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Le 19 juin 2026 au soir, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a confirmé le renvoi d’Achraf Hakimi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine. Trois magistrats successifs ont estimé qu’il existait des charges suffisantes pour que le défenseur du Paris Saint-Germain soit jugé pour viol. La décision est tombée en pleine nuit heure américaine.
À 3 heures du matin heure locale, Hakimi a réagi sur X : « J’attends ce procès depuis le premier jour. Je l’attends désormais avec impatience. Enfin, je pourrai parler. » Quelques heures plus tard, il entrait en jeu comme titulaire et capitaine du Maroc au Gillette Stadium de Boston.
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Les faits remontent à la nuit du 23 au 24 février 2023. Une jeune femme de 24 ans s’était présentée dans un commissariat du Val-de-Marne pour signaler avoir été victime d’attouchements non consentis, puis d’un viol, au domicile du joueur à Boulogne-Billancourt, après l’avoir rencontré sur Instagram. Hakimi avait été mis en examen dès mars 2023. Depuis lors, il nie catégoriquement les faits, invoquant une relation consentie et des accusations qu’il qualifie de « fausses ».
Le parquet de Nanterre avait requis le renvoi en jugement en août 2025. La juge d’instruction l’avait ordonné en février 2026. La cour d’appel l’a confirmé en juin 2026. « Trois magistrats ont d’ores et déjà constaté qu’il existe des charges suffisantes », a déclaré Me Rachel-Flore Pardo, avocate de la plaignante. La cour criminelle départementale est la juridiction compétente pour les crimes les plus graves, ceux pour lesquels le code pénal prévoit entre quinze et vingt ans de réclusion. Un procès est attendu au printemps 2027, sans date fixée à ce jour.
Face aux médias, l’avocate d’Hakimi, Me Fanny Colin, a déclaré sur BFM TV : « Parce qu’il a une notoriété, parce que c’est une personnalité publique, il n’est pas traité de la même manière que n’importe quel autre justiciable. » Le Maroc a battu l’Écosse 1-0, grâce au but le plus rapide inscrit dans cette édition 2026.
Quand Depardieu provoquait des rassemblements dans trente villes
En décembre 2023, France 2 diffusait Complément d’enquête sur Gérard Depardieu. Les jours suivants, Emmanuel Macron avait parlé de « chasse à l’homme ». En réponse, une contre-tribune féministe avait réuni plus de 8 000 signatures en quarante-huit heures. Des rassemblements avaient été organisés devant des tribunaux et préfectures dans une trentaine de villes françaises. Un sondage national avait établi que 23 % des Français déclaraient ne plus pouvoir regarder ses films.
L’affaire Patrick Bruel a produit une mobilisation d’intensité comparable. En mars 2026, Mediapart publiait les témoignages de huit femmes. En mai 2026, un second article en ajoutait quinze. Fin mai, les témoignages approchaient la trentaine, au moins cinq enquêtes avaient été ouvertes en France et en Belgique, des concerts avaient été perturbés et des directeurs de festivals s’interrogeaient publiquement sur le maintien de sa programmation.
Dans l’affaire Hakimi, la réaction la plus visible des milieux féministes a tenu en un communiqué. Le 25 février 2026, des ultras du Parc des Princes avaient déployé une banderole « Achraf total soutien ». Céline Piqués, porte-parole d’Osez le féminisme, avait dénoncé « une complaisance vis-à-vis des personnalités accusées de viol ». Me Rachel-Flore Pardo avait qualifié le geste d’« insulte aux victimes de viol ». Aucun rassemblement n’a été organisé devant le Parc des Princes. Aucune pétition de boycott de l’équipe du Maroc n’a circulé. Aucun débat public ne s’est tenu sur l’opportunité de laisser Hakimi jouer en pleine procédure criminelle.
Wissam Ben Yedder n’a pas davantage déclenché de mobilisation comparable. Attaquant franco-tunisien passé par Monaco et l’AS Saint-Étienne, il avait été condamné en novembre 2025 à deux ans de prison avec sursis pour agression sexuelle, puis renvoyé en procès pour viol et tentative de viol sur deux femmes mineures au moment des faits présumés. Aucune pétition ne s’est organisée. Aucune tribune n’a circulé.
Le football, dernier espace protégé
Le 4 mars 2026, les journalistes Mejdaline Mhiri et Clothilde Le Coz publiaient La Zone d’impunité, livre-enquête consacré au traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles dans le sport professionnel. Leurs conclusions sont précises : mots absents ou euphémisés, parole systématiquement accordée à l’accusé mais rarement à la victime, formulations qui relativisent la gravité des faits. « Les athlètes sont souvent perçus comme des stars, ce qui complique un traitement objectif des faits », ont-elles indiqué.
Fabien Touati, journaliste à L’Équipe qui enquête depuis plusieurs années sur les violences sexuelles dans le football, a décrit le mécanisme à l’œuvre dans les rédactions sportives : « Le foot, c’est le rêve et les paillettes, pas les scandales. À chaque fois on me disait : “On savait, tout le monde était au courant, mais tout le monde fermait les yeux.” » Les clubs refusent de communiquer. Dans les rédactions, la responsabilité du sujet est renvoyée des journalistes sportifs vers les journalistes généralistes, et inversement. La responsabilité ne trouve pas preneur.
Lors des Assises internationales du journalisme de Tours, en 2024, plusieurs intervenants avaient pointé la même réalité : les rédactions sportives sont « des entreprises de presse très masculines, dont la majorité des journalistes ne se destine pas au métier pour traiter ces sujets ». Ouest-France avait, de son côté, consacré une analyse au « soutien logique » du PSG à Hakimi, notant que ce soutien « illustre les mécanismes de protection existants dans un milieu encore peu secoué par le mouvement #MeToo ». Benjamin Mendy, international français mis en accusation pour six viols avant d’être acquitté en 2023, Dani Alves, défenseur brésilien condamné pour viol en Espagne la même année, Thomas Partey, milieu de terrain ghanéen d’Arsenal visé par plusieurs plaintes : dans aucun de ces cas, le débat public n’a atteint l’intensité de celui que les affaires Depardieu ou Bruel ont générée dans les médias généralistes.
Cinéma et variété ont déjà payé leur dette, le sport non
Gérard Depardieu et Patrick Bruel appartiennent à l’industrie culturelle française, cinéma et variété, qui a subi de plein fouet l’onde de choc de l’affaire Weinstein en 2017. Des collectifs de comédiennes, de réalisatrices, d’autrices se sont constitués dans ces milieux. Ils ont imposé, dans la durée, une sensibilité nouvelle aux rédactions culturelles et aux directions de programmation.
Le sport professionnel n’a pas traversé cette transformation. Mejdaline Mhiri a rapporté sa rencontre avec des adolescents lors d’une intervention en classe après l’affaire Hakimi : « Tous m’ont dit “Mais il n’a rien fait, elle fait ça pour l’argent !” » Elle a ajouté que ces réactions étaient « une conséquence directe du vocabulaire utilisé dans certains articles ». La presse sportive produit des représentations. Ces représentations forment des opinions.
Le piège identitaire
Hakimi est marocain, de confession musulmane, figure d’identification pour une large part du public populaire du PSG. Cette dimension crée, dans l’espace médiatique et militant français, un blocage que des chercheurs ont documenté dans d’autres affaires.
D’un côté, une partie des milieux féministes, notamment ceux qui se réclament du féminisme intersectionnel, attentif aux discriminations croisées de genre et de race, perçoit toute critique véhémente d’Hakimi comme susceptible d’être instrumentalisée par l’extrême droite ou assimilée à de l’islamophobie. Cette crainte n’est pas sans fondement historique : dans les années 2000, des affaires de viols collectifs commis dans des cités avaient été surexposées dans les médias d’une façon qui stigmatisait les auteurs en raison de leur origine, avant d’être récupérées par des courants identitaires. De l’autre côté, des commentateurs conservateurs ont effectivement tenté de s’emparer de l’asymétrie de traitement. CNews a relayé des militants identitaires selon qui « au nom de la non-islamophobie, on accepte des choses inacceptables ». Face à cette récupération, les milieux progressistes ont choisi de ne pas s’exposer. Le silence s’est installé.
Au détriment de la plaignante. Me Rachel-Flore Pardo a déclaré que « porter plainte pour des faits de viol contre une personne influente est une lourde épreuve » et que la lutte contre les violences sexuelles « n’a pas encore trouvé sa place dans le football masculin ». Trois renvois successifs devant la justice ont eu lieu malgré tout. Dans l’espace public, la plaignante reste seule.
Boston, le but, et la narrative du capitaine serein
Le Maroc était en demi-finale du Mondial 2022 au Qatar. Depuis, les Lions de l’Atlas sont devenus un phénomène de fierté transnationale, en France comme dans le monde arabe. Hakimi en est le capitaine et la figure centrale.
Après la victoire 1-0 contre l’Écosse, le sélectionneur Mohamed Ouahbi a déclaré : « C’est le meilleur arrière droit au monde, et il le prouvera lors de ce tournoi. Il est très serein. » La décision judiciaire rendue quelques heures plus tôt n’a pas figuré dans son propos. Dans les affaires Mendy, Alves ou Partey, la même dissonance avait joué dans le même sens, le récit de la performance sportive prenant le dessus sur celui de la procédure pénale. Une Coupe du Monde, avec les audiences et les enjeux symboliques qu’elle concentre, ne fait qu’amplifier ce phénomène.
Qui échappe à la mort sociale médiatique, et pourquoi
En mai 2026, le politologue Christian Dufour avait formulé le mécanisme sans détour : « Dans les tribunaux médiatiques, la sanction c’est la mort sociale. Des gens comme Gérard Depardieu, ça n’existe plus, c’est mort. Patrick Poivre d’Arvor, c’est mort. Et quant à Patrick Bruel, moi je pense qu’il est mort. »
Depardieu, PPDA, Bruel partagent un profil : figures de la culture légitime française, familières du public des grands médias généralistes, évoluant dans des espaces où #MeToo a déjà transformé les normes. Les rédactions qui traitent leurs dossiers ne risquent pas d’être accusées de cibler un homme en raison de ses origines ou de sa religion. Ce filtre implicite, non formulé, rarement assumé, joue en sens inverse pour Hakimi et Ben Yedder.
Le cas Ben Yedder le confirme point par point. Condamné en novembre 2025 à deux ans avec sursis pour agression sexuelle, renvoyé en procès pour viol et tentative de viol sur deux femmes mineures au moment des faits présumés, il cumule des éléments judiciaires parmi les plus graves mentionnés dans cet article. Aucune campagne ne s’est organisée.
Me Rachel-Flore Pardo a indiqué que dans le football masculin, les violences sexuelles sont « souvent minimisées, considérées comme des manigances ». Trois juges ont estimé le contraire. La plaignante, elle, attend le printemps 2027.
Achraf Hakimi est présumé innocent jusqu’à l’issue de son procès. Patrick Bruel, Wissam Ben Yedder et toutes les autres personnes citées dans cet article bénéficient de la même présomption. Cet article analyse les dynamiques médiatiques autour de ces affaires, sans préjuger de leur issue judiciaire.


