Swatch réclame 170 millions à Samsung pour contrefaçon

160 000 cadrans numériques copiant des montres de luxe vendus via Galaxy App Store : Swatch réclame 170 millions à Samsung.

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Des cadrans numériques imitant Omega ou Breguet, téléchargés 160 000 fois sur une boutique officielle Samsung : c’est sur ce terrain que Swatch Group a choisi de frapper. La justice britannique a tranché la question de la responsabilité. Reste à fixer le prix. Swatch réclame 170 millions de dollars — une somme calculée non sur les revenus des applications, mais sur la valeur des noms qu’elles copiaient.

170 millions de dollars et une décision qui attend

Documents judiciaires en date du 19 juin 2026, cités par Reuters et le Financial Times : Swatch Group réclame 170 millions de dollars à Samsung devant la Haute Cour de Londres, soit environ 150 millions d’euros. Le groupe suisse accuse Samsung d’avoir laissé circuler, sur sa boutique d’applications officielle, des cadrans numériques imitant les montres de prestige de son portefeuille. Cette somme n’a pas été accordée. Elle n’a pas davantage été rejetée. Le juge britannique, après les audiences de juin 2026, doit encore fixer le montant des dommages et intérêts.
La responsabilité de Samsung est, elle, définitivement tranchée. Swatch chiffre cette faute à 170 millions de dollars.

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Vingt-six applications, neuf marques, 160 000 téléchargements

Entre octobre 2015 et février 2019, vingt-six applications ont été distribuées via le Galaxy App Store de Samsung. Leur fonction : permettre aux propriétaires de montres connectées Galaxy de personnaliser l’affichage de leur montre en choisissant un cadran numérique, autrement dit l’apparence visuelle du cadran sur l’écran. Ces applications, créées par des développeurs tiers, reproduisaient selon Swatch les codes visuels et les signes distinctifs de neuf maisons de son portefeuille : Omega, Tissot, Longines, Breguet, Blancpain, Jaquet Droz, Hamilton, Mido et Swatch.

Au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, ces vingt-six applications ont été téléchargées environ 160 000 fois. C’est sur cette base factuelle que Swatch construit en partie sa demande de 170 millions de dollars. La période retenue, octobre 2015 à février 2019, est antérieure au Brexit, ce qui permet à la juridiction londonienne de statuer encore, partiellement, sur le préjudice subi par Swatch dans les pays de l’UE.

Swatch soutient que Samsung avait été alerté de la présence de ces cadrans imitatifs avant d’agir. Cette allégation est au cœur de la procédure depuis son ouverture en 2019.

La Cour d’appel ferme la porte à Samsung

Swatch avait engagé les poursuites en 2019. La défense de Samsung reposait notamment sur un argument : les applications litigieuses avaient été créées par des développeurs indépendants, pas par Samsung lui-même. En 2022, la Haute Cour de Londres a écarté cette thèse et jugé Samsung responsable des violations de marque, y compris pour les applications qu’il n’avait pas créées mais qu’il distribuait et monétisait. Samsung avait formé appel. La Cour d’appel de Londres a rejeté ce recours.

Dans son communiqué consacré à cette victoire, Swatch Group indique que la Cour a expressément qualifié les actes de Samsung d’«actifs» et lui a reconnu «connaissance et contrôle» sur les contenus litigieux. En droit européen, une plateforme qui se contente d’héberger passivement des contenus créés par des tiers bénéficie d’une protection légale contre toute mise en cause, c’est ce que prévoit la directive sur le commerce électronique. Les juges ont estimé que Samsung ne relevait pas de cette catégorie : il encadrait les mises en ligne, organisait la commercialisation et percevait des commissions.

Des cadrans imitant Omega ou Breguet généraient des revenus via le store de Samsung. C’est ce flux que les juges ont refusé d’assimiler à de la simple neutralité technique.

Le calcul de Swatch : payer l’image, pas les téléchargements

Pour parvenir au chiffre de 170 millions de dollars, Swatch n’a pas comptabilisé les revenus générés par les vingt-six applications litigieuses. Le groupe a retenu une méthode différente : celle des redevances de licence hypothétiques. Selon Reuters, qui cite les pièces de la procédure, l’estimation repose sur ce que Samsung aurait dû débourser pour exploiter légalement, dans un cadre contractuel, les marques et les codes esthétiques des neuf maisons concernées.

Ce calcul intègre la valeur du prestige et de la réputation de ces marques. Une montre Omega ne vaut pas ce que coûte son mécanisme : elle vaut ce que représente son nom. Breguet ou Blancpain fonctionnent sur le même principe, des décennies d’image construite, d’exclusivité entretenue, de prix soutenus par la force d’un nom que des générations d’acheteurs associent à la rareté et au savoir-faire. Swatch évalue à 170 millions de dollars le coût de la mise à disposition gratuite de ces actifs sur des milliers d’écrans connectés.

Le groupe qualifie ce dossier du plus important de ce type jamais porté devant une juridiction britannique. Cette affirmation est celle de Swatch, relayée par sa communication judiciaire : aucune autorité indépendante ne l’a validée.

Samsung conteste, mais sur le terrain du chiffre

Samsung juge la demande «extravagante». Ce terme figure dans les écritures déposées devant la High Court, telles que citées par Reuters. Le groupe coréen fait valoir que les gains tirés de ces vingt-six applications de cadrans numériques ont été minimes et que le préjudice réellement subi par Swatch serait faible, voire inexistant.

Cet argument ne touche pas à la décision sur la responsabilité, qui est définitive. Il porte exclusivement sur la traduction monétaire de la faute : oui, les applications reproduisaient les cadrans de montres de luxe ; Samsung soutient que cela n’a pas coûté 170 millions de dollars à Swatch.

Quand un store cesse d’être un intermédiaire

Des cadrans numériques imitant Omega ou Breguet, distribués sur une boutique officielle, encadrés par un opérateur qui en percevait les commissions : c’est sur cette séquence précise que les juges britanniques ont refusé à Samsung le statut d’hébergeur passif. Le Galaxy App Store sélectionne les applications, encadre les développeurs, monétise les téléchargements. Ce modèle d’affaires a suffi à la Cour d’appel pour qualifier les actes de Samsung d’«actifs».

Pour les groupes de luxe, qui tirent l’essentiel de leur valeur de marques soigneusement contrôlées, ce précédent ouvre une perspective nouvelle. Le même raisonnement juridique pourrait être invoqué contre d’autres opérateurs de boutiques d’applications, Apple ou Google, si des imitations de leurs produits y circulaient dans des conditions similaires.

Swatch a construit sa demande de 170 millions de dollars sur l’idée que Samsung n’a pas seulement hébergé des imitations numériques de ses montres : il les a rendues accessibles, les a monétisées et en a tiré un avantage concurrentiel. Le juge londonien dira, après les audiences de juin 2026, combien cette séquence vaut en dollars.



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