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Il y a des signaux qui ne trompent pas. Quand le meilleur arbitre africain se voit refuser l’entrée sur le sol américain sans la moindre explication, quand des journalistes accrédités ne peuvent pas quitter le territoire pour couvrir les matchs de leur équipe nationale, quand des membres de fédérations sont retenus trois heures dans des aéroports comme des suspects, ce n’est plus de la bureaucratie. C’est un choix politique.
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Un arbitre, et tout est dit
Omar Abdulkadir Artan a 34 ans. Il est somalien. Il est le meilleur arbitre du continent africain. La FIFA l’a désigné pour officier lors du Mondial 2026. L’administration Trump lui a refusé l’entrée aux États-Unis, sans justification, sans recours, sans même la politesse d’une explication. La FIFA a baissé la tête et accepté le diktat de Donald Trump, trop intéressée par les gains financiers à venir. La CAF non plus. Ce double silence en dit plus long que n’importe quel communiqué.
Ce cas n’est pas une anomalie administrative. Il est l’expression la plus brutale d’une politique migratoire qui frappe méthodiquement un continent entier, au moment précis où ce continent était invité, pour la première fois, à vivre un Mondial sur le sol nord-américain.
Les faits sont là, précis et accablants. Au Sénégal, 43 accréditations presse ont été accordées, 95 % des visas validés, mais leurs titulaires sont interdits de sortie du territoire américain. Le Sénégal joue au Canada le 26 juin. En République démocratique du Congo, la FIFA a attribué 8 codes d’accréditation pour 100 millions d’habitants. Huit. À Kinshasa, l’ambassade américaine a fermé ses portes le jour même où des journalistes se présentaient pour leur entretien de visa. Washington impose 21 jours de quarantaine aux ressortissants congolais, au motif d’une résurgence d’Ebola localisée à 3 000 kilomètres de la capitale.
Ces chiffres ne sont pas le produit du hasard. Ils sont le résultat d’une administration qui a décidé, délibérément, que certains passeports valaient moins que d’autres.
La peur comme instrument de contrôle
Le plus révélateur n’est peut-être pas ce qu’on voit, mais ce qu’on n’entend pas. Des journalistes congolais s’autocensurent sur les réseaux sociaux parce qu’ils savent que leurs comptes seront scrutés lors de l’examen de leur dossier de visa. Critiquer Trump publiquement, c’est prendre le risque de ne jamais poser le pied sur le sol américain. Cette mécanique, qui transforme la liberté d’expression en variable d’ajustement migratoire, aurait dû provoquer une réaction internationale. Elle n’en a provoqué aucune.
Les 300 supporters sénégalais qui voulaient suivre leur équipe nationale n’iront pas. Pas parce qu’ils le refusent. Parce que l’État sénégalais ne peut pas financer des billets, un hébergement et une nourriture dont le coût a été rendu prohibitif par une politique de visa pensée pour décourager, non pour filtrer.
Ce que les Coupes du monde précédentes avaient compris
Le Brésil en 2014, l’Afrique du Sud en 2010, l’Allemagne en 2006 avaient compris qu’organiser une Coupe du monde signifiait ouvrir ses portes au monde entier, y compris à ceux qui venaient d’ailleurs, avec d’autres passeports et d’autres visages. Ce que Trump a fait de ce Mondial, c’est l’exact opposé : une compétition planétaire transformée en territoire sous contrôle, où l’accès se mérite selon des critères que personne n’énonce clairement parce que les énoncer clairement serait trop compromettant.
La FIFA doit répondre
Il reste une question, centrale, à laquelle ni la FIFA ni la CAF n’ont répondu : comment une organisation qui se réclame des valeurs universelles du sport a-t-elle pu attribuer la Coupe du monde à un pays qui en exclut méthodiquement une partie des participants ? Artan n’a pas pu arbitrer. Des journalistes n’ont pas pu couvrir. Des supporters n’ont pas pu supporter. Et le tournoi commence jeudi, comme si de rien n’était.
Ce Mondial restera dans les mémoires. Pas seulement pour ce qui se passe sur les pelouses.


