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Vingt-neuf ans après avoir pris le contrôle de la griffe new-yorkaise, LVMH s’en sépare. Le groupe de Bernard Arnault a confirmé le 14 mai 2026 la cession de Marc Jacobs à une joint-venture formée par WHP Global et G-III Apparel Group, pour une valorisation d’environ un milliard de dollars. Deux groupes américains spécialisés dans le brand management reprennent une marque que LVMH avait portée depuis 1997. Marc Jacobs, lui, reste directeur artistique et relance une ligne beauté dès juin.
Un milliard de dollars, une structure à 50/50
WHP Global et G-III Apparel Group lèvent conjointement jusqu’à 850 millions de dollars pour financer l’acquisition, selon un dépôt effectué auprès de la Securities and Exchange Commission américaine. Chacun des deux groupes contribue à hauteur de 425 millions de dollars dans la joint-venture qui détiendra la propriété intellectuelle de la marque. G-III précise que son investissement total atteint « environ 500 millions de dollars », ce montant englobant également l’acquisition de l’activité opérationnelle mondiale de Marc Jacobs, en sus de sa participation dans la coentreprise. Le Financial Times avait confirmé que LVMH visait une valorisation d’un milliard de dollars pour cette cession, chiffre cohérent avec les montants transmis à la SEC.
La répartition des rôles entre les deux acquéreurs est clairement définie. WHP Global prend en charge la gestion stratégique de la marque et son licensing. G-III Apparel opère la distribution, en direct-to-consumer et en wholesale, en vertu d’un accord de licence à long terme conclu avec la joint-venture. WHP était conseillé par Morgan Stanley et le cabinet Gibson Dunn ; G-III par UBS et Paul Weiss. L’accord est signé, soumis aux approbations réglementaires habituelles, les deux parties visant une clôture avant la fin de 2026.
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LVMH sous pression, Marc Jacobs en trop
Les résultats annuels 2025 de LVMH, publiés en janvier 2026, rendent la décision lisible. Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 80,8 milliards d’euros, en recul de 5 % sur un an, pour un bénéfice net de 10,9 milliards d’euros, en baisse de 13 %. La division Mode et Maroquinerie, cœur historique du groupe, a reculé de 8 % en valeur, à 37,7 milliards d’euros. Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH, a déclaré en janvier que « 2026 ne va pas être très simple non plus ».
LVMH concentre désormais ses ressources sur ses maisons les plus rentables : Louis Vuitton, Dior, Celine, Loewe. La cession de Marc Jacobs fait suite au désinvestissement d’Off-White, réalisé l’année précédente. Entre 2025 et 2026, le groupe a ainsi cédé deux marques en moins de douze mois. Marc Jacobs générait un chiffre d’affaires insuffisant pour justifier les investissements qu’un repositionnement aurait requis dans un marché du luxe en contraction.
À l’été 2025, LVMH mandate J.P. Morgan pour piloter le processus de cession. Plusieurs candidats entrent en lice, dont Authentic Brands Group, propriétaire de Reebok, Champion et Brooks Brothers, et Bluestar Alliance. Les négociations avec Authentic Brands Group s’interrompent à l’automne 2025. Deux points bloquent : le prix, LVMH maintenant une valorisation ferme proche du milliard de dollars, et la structuration de la participation détenue par Marc Jacobs lui-même au capital de la marque.
WHP Global émerge alors comme repreneur sérieux, en s’alliant à G-III Apparel. De la mise en vente à la signature, le processus aura duré près d’un an.
1997 : le pacte qui a transformé Louis Vuitton
L’association entre Marc Jacobs et Bernard Arnault débute en 1997 sous une double forme. LVMH prend une participation majoritaire dans Marc Jacobs International. Simultanément, le créateur américain est nommé directeur artistique de Louis Vuitton, poste qu’il occupera seize ans, jusqu’en 2013, avant de céder la place à Nicolas Ghesquière.
Ces seize années ont profondément reconfiguré Louis Vuitton. Sous sa direction, la maison multiplie les collaborations avec des artistes contemporains, Takashi Murakami, Richard Prince, Yayoi Kusama, et conquiert une clientèle bien au-delà de sa base traditionnelle. En mai 2026, Marc Jacobs a déclaré à l’occasion de la transaction : « Je serai toujours reconnaissant à Bernard Arnault pour son soutien, sa confiance et sa foi en moi au cours des 30 dernières années. » Il conserve son poste de directeur artistique de la griffe qui porte son nom.
Avant cette acquisition, WHP Global gérait plus de quinze marques générant plus de 8,5 milliards de dollars de ventes mondiales, dont Vera Wang, Rag & Bone et G-Star. L’intégration de Marc Jacobs devrait porter ce chiffre à environ 9,5 milliards de dollars. WHP se retrouve ainsi en concurrence directe avec Authentic Brands Group, le groupe qui avait échoué à racheter Marc Jacobs quelques mois plus tôt, dans la course mondiale à la gestion de marques à fort potentiel commercial.
G-III Apparel présente un profil différent. Le groupe opère plus de trente marques en propre ou en licence : DKNY, Donna Karan, Vilebrequin, Karl Lagerfeld, Sonia Rykiel acquise en 2021. Il traverse néanmoins une transition difficile. La perte des licences Calvin Klein et Tommy Hilfiger, à la suite de l’expiration de ses contrats avec PVH, a provoqué une baisse de 7 % de son chiffre d’affaires annuel, ramené à 2,96 milliards de dollars pour l’exercice 2026. G-III indique anticiper un effet légèrement dilutif la première année, avant que l’opération ne devienne relutive. Pour le groupe, Marc Jacobs ouvre un segment plus haut de gamme que ses anciennes licences Calvin Klein et Tommy Hilfiger.
Juin 2026 : le premier test du nouveau tandem
La ligne beauté et maquillage Marc Jacobs revient sur le marché en juin 2026, premier acte commercial visible sous la nouvelle propriété. Son histoire est compliquée. Lancée en 2013 via Kendo, l’incubateur de marques de beauté appartenant à LVMH, elle avait été abandonnée en 2021. Coty, qui gérait déjà les parfums Marc Jacobs, avait ensuite repris le flambeau via une extension de licence actée en 2023. La ligne avait donc été arrêtée sous LVMH via sa propre filiale, et ressuscite au moment précis où la marque quitte le groupe français.
WHP Global et G-III Apparel disposent de quelques semaines pour démontrer leur capacité à commercialiser Marc Jacobs sur un marché cosmétique où les budgets marketing des acteurs installés se comptent en centaines de millions de dollars.


