volontaire sur le papier

Le 2 juin, Donald Trump a signé un décret exécutif instaurant un cadre d’examen pour les modèles d’IA les plus puissants développés aux États-Unis. Les équipes fédérales de cybersécurité disposent de trente jours pour évaluer un modèle avant toute diffusion publique. Elles peuvent également peser sur la liste des entreprises autorisées à recevoir un accès prioritaire.

L’entrée dans ce processus dépend d’un barème secret piloté par la NSA, l’agence américaine chargée du renseignement électronique. Au-delà d’un certain seuil de capacité technique, un modèle est jugé suffisamment puissant pour représenter un risque potentiel et entre automatiquement en période de révision gouvernementale. Ce seuil exact n’est pas rendu public.

Le texte se présente pourtant comme volontaire, et interdit tout régime de licences obligatoires. David Sacks, l’homme désigné par Donald Trump pour conseiller la Maison-Blanche sur les questions d’intelligence artificielle, a veillé personnellement à ce point pour éviter ce qu’il qualifie de capture réglementaire par les grands laboratoires. Un projet de texte plus contraignant avait été écarté en mai sous la pression conjuguée des entreprises du secteur.

Anthropic, ou le coût du refus

Le 12 juin, Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, a adressé une lettre à Dario Amodei, PDG d’Anthropic, imposant des restrictions d’accès sur Claude Mythos 5 et Claude Fable 5, deux des modèles les plus avancés de la société. L’ordre interdisait leur utilisation à tout ressortissant étranger, y compris aux employés non américains d’Anthropic travaillant sur le sol des États-Unis.

Anthropic n’a trouvé qu’une réponse conforme : couper les deux modèles pour l’ensemble de ses utilisateurs dans le monde. Fable 5 et Mythos 5 sont inaccessibles depuis lors. Selon Axios, le déclencheur a été une affirmation d’Amazon : la société aurait identifié une méthode permettant de contourner les protections de Fable 5, un modèle conçu pour détecter des failles de sécurité dans les systèmes d’exploitation et les navigateurs. Anthropic a contesté la sanction et averti que son application à l’ensemble de l’industrie « paralyserait essentiellement » tout nouveau déploiement des modèles les plus avancés du marché.

C’est dans ce contexte qu’OpenAI a choisi de ne pas résister.

Un calcul, pas une capitulation

En 2019, OpenAI avait retenu pendant neuf mois la version complète de GPT-2, jugeant le risque d’usage malveillant trop élevé pour un lancement immédiat. Cette année, GPT-5.5 a d’abord été réservé aux abonnés payants avant d’être étendu aux utilisateurs gratuits. Le déploiement progressif est une pratique maison.

La différence, cette fois, est que le filtre n’est plus interne. C’est une administration qui trie. OpenAI n’a par ailleurs confirmé ni l’existence officielle de GPT-5.6, ni aucune date de sortie. Le lancement semble repoussé à juillet. Si Washington maintient ce dispositif sur les prochains modèles, le cadre présenté comme exceptionnel en juin deviendra le fonctionnement ordinaire de toute l’industrie.



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