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Schneider Electric a annoncé le rachat de Cognite, éditeur norvégien de logiciels d’intelligence artificielle industrielle. Le montant de la transaction s’élève à 3,1 milliards de dollars, soit environ 2,7 milliards d’euros, réglés intégralement en numéraire. Le groupe français rachète l’intégralité de l’entreprise, y compris toutes ses actions. Cognite a généré un chiffre d’affaires de 170 millions de dollars en 2025, dix-huit fois moins que la somme déboursée par Schneider Electric. L’opération doit être finalisée dans les prochains trimestres, une fois obtenues les autorisations des autorités de la concurrence.
Fin avril, Schneider Electric avait publié un chiffre d’affaires trimestriel de 9,8 milliards d’euros, un record pour le groupe. Cette performance, portée par la croissance des centres de données, ne signalait aucune fragilité financière. Le rachat de Cognite intervient depuis une position de force, deux mois seulement après ces résultats. Un groupe rentable qui immobilise 2,7 milliards d’euros ne comble pas un retard. Il prend un risque qu’il n’était pas obligé de prendre.
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Schneider Electric accélère
Une pépite norvégienne au siège américain
Cognite a été fondée en 2017 à Oslo, en Norvège. Son siège social se trouve aujourd’hui aux États-Unis. L’entreprise emploie plus de 800 personnes réparties en Amérique, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique. À terme, Cognite doit être intégrée à Aveva, la filiale de logiciels industriels de Schneider Electric. Ce n’est donc pas une simple technologie que Schneider Electric a payée 2,7 milliards d’euros. C’est une équipe entière, déjà implantée sur quatre continents, que le groupe doit désormais faire fonctionner avec ses propres méthodes. Rien dans l’annonce du 30 juin n’indique si les fondateurs ou les dirigeants actuels de Cognite resteront en poste après le rachat.
De l’analyse des données à la décision autonome
La plateforme Atlas AI, développée par Cognite, constitue le cœur technologique de l’opération. Elle rassemble en un seul endroit les données produites par les machines d’une usine, températures, cadences, pannes, consommations, et les analyse grâce à l’intelligence artificielle. Jusqu’ici, ce type de logiciel se contentait de présenter ces données à des humains, qui décidaient ensuite quoi en faire. L’ambition de Schneider Electric va plus loin : que le logiciel prenne lui-même certaines décisions et agisse directement sur les machines, sans attendre l’aval d’un opérateur. Les professionnels du secteur appellent cette capacité l’« IA agentique ».
Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, a déclaré que cette plateforme constituait une solution « rare, de niveau industriel, capable de transformer la complexité des données opérationnelles en avantage concurrentiel ». Schneider Electric a choisi de financer ce basculement vers une intelligence artificielle capable d’agir seule, à prix fort, sans qu’aucune usine dans le monde ne l’utilise encore à cette échelle.
Équipements connectés : le monde que prépare Schneider Electric
« Dans le monde d’hier, tous les équipements n’étaient pas intelligents », a déclaré Olivier Blum fin juin. « Dans le monde de demain, ils seront connectés et intelligents, capables de collecter des données que l’IA saura de mieux en mieux exploiter ». Olivier Blum décrit ainsi la stratégie de long terme du groupe : équiper chaque machine de capteurs et de logiciels capables de communiquer entre eux.
Schneider Electric vend déjà ce type d’équipements aux usines, aux bâtiments et aux réseaux électriques, dans l’objectif de réduire leur consommation d’énergie. Les centres de données, eux, consomment une électricité croissante d’année en année, et ce secteur a porté à lui seul la croissance du groupe au premier trimestre. Le pari de Schneider Electric tient en une question : ces mêmes centres de données, ces usines et ces réseaux électriques accepteront-ils de confier une part de leurs décisions à un logiciel racheté 2,7 milliards d’euros ?


