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Un milliardaire dans le box, une tentative de chantage et des questions auxquelles ses avocats ont refusé de répondre : la comparution de mercredi au Capitole était attendue depuis des mois. Ce que Bill Gates a choisi de dire est presque aussi instructif que ce qu’il a refusé d’aborder.
Mercredi matin, Bill Gates a pris place devant la commission de supervision de la Chambre des représentants à Washington. Le fondateur de Microsoft est le quinzième témoin entendu par cette commission, chargée depuis l’automne 2025 d’enquêter sur le réseau d’abus sexuels du financier Jeffrey Epstein, mort en 2019 avant d’avoir été rejugé. Dans sa déclaration liminaire, dont le texte a été communiqué à la presse, Gates a affirmé n’avoir «jamais été témoin ni eu le moindre indice» que le financier était impliqué dans des activités criminelles.
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Epstein avait constitué, pendant des décennies, un réseau de trafic sexuel sur mineures, opérant depuis plusieurs propriétés aux États-Unis et dans les Caraïbes. Gates nie avoir visité ses îles privées aux îles Vierges, son ranch d’Arizona ou sa résidence de Palm Beach, en Floride, où le financier avait cultivé pendant quinze ans sa proximité avec Donald Trump.
2011, 2014 : les dates qui posent problème
En 2011, Epstein s’était présenté à Gates comme un intermédiaire capable de lever des fonds pour un «projet de santé mondiale». Gates a déclaré avoir accepté d’échanger avec lui sans le soumettre au «scrutin» qu’il aurait dû, qualifiant rétrospectivement la relation de «grave erreur de jugement».
Le problème est que Gates connaissait une partie du passé judiciaire d’Epstein : en 2008, le financier avait été condamné en Floride pour trafic sexuel sur mineurs. Gates a déclaré aux élus avoir eu connaissance d’«ennuis judiciaires» passés, sans préciser en avoir compris la nature exacte. La relation a duré jusqu’en décembre 2014, date à laquelle Gates dit y avoir mis fin «définitivement».
Fin 2014, au moment de cette rupture, Epstein a tenté de contraindre Gates à maintenir le contact en le menaçant de révéler des informations sur ses infidélités conjugales. Gates n’a pas précisé comment Epstein s’était procuré ces informations. Il a déclaré devant les élus qu’Epstein «n’a pas réussi».
Gates a précisé que ces relations extraconjugales «n’avaient aucun lien» avec ses interactions avec Epstein, ajoutant qu’elles avaient «été douloureuses pour ma famille». Il a affirmé n’avoir «jamais victimisé qui que ce soit».
Une enquête parlementaire au ralenti
À l’automne 2025, le Congrès a adopté à quasi-unanimité une loi contraignant le ministère de la Justice à rendre publics les archives du dossier Epstein. Un seul représentant républicain avait voté contre. La commission de supervision de la Chambre est l’organe parlementaire chargé de superviser cette publication et d’auditionner les témoins.
La première divulgation de documents, entamée peu avant Noël, n’a pas satisfait aux exigences légales. Deux nouvelles publications ont suivi. Les plus de mille victimes recensées ont dénoncé publiquement ces divulgations successives, pointant un traitement défaillant de l’information et une protection insuffisante de l’identité de celles qui avaient choisi l’anonymat. Des millions de documents n’ont toujours pas été rendus publics. Donald Trump avait personnellement promis de tout divulguer avant de revenir à plusieurs reprises sur cet engagement.
Bondi, Dershowitz, Blanche
Parmi les témoins déjà entendus figurent Bill et Hillary Clinton. Pam Bondi, qui était procureure générale des États-Unis, a également comparu avant d’être renvoyée par Trump précisément en raison de sa gestion du dossier Epstein. Alan Dershowitz, avocat de longue date et ami personnel d’Epstein, devrait être entendu dans les semaines qui viennent. Todd Blanche, qui a succédé à Bondi à la tête du ministère de la Justice, est également attendu devant la commission.
Les questions sans réponse
Gates s’était présenté en déclarant être «heureux de témoigner volontairement». Ses avocats ont pourtant posé une limite pendant l’audition : selon la CNN, ils ont informé les élus que leur client refuserait de répondre aux questions sur d’éventuelles infidélités sans lien direct avec l’affaire Epstein. Le Wall Street Journal avait récemment évoqué une vingtaine de relations extraconjugales présumées, décrivant par ailleurs un dispositif élaboré destiné à protéger son image publique, mobilisant communicants, conseillers et stylistes.
En février, la Fondation Gates avait indiqué qu’un petit nombre de ses employés avait rencontré Epstein, après que ce dernier les avait convaincus d’être en mesure de mobiliser d’importantes ressources philanthropiques pour la santé mondiale. Aucun financement n’a été versé.


