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Sur un marché à 1,35 milliard d’euros et dix-huit millions de foyers équipés, les comparatifs indépendants rendent des verdicts que les emballages ne laissent pas prévoir. L’UFC-Que Choisir a testé vingt-huit références et les résultats infirment plusieurs certitudes bien installées. Les marques discount figurent dans le peloton de tête. Et les données sanitaires que personne n’affiche sur les boîtes méritent qu’on s’y arrête.
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Nespresso et Lavazza ex-æquo, Lidl dans le peloton
L’UFC-Que Choisir a soumis 28 références de café en dosettes à un protocole en trois volets : dégustation à l’aveugle par douze experts, mesure des contaminants chimiques, vérification de l’origine des grains indiquée sur l’emballage. Dix-huit capsules compatibles Nespresso et dix dosettes compatibles Senseo ont été évaluées.
Deux références arrivent ex-æquo en tête des capsules Nespresso — les notes exactes sur 20 ne sont pas publiées dans le résumé de l’étude, mais leur avance sur le reste du panel est nette. La première, Peru Organic de Nespresso, est un 100 % arabica certifié agriculture biologique, cultivé au-dessus de 1 600 mètres dans la cordillère des Andes péruviennes, en capsule aluminium recyclable. Son prix grand public en boutique Nespresso n’est pas communiqué dans l’étude — seul un tarif professionnel à 119 euros le kilo hors taxe figure dans les données disponibles, ce qui rend toute comparaison directe avec les grandes surfaces délicate. La seconde, Lavazza Qualità Oro, est distribuée en grandes surfaces entre 53 et 60 euros le kilo, soit 0,30 à 0,33 euro la tasse. L’étude lui reproche un point : l’origine géographique du café n’est pas précisée sur l’emballage.
Carte Noire Espresso classique se classe troisième, autour de 57 euros le kilo.
Du côté des marques de distributeurs, la capsule Plantation Équilibré n°6 de la marque Repère (E.Leclerc) est composée à 100 % d’arabica d’Amérique centrale et/ou du Sud, proposée à 0,22 euro la tasse, soit environ deux fois moins cher que Lavazza pour une note très proche.
Dans la catégorie dosettes souples compatibles Senseo, la palme revient aux dosettes Carrefour Bio 100 % arabica classique : 15,0 sur 20, labellisées Fairtrade Max Havelaar, à 0,13 euro la tasse et 19,24 euros le kilo.
Le cas Lidl : 0,17 euro la tasse, un bémol réel
Bellaroom Classico Espresso de Lidl obtient 15,3 sur 20. À 29,64 euros le kilo, soit 0,17 euro la tasse, il surpasse en rapport qualité-prix l’ensemble des marques nationales du panel. 100 % arabica, certifié Rainforest Alliance.
Une réserve figure dans les résultats, que les comptes rendus grand public ont tendance à minimiser. L’étude lui attribue une seule étoile sur le critère hydrocarbures aromatiques polycycliques — les HAP, des molécules qui se forment lors de la torréfaction à haute température, dont certaines sont classées cancérogènes. Le benzo[a]pyrène, principal HAP mesuré dans le café, est classé « cancérogène avéré » par le Centre international de recherche sur le cancer. Aucune valeur limite réglementaire n’est fixée pour le café et les doses mesurées restent dans les niveaux jugés acceptables par les autorités sanitaires européennes. Les données existent ; les emballages ne les mentionnent pas.
Le test de 60 Millions de consommateurs de février 2023 avait par ailleurs signalé la présence de fragments d’insectes dans les grains Bellarom vendus chez Lidl. Aucun risque sanitaire avéré, notait le magazine, mais la mention figure au dossier.
Ce que 60 Millions avait trouvé en 2023
Avant UFC-Que Choisir, 60 Millions de consommateurs, édité par l’Institut national de la consommation, avait passé 51 références au crible en février 2023 : cafés moulus, en grains, en capsules et en dosettes, classiques ou décaféinés. Les critères portaient sur la composition chimique, la teneur en acrylamide, les contaminants, le goût et le prix.
La meilleure capsule du panel : Espresso Bio d’Auchan, compatible Nespresso, notée 18 sur 20, devant Lavazza, Carte Noire, L’Or. Le meilleur café toutes catégories confondues était un moulu, l’Arabica Équateur d’Ethiquable à 18,25 sur 20, mais la capsule Auchan arrivait à quasi-égalité dans sa propre catégorie.
Trois éléments expliquent cette position. La capsule Auchan Bio présente la plus faible concentration en acrylamide mesurée dans l’étude : 78 microgrammes par kilo, contre 345 µg/kg pour la dosette Lavazza la plus chargée du même panel, soit un écart de 1 à 4. Aucun plastique dans la capsule, annoncée compostable à domicile. Prix : 2,85 euros les dix capsules, soit 0,28 euro la tasse.
Ce test est régulièrement recirculé en ligne avec des dates 2024 ou 2025, une erreur de datation courante dans les médias de consommation. Les résultats restent exploitables pour orienter un choix, à condition de vérifier la disponibilité des références en rayon : depuis février 2023, certaines ont pu changer de formule, de prix ou disparaître. La disponibilité actuelle des capsules Auchan Espresso Bio n’a pas été confirmée dans le cadre de cet article.
1,35 milliard d’euros, 18,6 millions de foyers
Entre juillet 2024 et juillet 2025, les ventes de capsules ont atteint 1,35 milliard d’euros en grandes surfaces françaises. Les seules capsules compatibles Nespresso représentent 771,4 millions d’euros de ce total ; les dosettes souples, 598,1 millions. Sur 30 millions de foyers français, 18,6 millions sont équipés d’une machine à dosettes : Nespresso, Dolce Gusto, Tassimo ou Senseo.
Ce volume explique la prolifération des références en rayon et le besoin de tests indépendants. Il explique aussi un écart de prix au kilo que les chiffres rendent immédiatement lisible : les capsules compatibles Nespresso oscillent entre 19,80 et 108 euros le kilo ; les dosettes souples, entre 10 et 21 euros. UFC-Que Choisir note que les capsules rigides sont globalement de meilleure facture gustative, mais cet avantage se paie, à raison de deux à cinq fois le prix des dosettes souples.
Les deux formats sont techniquement incompatibles : une capsule Nespresso ne fonctionnera pas dans une machine Senseo, et inversement. Pour les foyers qui envisagent de changer d’équipement, ce cloisonnement est le premier paramètre à prendre en compte avant de comparer les prix.
Au sein des grandes surfaces, les données de marché enregistrent une progression du café en grains, portée par des machines avec broyeur intégré vendues à des prix désormais plus accessibles. Ce segment attire un profil de consommateurs plus impliqués dans la qualité de leur tasse, sans que les données disponibles permettent d’y lire un recul des capsules dans l’ensemble des foyers.
Acrylamide, HAP, pesticides : trois risques à ne pas confondre
Les deux comparatifs convergent sur un point que les emballages bio mettent rarement en avant : aucun café testé ne contient de résidus de pesticides, quelle que soit sa certification. La torréfaction à environ 200 degrés détruit ou volatilise l’essentiel de ces molécules. Sur ce critère précis, acheter bio n’apporte pas de bénéfice sanitaire démontré par rapport à un café conventionnel.
L’acrylamide est une molécule qui se forme lors de la torréfaction des grains : plus ils sont torréfiés foncé, plus la concentration augmente. Elle est présente dans la totalité des références des deux panels et ne peut pas être éliminée complètement. Classée « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer, elle n’a pas démontré de risque aux doses habituellement consommées sous forme de café. L’Institut allemand ÖkoTest a publié en septembre 2024 des résultats similaires sur les dosettes souples : la majorité des références dépassait la valeur guide européenne en acrylamide, sans franchir les seuils réglementaires.
Les HAP, également produits lors de la torréfaction, constituent le signal le plus net du comparatif UFC-Que Choisir 2025. Les niveaux les plus préoccupants sont relevés dans trois références décaféinées : Carte Noire décaféiné, L’Or décaféiné et Planteur des Tropiques. Les procédés chimiques utilisés pour retirer la caféine des grains augmentent la probabilité de contamination aux HAP. Aucune de ces références ne dépasse un seuil réglementaire — aucune limite spécifique au café n’existe en droit européen pour les HAP — mais les consommateurs qui boivent exclusivement du décaféiné disposent là d’une information que les emballages ne fournissent pas.
La capsule aluminium et la poubelle jaune
Le format capsule aluminium a concentré pendant dix ans l’essentiel des critiques environnementales sur le marché du café en dosettes. Les données disponibles à fin 2024 permettent de mesurer l’évolution.
Le Projet Métal, lancé en 2014 par Nespresso en partenariat avec Citeo et l’ADEME, a étendu l’accès au bac de tri jaune pour les capsules aluminium à 70 % de la population française. L’objectif annoncé par Nespresso est d’atteindre 80 % fin 2025. Le taux de recyclage des emballages en aluminium est passé de 32 % en 2012 à 53,5 % en 2022. En 2024, Nespresso France indique avoir recyclé deux fois plus d’aluminium que la quantité mise sur le marché cette année-là. Depuis 2024, toutes les capsules grand public de la marque contiennent au moins 80 % d’aluminium recyclé.
Ces chiffres proviennent de Nespresso et de ses partenaires institutionnels. Aucun audit conduit par un organisme tiers indépendant ne les a vérifiés dans le cadre des comparatifs examinés ici.
Pour les foyers les plus attentifs à leur impact environnemental, deux alternatives existent. Des dosettes compostables certifiées OK Compost Home sont désormais commercialisées : elles peuvent être jetées dans le compost domestique ou le bac de déchets verts selon les collectivités. Les dosettes souples à base de fibres papier sont, elles, acceptées dans la collecte des emballages recyclables de la grande majorité des communes françaises, sans démarche spécifique.


