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Devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, mercredi 1er juillet, Éric Trappier a vendu un « super-Rafale », alors que le futur avion censé succéder au Rafale n’a toujours ni nom ni calendrier arrêté. Le patron de Dassault Aviation, auditionné un an après sa précédente venue, affirme savoir construire ce nouvel appareil sans l’Allemagne ni l’Espagne, mais reconnaît ne pas avoir les moyens financiers de le faire seul. Il réclame pour ce futur avion un leadership qu’il refusait de céder à Airbus sur le programme précédent. Certains noms de partenaires, a-t-il prévenu les sénateurs, ne seront pas dévoilés.
Vidéo : l’audition d’Eric Trappier devant le Sénat
Une clause inscrite dans la loi
Mercredi 1er juillet, la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat a auditionné Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, un an après sa précédente venue devant elle. Entre les deux rendez-vous, l’abandon du New Generation Fighter (NGF) a été officialisé. Ce chasseur devait constituer la pièce maîtresse du Scaf, le Système de combat aérien du futur, lancé il y a près de dix ans par la France et l’Allemagne. L’Espagne a rejoint le programme en 2019. La commission a obtenu, dans l’actualisation de la loi de programmation militaire, l’inscription d’un démonstrateur national d’ici 2035. « Que faut-il penser de presque 10 années écoulées depuis le lancement du Scaf ? », a demandé son président en ouverture de séance. Les avions de chasse, a-t-il rappelé, jouent un rôle essentiel dans la composante nucléaire aéroportée française.
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Cinq dates pour un seul avion
2030. L’objectif initial pour le premier vol du NGF, resté sans suite. « On échoue, et je suis un peu triste et déçu qu’on n’arrive pas à avoir défini avec les deux partenaires un avion qui puisse voler en 2030 », a déclaré Éric Trappier devant les sénateurs.
2032-2033. Un standard intermédiaire du Rafale, avant le F5 complet.
« Les années 2035 ». Le F5, avec un nouveau moteur, un radar plus puissant et l’intégration de nouveaux missiles, dont celui de la composante nucléaire aéroportée.
2035. Le démonstrateur national inscrit dans la loi de programmation militaire. Deux comptes rendus de l’audition divergent sur sa motorisation : l’un évoque une production possible sans moteur, l’autre un moteur T-Rex encore provisoire.
2045. L’horizon auquel le futur avion pourrait voler avec sa propre propulsion, selon Éric Trappier. Le moteur devra être « complètement abouti » entre 2040 et 2045, précise un second compte rendu de la même intervention.
Le moteur reste le nœud de ce calendrier. « Il nous faut un moteur qui pousse beaucoup plus […] c’est vraiment le sujet critique sur le chemin », a déclaré Éric Trappier, qui plaide pour la poursuite du programme de recherche T-Rex, mené avec Safran.
La version de Dassault
Le projet est lancé à 50/50, avec un leadership clair confié à Dassault, a expliqué Éric Trappier devant les sénateurs. L’arrivée de l’Espagne a rééquilibré la répartition à un tiers pour Dassault, deux tiers pour Airbus. « On s’est retrouvés à un tiers de travail contre deux tiers pour Airbus », a indiqué le dirigeant, selon un compte rendu de l’audition. Dassault avait accepté ce nouveau partage à une condition : conserver le rôle d’architecte du futur appareil. Airbus a ensuite réclamé de partager cette responsabilité, selon Éric Trappier. « La situation est devenue irréconciliable », a-t-il déclaré.
Il y a un peu plus de six mois, Airbus a affirmé ne plus vouloir travailler avec Dassault, selon le PDG. « Moi, je n’ai jamais dit que je ne voulais pas travailler avec Airbus, au contraire », a-t-il répondu aux sénateurs. Neuf années de travaux seront tout de même réutilisées, notamment les études sur les compromis entre furtivité, aérodynamique et capacité d’emport. Aucun sénateur ne lui a demandé de confronter ce récit à celui d’Airbus.
Le nom du plan B
Pierre Medevielle, sénateur, a demandé s’il existait un espace pour un avion « low-cost », entre les drones et un Rafale sophistiqué. « C’est un vieux serpent de mer », a répondu Éric Trappier. L’expression désigne, dans le langage courant, un débat qui revient sans jamais être tranché. Le Rafale reste, a-t-il précisé, le plus petit avion au monde capable d’accomplir l’ensemble du spectre des missions, nucléaire compris. Un appareil moins armé serait écarté des opérations complexes de l’OTAN, faute de capacités de brouillage et d’un armement suffisamment lourd.
« Le plan B, il est amorcé. Le plan B, c’est un super-Rafale », a déclaré le PDG de Dassault Aviation, en référence au standard F5. Associé à un drone de combat, cet ensemble ferait, selon lui, « un meilleur travail que » le F-35, le chasseur américain, pour un coût de développement inférieur à celui d’un avion de sixième génération. « Le F5 nous permet d’avoir une offre améliorée pour l’export », a-t-il ajouté. Plusieurs clients étrangers suivraient déjà son développement, selon le dirigeant. L’avion prévu pour 2035 devra, lui, assurer à la fois la dissuasion nucléaire et les missions conventionnelles. Éric Trappier a résumé sa doctrine dans une formule : « le plus petit avion qui fait tout ».
Le leadership, à sens unique
« Sans duplication des tâches ». C’est l’une des conditions posées par Éric Trappier pour toute future coopération européenne sur l’avion de combat. Il en a posé une autre : « un leadership clair situé en France », appuyé par la DGA et par les armées. « Il faut que les compétences soient mises en avant […] L’important, c’est de servir nos armées, ce n’est pas de se faire plaisir », a-t-il déclaré aux sénateurs. « Si on duplique, on va fragmenter encore plus. Le but, c’est de prendre les compétences là où elles sont », a-t-il ajouté.
Sur le Scaf, Dassault avait posé une exigence comparable en conservant le rôle d’architecte lors du rééquilibrage de 2019. Airbus réclamait, lui, un partage de cette direction. La France, dans le programme qu’appelle de ses vœux Éric Trappier, ne partagerait la sienne avec personne. Le PDG de Dassault Aviation a distingué capacité technique et capacité financière. « Quand je dis que je peux faire seul, je n’ai pas dit qu’on avait forcément les moyens financiers pour le faire seul, a-t-il déclaré. Je dis techniquement, technologiquement, je sais faire seul avec mes partenaires. »
Ce qu’il garde pour lui
Aucun chiffre de budget n’a été avancé pour le programme national de succession du Rafale. Le seul modèle industriel cité par Éric Trappier reste le démonstrateur Neuron, conduit dans les années 2000 avec six pays européens. Chaque partenaire y intervenait selon ses compétences, sans remise en cause du leadership industriel, a-t-il rappelé. Dassault n’exclut pas des partenaires hors d’Europe, sans que leur identité soit dévoilée. « Les noms, je les garde », a déclaré Éric Trappier aux sénateurs.
Le drone de combat furtif reste, lui, à l’arrêt. Trappier l’avait pourtant jugé « complémentaire et indispensable » au futur avion, en propos liminaires, tout en évoquant une « petite déception ». Aucun sénateur n’est revenu sur ce point en question. Le groupe affirme disposer, avec Safran pour le moteur et Thales pour les systèmes, de toutes les compétences nécessaires pour développer seul un successeur au Rafale, sans dire, pour l’instant, avec quels partenaires il compte le développer.


