Maroc-Algérie : la course aux armements qui inquiète le monde

Incidents militaires à répétition, budgets de défense records, rupture diplomatique : entre le Maroc et l'Algérie, tous les signaux d'une possible guerre sont au rouge.

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Le 11 avril 2026, deux hélicoptères d’attaque Mi-28NE algériens ont survolé la zone frontalière de Figuig. Deux mois plus tôt, des soldats algériens avaient posé des bornes à l’intérieur du territoire marocain et tiré en l’air à proximité d’exploitations agricoles. La revue spécialisée Defensa a qualifié cet épisode d’avril de l’un des « incidents les plus critiques recensés ces dernières années » entre les deux pays. Les deux pays concentrent à eux seuls 60 % des dépenses militaires du continent africain, et leur frontière terrestre est fermée depuis trente ans.

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Figuig, printemps 2026

Le 4 février, des soldats algériens ont pénétré dans la zone de Ksar Ich, province de Figuig, posé des bornes à l’intérieur du territoire marocain et tiré en l’air à proximité d’exploitations agricoles. L’incident a été porté devant le Parlement marocain par la Fédération de la Gauche Démocratique, qui a sommé le gouvernement d’agir. Soixante-sept jours plus tard, les deux Mi-28NE survolaient la même zone frontalière.

Plusieurs analystes décrivent depuis plusieurs années une « logique d’action-réaction permanente » le long d’une frontière terrestre fermée sans discontinuer depuis les attentats de Marrakech en 1994, et d’un espace aérien algérien interdit aux avions civils marocains depuis août 2021. Le précédent le plus grave remontait à fin 2021 : trois chauffeurs algériens avaient été tués lors d’une frappe imputée à des drones marocains dans une zone restreinte du Sahara occidental, premier incident meurtrier entre les deux pays depuis des décennies.

Les Mi-28NE sont des appareils de combat, pas des avions de surveillance.

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60 % des dépenses militaires d’un continent

Selon le rapport annuel du SIPRI publié le 27 avril 2026, l’Algérie a consacré 25,4 milliards de dollars à sa défense en 2025, soit une progression de 11 % en un an. Ce montant représente 25 % des dépenses publiques du pays, le deuxième ratio le plus élevé au monde, derrière l’Ukraine en guerre. Le Maroc a dépensé 6,3 milliards de dollars sur la même période, en hausse de 6,6 %. Son budget de défense voté en loi de finances 2026 atteint 157 milliards de dirhams, soit environ 15,3 milliards de dollars, en hausse de 17,77 % par rapport à 2025.

Ensemble, les deux pays ont absorbé 60 % des 58,2 milliards de dollars de dépenses militaires recensées sur le continent africain en 2025.

L’asymétrie entre les deux armées est réelle, mais moins écrasante qu’il y a dix ans. L’Algérie dispose de la deuxième armée africaine par le volume, avec des effectifs nombreux et un armement majoritairement russe : chasseurs Sukhoi 30, chars T-90, systèmes anti-aériens S-300 et S-400, sous-marins de classe Kilo. Le Maroc, moins nombreux, mise sur une diversification technologique pro-occidentale dont les livraisons se sont accélérées depuis 2025.

Le Su-57 et l’avertissement de Washington

Le fait militaire le plus saillant de 2025 dépasse le cadre bilatéral. L’Algérie est devenue le premier pays étranger à acquérir le chasseur Su-57E, l’avion de combat furtif de dernière génération développé par la Russie, un appareil capable d’échapper aux radars adverses et conçu pour rivaliser avec les meilleurs chasseurs américains et européens. La commande a été confirmée en février 2025. L’avionneur UAC/Sukhoi a annoncé la livraison des deux premiers exemplaires lors du salon Dubai Airshow de novembre 2025, avec six appareils supplémentaires attendus en 2026 et deux en 2027.

Washington a réagi directement. Le 3 février 2026, devant la commission des affaires étrangères du Sénat américain, Robert Palladino, chef du Bureau des affaires du Proche-Orient au Département d’État, a qualifié la transaction de « préoccupante » et a averti qu’elle pourrait déclencher des sanctions commerciales et financières contre Alger au titre de la loi CAATSA, une législation américaine adoptée en 2017 qui autorise Washington à pénaliser tout pays achetant des équipements militaires russes en quantité significative. C’est la première fois que les États-Unis formulent publiquement une mise en garde de cette nature à l’encontre de l’Algérie.

En parallèle, des analystes spécialisés dans le renseignement en sources ouvertes ont détecté un système de guerre électronique chinois positionné à six kilomètres seulement de la frontière marocaine. La dépendance algérienne à Moscou a par ailleurs un coût opérationnel concret : la guerre en Ukraine a exposé les failles du matériel russe en conditions réelles de combat, et la Russie a renforcé sa présence militaire au Sahel, cinq bases sur territoire algérien selon des sources de défense, tout en soutenant le maréchal Haftar en Libye, une position qui contredit directement les intérêts stratégiques d’Alger dans la région.

L’Apache, le TB2 et le F-16 : Rabat passe à la livraison

De l’autre côté de la frontière, les commandes marocaines des années précédentes se concrétisent. En mars 2025, les Forces royales air ont réceptionné les six premiers hélicoptères d’attaque AH-64E Apache commandés aux États-Unis. Dix-neuf drones Bayraktar TB2 turcs ont déjà été livrés, accompagnés de drones Akinci à longue portée, les mêmes appareils que la Turquie a utilisés avec efficacité en Libye, en Syrie et au Haut-Karabagh ; une usine de maintenance a été établie au Maroc. Vingt-cinq chasseurs F-16 américains, dans leur version la plus récente, sont attendus d’ici 2027.

À ces acquisitions s’ajoutent des chars Abrams, des lance-missiles HIMARS et des canons Caesar, américains et français respectivement, ainsi que des systèmes de guerre électronique israéliens. Rabat a également acquis des véhicules blindés tchèques et des blindés assemblés en coopération avec le groupe indien Tata, une diversification qui réduit la dépendance à tout fournisseur unique.

Le Maroc compense une infériorité numérique persistante par une supériorité technologique sur des équipements clés et par la multiplication des fournisseurs, à l’opposé de la concentration algérienne sur Moscou. L’avantage historique d’Alger, fondé sur la masse, ne détermine plus l’issue d’un affrontement hypothétique de la même façon qu’il y a dix ans.

1963, le Sahara, et une frontière qui n’a jamais été acceptée

Pour comprendre pourquoi ces deux pays en sont là, il faut remonter à la décolonisation et à deux conflits que soixante ans n’ont pas réglés.

En 1952, la France avait redécoupé les frontières au profit de l’Algérie, y intégrant des régions riches en ressources minérales, Tindouf et Colomb-Béchar, que Rabat avait soutenu le FLN algérien contre l’espoir de récupérer. L’Algérie indépendante a refusé de céder ces territoires en 1962, craignant un effet de contagion sécessionniste. À l’automne 1963, la « Guerre des Sables » a opposé les deux armées : plus de 850 morts et 379 prisonniers du côté algérien, contre 39 morts et 57 prisonniers du côté marocain. Rabat a gagné militairement. Alger a conservé les frontières.

Le Sahara occidental a ouvert la seconde blessure. En 1975, le roi Hassan II a mobilisé 350 000 civils dans la « Marche verte » pour revendiquer ce territoire de 255 000 km² laissé vacant par l’Espagne. Le Front Polisario, le mouvement indépendantiste sahraoui, soutenu militairement et diplomatiquement par l’Algérie depuis ses bases de Tindouf, a exigé un référendum d’autodétermination. Le Maroc a répondu en construisant un mur de défense de 2 700 kilomètres qui lui assure le contrôle de fait de 80 % de la région.

Le rapport de forces diplomatique s’est progressivement retourné. En 1990, 79 pays reconnaissaient le Polisario ; ils n’étaient plus qu’une trentaine en 2020. Le 30 juillet 2024, la France a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, rejoignant les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël.

La normalisation de 2020 et le choc algérien

C’est la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, dans le cadre des accords d’Abraham, une série d’accords de paix conclus sous médiation américaine entre Israël et plusieurs pays arabes, signés en décembre 2020, qui a constitué le détonateur de la crise actuelle. En échange de cette normalisation, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Alger a perçu ces deux décisions simultanées comme une manœuvre de déstabilisation concertée, pas comme deux événements distincts.

Fin 2020, le Front Polisario a annoncé la fin d’un cessez-le-feu de trente ans, suivie de bombardements et d’une intervention de l’armée marocaine à Guerguerat. En août 2021, l’Algérie a rompu unilatéralement ses relations diplomatiques avec Rabat, l’accusant d’héberger des cadres du mouvement séparatiste kabyle et d’être responsable de vastes incendies en Kabylie.

Depuis la normalisation de 2020, le Maroc a bénéficié d’une coopération militaire croissante avec Israël : drones, systèmes anti-drones, missiles, et un contrat de satellite évalué à environ un milliard de dollars. L’ouverture d’un consulat émirati à Laâyoune, dans le Sahara occidental, a été qualifiée de « particulièrement provocatrice » par des responsables algériens. Alger perçoit dans l’axe Rabat-Tel-Aviv-Abou Dhabi une stratégie d’encerclement délibérée.

Le Sahel, nouveau front de la rivalité

Un front supplémentaire s’est ouvert en 2025, là où personne ne l’attendait. En avril, le Mali a abattu un drone algérien près de Tin Zaouatine, à la frontière sud de l’Algérie, accusant Alger de soutenir des groupes rebelles touaregs. L’Algérie a rappelé ses ambassadeurs au Mali et au Niger, et fermé son espace aérien à ces deux pays.

Le Maroc a immédiatement saisi l’ouverture. Rabat a accueilli les ministres des affaires étrangères de l’Alliance des États du Sahel, Mali, Niger et Burkina Faso, se positionnant comme partenaire de substitution à Alger dans une région que cette dernière considérait comme son arrière-cour naturelle. L’Initiative Africaine Atlantique du Maroc, qui propose un corridor d’accès à l’Atlantique aux pays sahéliens enclavés, est lue à Alger comme une nouvelle pièce d’un dispositif d’étranglement économique.

Alger se retrouve exposée sur deux axes simultanément : au nord, la pression marocaine ; au sud, des pays sahéliens qui lui retirent leur confiance au profit de Rabat.

Tebboune, 23 %, et la tentation du bouc émissaire

La réélection d’Abdelmadjid Tebboune en septembre 2024 s’est déroulée avec un taux de participation réel estimé à environ 23 %, le chiffre le plus bas enregistré depuis l’indépendance du pays. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a qualifié ce scrutin de « réélection forcée ». Le Monde a décrit, dans sa couverture du scrutin, un « inquiétant fossé entre le régime et la population ».

En janvier 2026, Tebboune a tenté une modification constitutionnelle destinée à prolonger son mandat jusqu’en 2031. La tentative a rencontré des résistances au sein du haut commandement militaire, selon plusieurs sources proches du dossier. Plusieurs observateurs estiment que le discours belliqueux entretenu contre le Maroc remplit une fonction politique intérieure : alimenter un sentiment national et détourner l’attention de crises économiques et sociales que les hydrocarbures ne financent plus aussi facilement qu’avant.

La rente pétrolière représente encore un quart du budget de l’État algérien. Toute guerre longue et coûteuse serait financièrement intenable, un facteur de dissuasion que les généraux algériens ne peuvent pas ignorer.

La résolution 2797 et les négociations Boulos

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2797 par onze voix pour, aucune contre, et trois abstentions, Chine, Russie et Pakistan. C’est la première fois qu’un texte onusien consacre formellement le plan d’autonomie marocain de 2007 comme base des négociations pour parvenir à une solution « juste, durable et mutuellement acceptable ». Ce plan prévoit une large autonomie pour le Sahara occidental, tout en maintenant sa souveraineté sous autorité marocaine. La résolution maintient explicitement le principe d’autodétermination du peuple sahraoui et n’acte pas la souveraineté marocaine, mais Rabat y voit une victoire diplomatique majeure.

L’Algérie, qui n’est pas membre du Conseil de sécurité, n’a pas participé au vote et a déclaré que le texte « suscite les interrogations juridiques les plus sérieuses ». Le 23 octobre, soit huit jours avant le vote, le Front Polisario avait annoncé à l’Agence France-Presse être prêt à accepter le plan d’autonomie marocain à condition que la population sahraouie le valide par référendum. Le ministre sahraoui des affaires étrangères, Mohamed Yeslem Beissat, avait détaillé une « proposition élargie » comportant trois options : l’indépendance, l’intégration et un pacte d’association libre.

L’administration Trump a choisi ce moment pour pousser ses pions. L’émissaire Massad Boulos a conduit trois rounds de négociations en moins d’un mois : fin janvier à Washington, les 8 et 9 février à l’ambassade américaine de Madrid, où se sont réunis pour la première fois les ministres des affaires étrangères du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et un représentant du Polisario, puis les 23 et 24 février à nouveau à Washington. À l’issue de la réunion de Madrid, les parties ont acté la création d’un « comité technique » d’experts juridiques et politiques chargé de travailler sur un accord-cadre, dont la signature était envisagée pour mai 2026.

Washington a, dans le même temps, exigé du Maroc une version profondément remaniée de son plan d’autonomie, désormais étendu à une quarantaine de pages contre trois dans la version initiale de 2007. L’Algérie maintient une résistance sur deux points précis : le mode de désignation de l’exécutif régional et le partage des ressources naturelles.

La guerre ? Ce que disent vraiment les experts

Intissar Fakir, chercheuse au Middle East Institute de Washington, résumait la situation fin 2025 : « Aucun des deux pays ne souhaite la guerre, mais ils semblent se préparer au pire. » La Fondation Jean-Jaurès, dans une note publiée en février 2026, juge qu’un « Maghreb réconcilié ne relève plus seulement du vœu pieux » depuis la résolution onusienne, tout en soulignant le « potentiel économique et politique considérable » que représenterait une réconciliation.

Plusieurs facteurs convergent pour maintenir la dissuasion. Aucun des deux États ne dispose d’un prétexte territorial direct, une revendication sur une portion du sol de l’autre, qui justifierait une déclaration de guerre formelle. L’équilibre des forces, plus incertain qu’il y a dix ans, dissuade chacun de prendre l’initiative. La pression diplomatique américaine et la dynamique onusienne constituent un cadre que ni Rabat ni Alger ne souhaitent rompre frontalement, du moins pas délibérément.

Un incident frontalier non maîtrisé, exactement le type d’épisode documenté à Figuig en février et avril 2026, reste le scénario que les experts jugent le plus probable. Ces accrochages ne résultent pas d’une décision politique centrale. Ils surviennent dans des zones grises, loin des capitales, dans une logique d’action-réaction que personne ne pilote entièrement. C’est dans cet espace-là, entre la guerre décidée et la paix tenue, que le risque s’est logé.



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4 commentaires sur « Maroc-Algérie : la course aux armements qui inquiète le monde »

  1. Vous n’avez rien d’indépendant comme média mais vous avez une ligne éditoriale pro-marocaine. Affirmer que l’armée algérienne a posé des bornes à l’intérieur du territoire marocain n’est que propagande. Ich fait partie du territoire algérien et l’Algérie n’a fait que sécuriser sa frontière quand chaque jour arrive des quintaux de cannabis sans compter les nombreuses actions hostiles du Maroc à travers les médias et les réseaux sociaux mais ça vous n’en parlez pas, indépendants que vous êtes !

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    • Respire un coup, tu t’emmêles les pinceaux dans ton clavier. Les frontières marocaines sont claires, documentées et sous contrôle. Venir crier au complot et à la propagande dès qu’un fait ne va pas dans le sens de ton tableau de bord, ce n’est pas un argument, c’est juste du déni. Quant au sujet du cannabis, c’est l’argument classique quand on manque d’arguments géopolitiques sérieux. On connaît la chanson. Si rapporter la réalité du terrain te donne l’impression que le monde entier est “pro-marocain”, c’est peut-être qu’il est temps de te questionner sur ton propre endoctrinement. Les faits ne s’alignent pas sur tes souhaits. Bonne continuation.

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      • Pour le cannabis que tu sembles avoir fumé, tu demanderas à l’Espagne ce qu’elle pense des quantités qu’elle a saisie à Ceuta car c’est toujours la même propagande que vous véhiculez, en parlant de Ceuta et Melilla quand est-ce que toi et tes congénères vous compter les récupérer? C’est vrai qu’elle appartient à l’Espagne! Moi je ne suis pas endoctriné contrairement à toi! Enfin, pour ta gouverne, je ne crois pas que le monde est pro-marocain, la preuve c’est que depuis 50 ans, vous cherchez une reconnaissance internationale sur le Sahara occidental que vous n’avez toujours pas mais c’est ce média prétenduement indépendant qui l’est! Pour terminer, on connait votre propagande et vos mensonges et d’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’en demandant à google:”quel est le peuple le plus malhonnête au monde?”, il répond :”le peuple marocain”, cogite un peu au lieu de te faire le relais de la propagande du makhzen!

  2. en lisant votre article, j’ai constaté une erreur factuelle.
    effectivement qu’il y eu l’incident du drone abattu, en avril, à la frontière algéro-malienne sauf que se n’était pas les FAMA (Force armée Malienne) qui ont abattu le drone, le “Akinci” de fabrication turque, mais s’est la DAT (Défense Aérienne du Territoire) algérienne ou ses forces aériennes qui a neutralisé le UCAV malien, l’épave a été localisé 10 kilomètres à l’intérieur du territoire malien ce qui signifie que l’Algérie la abattu alors qu’il survolé l’espace aérien du Mali.
    merci de rectifier la confusion.

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