Disparition du MH370 : l’énigme qui résiste à la science

MH370 : que sait-on vraiment aujourd'hui ? Débris authentifiés, théories militaires écartées, hypothèse du pilote toujours débattue. Le point sur l'enquête.

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239 personnes disparues, douze ans d’enquête, et une conclusion qui tient en une phrase : la science sait presque tout, sauf l’essentiel. Les données satellitaires sont validées, les débris authentifiés, les théories les plus spectaculaires démontées une à une. Il ne manque qu’un point sur une carte.

Un an de sursis accordé au fond de l’océan Indien

Un seul élément reste aujourd’hui à découvrir dans ce dossier : l’épave elle-même. Kuala Lumpur a signé, le 30 juin 2026, une prolongation du contrat qui lie la Malaisie à la société Ocean Infinity. Les recherches du MH370 courront désormais jusqu’au 30 juin 2027. Cinq mois plus tôt, le 23 janvier 2026, les opérations avaient pourtant été suspendues, officiellement pour des raisons de redéploiement de navires commerciaux. Les équipes avaient repris le travail dès décembre 2025, quelques semaines seulement avant cet arrêt.

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Pour explorer les fosses de l’océan Indien, profondes de 4 000 à 5 000 mètres, Ocean Infinity déploie une flotte de véhicules sous-marins autonomes, ou AUV, conçus à l’origine pour des usages militaires. Ces engins évoluent en formation coordonnée, que l’entreprise appelle une « meute », et cartographient les fonds à l’aide de sonars haute définition. Ocean Infinity revendique une efficacité multipliée par cinq ou six par rapport aux recherches menées en 2014.

Malaisie et Ocean Infinity ont retenu un principe simple, celui du « no find, no fee », pas de découverte, pas de paiement. L’entreprise ne touchera 70 millions de dollars que si elle localise le champ de débris ou remonte les boîtes noires. Ocean Infinity assume ainsi seule l’intégralité du risque financier, un pari qui n’aurait guère de sens si Inmarsat et l’Independent Group, un collectif de scientifiques indépendants spécialisés dans l’analyse des signaux satellites, ne jugeaient pas leurs modélisations de dérive déjà extrêmement solides.

Ce que les crustacés du flaperon ont livré

Depuis juillet 2015, une trentaine de fragments d’avion se sont échoués sur les côtes de La Réunion, du Mozambique et de Madagascar. Trois d’entre eux ont été formellement rattachés au vol MH370. Le plus célèbre reste le flaperon retrouvé le 29 juillet 2015 sur une plage réunionnaise, puis expertisé dans un laboratoire spécialisé près de Toulouse.

L’examen a permis de relier un numéro de fabrication interne au Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Les experts ont toutefois tiré l’élément le plus probant d’un indice biologique : des anatifes, ces crustacés marins qui se fixent sur les objets flottants, recouvraient la pièce. Leur analyse a établi une dérive de plus d’un an dans des eaux tempérées et tropicales d’au moins 18 °C, une signature compatible avec les courants de l’océan Indien, incompatible avec n’importe quelle autre zone.

La disparition de la plaque d’identification, rivetée sur le flaperon, a nourri de nombreux soupçons. Le commandant de bord Patrick Blelly a apporté une explication technique à ce mystère. Il a indiqué qu’il est courant, en maintenance aéronautique, de retirer ces plaques lorsqu’elles gênent une réparation, sans toujours les remonter. D’autres fragments de fuselage, retrouvés au Mozambique et à Madagascar par le chercheur américain Blaine Gibson, confirment la même zone de dérive.

Sur ce point précis, la zone de l’épave, aucun doute scientifique ne subsiste : tous les éléments matériels convergent vers le septième arc de cercle défini par Inmarsat, une ligne calculée à partir des derniers signaux échangés entre l’avion et un satellite, qui borne la zone où l’appareil a pu s’abîmer.

Un Awacs plus lent que le Boeing qu’il aurait effacé

Le rapport officiel confirme un fait resté sans explication : la cargaison de batteries Motorola transportée par l’appareil n’a jamais été passée aux rayons X, en raison de sa taille. Les enquêteurs se sont contentés d’une inspection physique externe. Les partisans d’une manipulation militaire s’appuient sur ce vide pour avancer un scénario précis : un avion radar Awacs aurait intercepté le Boeing et effacé sa trace des écrans civils et militaires, ces mêmes radars qui repèrent normalement tout appareil volant, identifié ou non.

Les experts opposent à ce scénario deux obstacles matériels. Un Awacs ne possède aucune capacité d’interception physique de ce type. Faire disparaître un 777 des radars d’une région entière supposerait de paralyser tout l’espace aérien environnant, un événement qui n’aurait pu passer inaperçu. Deuxième obstacle, plus brut encore : la vitesse maximale d’un Awacs plafonne à 870 km/h, contre 950 km/h pour un Boeing 777. L’appareil censé intercepter l’avion disparu était, sur le papier, incapable de le rattraper.

Ses partisans doivent, pour la faire tenir, écarter en bloc deux corpus de preuves déjà validés : les données satellitaires d’Inmarsat et la découverte matérielle des débris. Sur ce terrain, la théorie ne résiste pas aux faits déjà établis.

Sept points GPS retrouvés sur un ordinateur personnel

Le commandant de bord Zaharie Ahmad Shah aurait profité de l’absence de son copilote pour s’enfermer seul dans le cockpit et couper les communications. Il aurait ensuite dépressurisé la cabine, une manœuvre qui prive les occupants d’oxygène et les rend rapidement inconscients, avant de piloter l’appareil jusqu’à l’épuisement du carburant, au sud de l’océan Indien.

La police malaisienne a extrait du disque dur du simulateur de vol personnel du commandant, à son domicile, une session d’entraînement effacée. Elle contenait sept ou huit points de coordonnées géographiques, programmés quelques semaines avant le vol réel, qui dessinent une trajectoire s’achevant par une panne de carburant dans la même zone océanique. L’ingénieur en structures aéronautiques Argaris Kamula Coos a, de son côté, mené des simulations d’impact sur supercalculateur à partir des débris d’ailes retrouvés. Presque tous ces fragments proviennent du flanc droit de l’appareil, un signe, selon lui, d’un amerrissage contrôlé par un pilote resté conscient jusqu’à l’impact plutôt que d’une chute libre ou d’une explosion en vol.

Le rapport de police officiel dresse pourtant un tout autre portrait de Zaharie Ahmad Shah : un homme équilibré, que rien ne prédisposait, ni sur le plan psychiatrique, ni financier, ni conjugal, à un tel geste. Sa sœur, Sakab, défend sa mémoire avec constance. Des amis proches rejettent, eux aussi, l’idée qu’un pilote aussi investi ait pu commettre un meurtre de masse. Ici, contrairement au flaperon ou à l’Awacs, les faits techniques et le profil humain pointent dans deux directions opposées, et rien, à ce jour, ne permet de trancher.

Douze ans de recherches, un océan encore muet

L’Australie a ratissé 120 000 km² entre 2014 et 2017, sans résultat. Ocean Infinity a repris le flambeau en 2018, avec le même échec. Dans les deux campagnes, les équipes ont buté sur l’échelle du terrain plutôt que sur leurs outils : chercher une épave dans cette zone abyssale revient à chercher une aiguille dans un champ de meules de foin.

Les nouveaux AUV promettent une cartographie plus fine des fonds, pas un raccourci sur le nombre d’hypothèses en jeu. Le pilotage délibéré, la défaillance technique ou une intervention extérieure resteront des scénarios concurrents tant que l’épave ou les boîtes noires n’auront pas été localisées. Douze ans de calculs, de débris et de simulations ont réduit le mystère à une seule inconnue : un point précis, quelque part sous 4 000 mètres d’eau, qu’Ocean Infinity a jusqu’au 30 juin 2027 pour trouver.



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