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Des photographes guettent déjà sa mère à la sortie du collège. Des maisons d’édition s’arrachent les droits de sa biographie. En l’espace de deux saisons professionnelles, un jeune Français a transformé la fascination en évidence. Reste à comprendre ce que cache, sous l’allure tranquille, une mécanique aussi précoce
Le record qu’aucun coureur n’a battu depuis 1937
Le 4 juillet, à Barcelone, Paul Seixas prendra le départ du Tour de France à dix-neuf ans, neuf mois et dix jours. Le précédent record de précocité datait de 1937, détenu par le Français Adrien Cento.
L’équipe Decathlon CMA CGM aligne son coureur avec l’étiquette assumée de candidat au podium, face au Slovène Tadej Pogačar et au Danois Jonas Vingegaard, ses principaux adversaires sur la Grande Boucle.
Bernard Hinault reste, lui, le dernier Français vainqueur du Tour de France, en 1985. Quarante et un ans séparent cette victoire de ce départ donné à Barcelone.
Depuis 2024, chaque saison bat la précédente
En 2024, pour sa dernière saison chez les juniors, Paul Seixas remporte treize courses et devient champion du monde du contre-la-montre. Sur Liège-Bastogne-Liège juniors, il s’impose également. Decathlon-AG2R La Mondiale, devenue depuis Decathlon CMA CGM, le fait passer professionnel à dix-huit ans, sans détour par une équipe réserve, le sas habituellement réservé aux jeunes espoirs.
Au Critérium du Dauphiné, il termine huitième du classement général en 2025 : aucun coureur aussi jeune n’avait intégré le top 10 final d’une course par étapes du World Tour, l’élite du cyclisme mondial. En août, il remporte le Tour de l’Avenir à dix-huit ans et onze mois, un record absolu. À l’automne, il décroche le bronze aux championnats d’Europe sur route, derrière des coureurs jugés intouchables. Le sélectionneur national Thomas Voeckler le qualifie alors de « premier des autres ». Il termine cette première saison à la septième place du Tour de Lombardie, plus jeune coureur dans le top 10 d’un Monument (l’une des cinq classiques historiques du cyclisme) depuis 1917.
Paul Seixas ouvre la saison 2026 par une victoire d’étape au Tour de l’Algarve, avant de remporter en solitaire l’Ardèche Classic. Le Tour du Pays basque tombe ensuite, en avril, à dix-neuf ans et six mois : Paul Seixas devient le premier Français vainqueur d’une course par étapes du World Tour depuis Christophe Moreau, en 2007. Quelques jours plus tard, le coude ensanglanté après une chute, il attaque à 500 mètres de la ligne dans le Mur de Huy, la côte qui conclut la Flèche wallonne, et remporte la course. À dix-neuf ans et 210 jours, il devient le plus jeune vainqueur de cette classique créée en 1936.
Sur les Strade Bianche puis sur Liège-Bastogne-Liège, il termine deuxième derrière Tadej Pogačar, seul capable de s’accrocher à sa roue. Le quadruple vainqueur de la Doyenne (le surnom de Liège-Bastogne-Liège) a déclaré : « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de coureurs plus forts que lui actuellement. Il va falloir travailler dur si on veut continuer à pouvoir se battre pour remporter des victoires avant qu’il ne détruise tout le monde ! » L’ancien coureur Thibaut Pinot indique, de son côté : « C’est peut-être plus fort que Pogačar à son âge ».
Soixante-quatre kilos, l’énigme d’un corps hors norme
Paul Seixas pèse soixante-quatre kilos. Son premier entraîneur, Marc Pacheco, décrit sa morphologie comme « un moteur de Ferrari dans une Twingo ». Il roule aussi bien contre la montre qu’en montagne, et se transforme en puncheur sur les arrivées courtes.
Enfant, Paul Seixas enchaînait de longues marches en montagne dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, où il a, selon ses mots, « appris à souffrir », avant d’en venir à aimer cet exercice. Ses parents, Emmanuelle et Emmanuel Seixas, pratiquaient eux-mêmes le karaté à haut niveau, le père ayant été vice-champion de France.
Timide et tête en l’air pendant l’enfance selon son entourage, il s’est mué en professionnel méthodique et hyper-rationnel. Il déteste perdre du temps, qu’il s’agisse des massages ou des repas. Selon son coéquipier Oliver Naesen, « la pression glisse sur lui comme l’eau sur les plumes du canard ».
En décembre 2022, à seize ans, des entraîneurs nationaux l’interrogent sur son projet sportif. Sa réponse tient en quatre mots : « Gagner le Tour de France ». Face à la presse, qui revient régulièrement sur son âge, il répond : « Peu importe mon âge, le plus important, c’est de gagner ».
Sur le Tour des Alpes, en avril 2025, la victoire d’étape revient à son coéquipier Nicolas Prodhomme : Paul Seixas refuse de lever les bras à l’arrivée pour la lui laisser. Il déclare : « J’ai dit non, Nico la méritait plus que moi ! » Après une chute dont il porte la responsabilité, sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, il présente ses excuses publiques à ses équipiers.
Guimard, Vayer, Bernaudeau : la mise en garde des anciens
Pierre Rolland, ancien vainqueur d’étape à l’Alpe d’Huez, note que Paul Seixas a réduit la part aléatoire de la course. Contrairement aux générations précédentes, sa victoire ne tient plus à une succession de « si ».
Cyrille Guimard, ancien manager qui a dirigé Bernard Hinault à ses débuts, avait délibérément freiné son protégé en 1977 pour l’aguerrir. Il a déclaré : « Si l’équipe de Seixas l’aligne sur le Tour pour exister, cela revient à dire que le coureur est un bien de consommation. Dans deux ans, au moindre problème, on le jette à la poubelle… »
Les performances de Seixas, selon Guimard, peuvent aussi faire resurgir le soupçon de dopage et le scepticisme du « tous dopés ». Antoine Vayer, ancien entraîneur de l’équipe Festina, va plus loin : « Seixas est en train de banaliser Pogačar ».
Jean-René Bernaudeau, manager de l’équipe TotalEnergies, redoute un épuisement précoce chez ces jeunes coureurs partis deux mois en stage d’altitude, loin de leur famille.
Tadej Pogačar lui-même a déjà ouvert cette voie : il a remporté son premier Tour de France à vingt-deux ans, en 2020.
Pinarello, UAE : la guerre des chéquiers a commencé
Paul Seixas étudie à l’EM Lyon Business School et parle un anglais courant. Il gère sa carrière à l’échelle internationale, loin des figures du cyclisme français habituellement ancrées dans un terroir.
Son contrat actuel avec Decathlon CMA CGM court jusqu’à fin 2027. Selon plusieurs médias spécialisés, l’équipe suisse Pinarello Q36.5, détenue par le multimillionnaire Ivan Glasenberg, serait toutefois prête à lui proposer treize millions d’euros par saison. Un tel contrat ferait de lui le cycliste le mieux payé de l’histoire du sport, devant Tadej Pogačar.
Les grandes équipes du World Tour rôdent également, à commencer par Lidl-Trek et UAE Team Emirates (la formation de Pogačar lui-même). UAE laisse filtrer dans la presse sa volonté de payer la clause libératoire de Seixas dès 2027. L’équipe affirme même que « son vélo est déjà prêt ».
Plusieurs spécialistes du cyclisme y voient moins une offre ferme qu’une démonstration de force, destinée à rappeler la puissance financière d’UAE au reste du peloton.


