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Cinq exemplaires seulement ont porté cette silhouette de cétacé blanc dans le ciel européen. Pendant trente ans, cet avion sans passagers a transporté les pièces qui ont permis au constructeur européen de prendre forme. Il a logé dans sa soute un chef-d’œuvre de Delacroix, puis un module destiné à la Station spatiale internationale. Deux décisions, prises à quelques mois d’intervalle, viennent de mettre un terme à cette carrière.
Deux dates, un même point final
Le 29 janvier 2026, le F-GSTF décolle de Bordeaux-Mérignac à destination de Hawarden, au pays de Galles. Pour cet Airbus A300-600ST, c’est un dernier vol. Airbus et la presse spécialisée confirment qu’aucun autre Beluga ST n’est encore en service au sein d’Airbus Transport International.
Airbus a déjà fixé l’avenir du F-GSTF. L’appareil doit être transformé en espace pédagogique consacré aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques, sur le site de Broughton. Le 24 juin 2026, cinq mois plus tard, Airbus transfère un second appareil, le F-GSTD, au musée Aéroscopia de Blagnac, où il devient le premier Beluga ST exposé en permanence devant le public.
La soute, elle, reste fermée. Selon les informations communiquées en juin 2026, son ouverture et l’installation d’une exposition consacrée au Beluga ST et au BelugaXL sont prévues pour l’été 2028, après des travaux d’aménagement.
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L’outil invisible qui faisait tourner Airbus
Airbus n’a jamais vendu un seul billet pour un vol de Beluga. Le constructeur répartissait pourtant sa production entre plusieurs pays dès l’origine du programme. Les ailes étaient fabriquées au Royaume-Uni, des tronçons de fuselage en Allemagne. D’autres sections sortaient des chaînes françaises, l’empennage des usines espagnoles. L’assemblage final, lui, se faisait à Toulouse ou à Hambourg.
Le Beluga reliait ces sites entre eux. Il transportait les pièces, parfois immenses, d’une usine à l’autre, en quelques heures là où un convoi routier aurait mis plusieurs jours. Le Beluga réduisait les temps logistiques et permettait à Airbus de tenir ses cadences de production sur plusieurs programmes à la fois.
Quand les Super Guppy ne suffisaient plus
En 1972, Airbus commence à transporter ses pièces d’avion à bord du Super Guppy, un appareil dérivé du Boeing Stratocruiser. Cet avion atypique assure seul la liaison entre les usines du constructeur pendant près de vingt ans. À la fin des années 1980, ses performances ne suivent plus, et sa maintenance devient de plus en plus lourde.
Airbus lance un programme de remplacement, confié à la SATIC, sigle de Special Aircraft Transportation International Company, une structure créée par l’Aérospatiale, le groupe aérospatial français, et la DASA, son homologue allemand. Les ingénieurs choisissent de partir de la structure de base de l’A300-600R, déjà éprouvée sur les lignes commerciales.
Le prototype sort d’atelier en juin 1994, puis effectue son premier vol le 13 septembre de la même année, à Toulouse-Blagnac. Sa certification intervient en 1995. L’appareil entre en service dans la foulée, sous l’exploitation d’Airbus Transport International.
Une baleine taillée dans un A300
Les ingénieurs partent d’un A300-600R et conservent les ailes, les moteurs, le train d’atterrissage et la partie basse du fuselage. Toute la partie supérieure, en revanche, est redessinée pour loger une soute géante. Le cockpit, abaissé sous le plancher cargo, permet d’ouvrir la porte frontale sans toucher aux systèmes de pilotage.
L’appareil mesure 56,15 mètres de long, pour une envergure de 44,84 mètres. La soute, à elle seule, s’étend sur 37,7 mètres pour plus de 7 mètres de diamètre. Il emporte entre 40 et 47 tonnes selon les missions, pour une masse maximale au décollage d’environ 155 tonnes.
Cinq exemplaires seulement sortent des chaînes entre 1992 et 2000. Exploités par Airbus Transport International, ils desservent Toulouse, Hambourg, Broughton, Brême et Séville durant toute leur carrière.
Delacroix en soute, de Paris à Tokyo
En 1997, le Beluga ST bat un record du transport aérien pour un chargement hors gabarit, c’est-à-dire trop volumineux pour la plupart des avions cargo. Deux ans plus tard, il achemine La Liberté guidant le peuple, le tableau d’Eugène Delacroix, de Paris à Tokyo. L’appareil convoie aussi le module Columbus vers la Station spatiale internationale, ainsi que des satellites et des hélicoptères.
Avec l’arrivée de l’A350, certaines pièces dépassent les capacités du Beluga ST. Airbus lance le BelugaXL, dérivé de l’A330, pour transporter des volumes plus importants.
Le nouvel appareil mesure 63,1 mètres de long, contre 56,15 mètres pour son prédécesseur. Sa soute atteint 46,8 mètres, contre 37,7 mètres. Il offre environ 30 % de volume supplémentaire et peut transporter deux ailes d’A350 en un seul vol, là où le Beluga ST n’en transportait qu’une.
Six BelugaXL sortent des chaînes de production. Ils constituent désormais l’épine dorsale de la logistique interne d’Airbus, au moment où le constructeur vise une forte montée en cadence de la famille A320neo.
Le pari commercial qui a tourné court
Le constructeur crée Airbus Beluga Transport, une activité tournée vers le fret hors gabarit pour des clients extérieurs au groupe. Les Antonov An-124, des avions-cargos ukrainiens parmi les plus gros au monde, se raréfient en Europe depuis le début de la guerre en Ukraine, et Airbus y voit une carte à jouer.
La nouvelle entité obtient son certificat de transporteur aérien français, ou AOC, en novembre 2023. Airbus évoque le transport de satellites et de moteurs d’avion, ainsi que d’hélicoptères et d’équipements industriels et potentiellement militaires. Sur le papier, le Beluga ST l’emporte par son volume ; il reste cependant nettement moins performant que l’Antonov An-124 pour les charges les plus lourdes.
Airbus annonce la fermeture d’Airbus Beluga Transport et la suspension des vols en janvier 2025, soit environ quatorze mois après l’obtention de l’AOC.
Airbus pousse aussi le Beluga ST comme solution de transport stratégique pour l’Europe. Face au manque de gros porteurs disponibles sur le continent, l’appareil peut embarquer des équipements volumineux sans démontage complet.
La charge utile du Beluga ST demeure très inférieure à celle d’un An-124. La fermeture rapide d’Airbus Beluga Transport empêche toute consolidation de cette activité dans la durée.
Aéroscopia, Broughton : les prochaines étapes
Près de deux ans et demi séparent le dernier vol du F-GSTF de l’ouverture complète de la soute du F-GSTD, prévue pour l’été 2028. À Broughton, aucune date d’ouverture n’a pour l’instant été annoncée pour l’espace pédagogique du F-GSTF. À Aéroscopia, les visiteurs peuvent dès à présent voir le F-GSTD de l’extérieur, avant l’installation d’une exposition intérieure consacrée au Beluga ST et au BelugaXL.


