Dans l’Oise, Chanel prépare l’avenir du parfum français

Chanel investit 150 millions d'euros dans une nouvelle usine de parfums à Venette. N°5, Chance et Bleu de Chanel y seront produits. La France reste le cœur industriel de la maison.

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Cent cinquante millions d’euros investis dans l’Oise, au plus fort d’un ralentissement mondial du luxe : Chanel a choisi la France pour préparer sa prochaine phase de croissance. La maison n’a pas attendu le retour de la demande pour construire sur le sol français. Elle a bâti pendant le creux, en pariant sur ses parfums comme sur des actifs à défendre dans la durée. Ce que l’inauguration de juin 2026 rend visible, c’est une stratégie industrielle conduite sans déviation depuis dix ans.

Cinquante millions de flacons par an dans l’Oise

Mi-juin 2026, Chanel a inauguré à Venette, dans l’Oise, une usine entièrement dédiée à la production de ses parfums. Le site occupe 41 600 mètres carrés au sein du parc d’activités du Bois-de-Plaisance, dont 30 000 mètres carrés de bâtiment industriel. Selon Global Cosmetics News, sa capacité de production peut atteindre 50 millions de flacons par an.

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Le périmètre du site est précis : fabrication, conditionnement, stockage et fonctions administratives liées aux fragrances de la maison, selon Journal du Luxe. Chanel N°5, Chance et Bleu de Chanel figurent parmi les références dont la production doit y être sécurisée et amplifiée, trois piliers qui concentrent une part décisive du chiffre d’affaires de la division parfums.

L’investissement total s’établit à 150 millions d’euros, confirmé par plusieurs sources concordantes. Venette s’ajoute à un dispositif industriel que Chanel construit dans l’Oise depuis plusieurs décennies : soins à Compiègne, maquillage à Chamant, maroquinerie à Verneuil-en-Halatte. La maison densifie un ancrage déjà existant, elle ne l’inaugure pas. Entre 250 et 300 collaborateurs sont attendus à terme sur le site, dont une part significative issue du transfert d’équipes déjà en poste à Compiègne, où la production de parfums était historiquement implantée. Effectif total du site et créations nettes d’emplois sont deux réalités distinctes.

Dix ans de préparation

Chanel a acquis le foncier de Venette en 2016, sur une emprise d’environ 18 hectares. L’Oise concentrait déjà plusieurs sites industriels du groupe dans un rayon de cinquante kilomètres : acheter ici prolongeait une logique d’implantation déjà en place plutôt que d’en ouvrir une nouvelle. Les procédures administratives et environnementales ont suivi l’acquisition. La Mission régionale d’autorité environnementale des Hauts-de-France a instruit le dossier, dont les documents publics mentionnent explicitement une usine de fabrication de parfums portée par Chanel Parfums Beauté sur la commune de Venette.

Les clés du site ont été remises à la maison à l’automne 2025, avec un objectif de démarrage en juin 2026 confirmé à l’ouverture officielle par la presse spécialisée.

Dix ans séparent l’acquisition du foncier et l’inauguration. Ce calendrier n’est pas celui d’un ajustement rapide face à une tension sur les capacités : c’est celui d’une réorganisation industrielle décidée bien en amont de toute variation de la demande, et maintenue sans déviation pendant une décennie.

Cinq sites, cinq métiers, un seul département

L’ouverture de Venette achève une redistribution des spécialités industrielles de Chanel à l’échelle de l’Oise : les parfums migrent vers Venette, les soins restent à Compiègne, le maquillage à Chamant, la maroquinerie à Verneuil-en-Halatte, la logistique au Meux. Chanel répartit ainsi cinq métiers distincts sur cinq sites, dans un rayon géographique resserré à moins de 80 kilomètres de Paris.

Ce dispositif permet à la maison de maîtriser l’ensemble de sa chaîne de production et de distribution sans dépendre de sous-traitants extérieurs ni disperser ses équipes sur tout le territoire. Les Hauts-de-France offrent pour cela des atouts concrets : du foncier disponible à des prix accessibles, une main-d’œuvre industrielle qualifiée héritée d’une longue tradition manufacturière, et des infrastructures de transport permettant d’atteindre rapidement Paris, les ports de la Manche et les marchés d’Europe du Nord.

Chanel n’est pas le seul groupe à avoir tiré ces conclusions. L’Oréal a annoncé un investissement de 60 millions d’euros pour renforcer son usine de Gauchy, dans l’Aisne voisine, dédiée à la fabrication de parfums de luxe pour plusieurs de ses marques. Deux décisions majeures, deux calendriers proches, la même région.

Investir en France quand les ventes reculent

En 2024, Chanel a publié des résultats en repli. Le chiffre d’affaires de la maison a reculé dans un marché mondial du luxe freiné par la baisse des achats en Asie, et notamment en Chine. La maison n’a pas réduit ses investissements industriels en France pour autant : Venette, dont le chantier était alors en cours, en est la démonstration la plus directe.

Les résultats 2025, publiés en mai 2026, ont fourni un premier point de validation. Chanel a affiché un chiffre d’affaires de 19,3 milliards de dollars, en hausse de 2 % par rapport à 2024. Le résultat opérationnel a progressé de 5 %, à 4,712 milliards de dollars, selon le communiqué officiel du groupe.

Maintenir un investissement de 150 millions d’euros en France pendant une période de ventes en baisse, c’est un choix que les actionnaires de Chanel ont validé. Il dit que la maison considère son outil de production français comme un actif à protéger sur le long terme, pas comme une dépense à réduire quand les marges se contractent.

N°5, Chance, Bleu de Chanel : ce que la France fabrique

Le marché français du parfum a franchi le seuil des 10 milliards d’euros en 2025, selon plusieurs estimations sectorielles convergentes, avec une croissance annuelle de l’ordre de 6 %. Les exportations françaises de fragrances restent particulièrement soutenues sur cette période.

Chanel N°5, lancé en 1921, Chance depuis 2002, Bleu de Chanel depuis 2010 : ces trois références sont fabriquées en France et vendues dans le monde entier. Elles génèrent une rentabilité récurrente que la maison protège en conservant la maîtrise de leur production sur le sol français. Un flaconnage raté, une rupture de conditionnement ou une variation qualitative sur ces noms représente un coût réputationnel et commercial qui excède de loin celui d’un investissement industriel de 150 millions d’euros. Venette est aussi une réponse à cette équation.

Un contrat d’électricité renouvelable sur vingt ans

Le site de Venette intègre des équipements photovoltaïques et des objectifs de performance énergétique. En octobre 2025, Chanel a signé avec le producteur d’énergie REDEN un contrat d’achat d’électricité renouvelable d’une durée de vingt ans, portant sur deux centrales photovoltaïques situées en Charente-Maritime et dans l’Aude.

La capacité totale est de 10 mégawatts, pour une production annuelle estimée à 13 gigawattheures. La structure retenue est une coentreprise détenue à 49 % par Chanel et à 51 % par REDEN. Selon le communiqué officiel de la maison, cet accord doit couvrir 30 % de la consommation électrique de Chanel en France à partir du 1er janvier 2026.

La maison traite donc deux objectifs en parallèle : augmenter ses capacités de production en France et réduire l’empreinte carbone de ces mêmes capacités.

La France produit, le capital reste mondial

Un point de lecture mérite d’être posé clairement. Chanel reste un groupe à gouvernance et à structure capitalistiques internationales, comme plusieurs analyses économiques l’ont rappelé. Les 150 millions d’euros investis à Venette documentent un ancrage productif français réel : ils ne renseignent pas sur la nationalité du capital. Confondre les deux reviendrait à surévaluer le premier ou à minimiser le second.

Venette documente un fait précis : un groupe dont le capital est international a choisi la France pour y concentrer une partie de ses actifs de production les plus stratégiques, en maintenant cet engagement pendant une décennie et à travers une phase de ralentissement du marché. Pour les Hauts-de-France, qui accueillent également le nouvel investissement de L’Oréal à Gauchy, ce choix répété par deux géants du secteur sur la même période pèse dans la géographie industrielle de la beauté française.



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