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Conçu pour garantir la domination aérienne américaine, le F-35 ne parvient pas à accomplir l’ensemble des missions qui lui sont confiées la plupart du temps. Washington le sait depuis plusieurs années, sans que la situation ne s’améliore. Un rapport officiel vient documenter l’ampleur du problème, chiffres à l’appui. Le Pentagone, lui, n’a pas changé ses plans.
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Le chiffre qui dérange le Pentagone
Un F-35 sur quatre seulement est en mesure de remplir l’intégralité de ses missions. C’est le constat dressé par le Government Accountability Office (GAO) dans un rapport publié le 11 juin 2026, l’organisme indépendant chargé d’auditer les dépenses du Congrès américain. Le document distingue deux indicateurs. Le taux de « mission capable » (MC) mesure le pourcentage de temps durant lequel un appareil peut accomplir au moins une de ses missions. Le taux de « full mission capable » (FMC), plus exigeant, évalue sa capacité à remplir l’ensemble de ses missions assignées : interception, frappe au sol, reconnaissance, guerre électronique. En 2025, ce second taux s’établit à 25 %.
Le programme F-35 reste, par ailleurs, le système d’armes le plus coûteux jamais développé par le Pentagone, avec un coût total projeté à au moins 1 300 milliards de dollars sur l’ensemble de son cycle de vie. Les auteurs du rapport relèvent eux-mêmes l’écart avec le quart de pleine capacité opérationnelle mesuré en 2025.
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Que s’est-il passé depuis 2021 ?
Le taux de mission capable était de 67 % en 2021. Il n’atteint plus que 44 % en 2025. Le taux de full mission capable, lui, est passé de 38 % à 25 % sur la même période. Le GAO ne relève aucune amélioration significative depuis cinq ans, malgré les efforts engagés par le Joint Program Office (JPO), l’organisme chargé de superviser le programme pour le compte du Pentagone.
Le Pentagone n’a jamais atteint les objectifs de performance fixés au lancement du programme, et les a révisés à la baisse à plusieurs reprises. Le GAO avertit que la disponibilité de la flotte pourrait continuer de se dégrader, à mesure que les appareils vieillissent et que leur effectif augmente.
TR-3 : le logiciel qui cloue les F-35 au sol
Le paquet logiciel Technology Refresh 3 (TR-3) accuse un retard qui pèse sur l’ensemble du programme. Cette mise à jour conditionne l’intégration des futures capacités Block 4, censées renforcer les capteurs et l’armement du F-35. Lockheed Martin, le constructeur de l’appareil, a dû geler temporairement les livraisons d’appareils neufs en raison de ce report. L’industriel les a ensuite reprises, en livrant des avions dont les logiciels et certaines fonctionnalités restaient incomplets, ce qui affecte directement leurs performances en mission.
Les pièces de rechange font également défaut. Le GAO évoque une dépendance persistante au secteur privé, dans le cadre d’une nouvelle stratégie de soutien, pour fournir plusieurs milliards de dollars de pièces et de matériels supplémentaires. Lockheed Martin et ses sous-traitants peinent en particulier à produire deux composants, les verrières de cockpit et certains éléments du moteur F135.
Les versions B et C du F-35, déployées en environnement maritime, s’usent plus vite que prévu en raison de la corrosion. Le Joint Program Office a lancé un plan de maintenance et de réparation baptisé Global Support Solution Reset pour y répondre. Les inspections et réparations qu’il impose allongent, en attendant, la durée d’immobilisation des appareils au sol.
13,7 milliards de dollars, et après ?
Le Pentagone prévoit de consacrer 13,7 milliards de dollars supplémentaires à la maintenance du F-35 entre 2026 et 2031. Cette enveloppe doit financer le Global Support Solution Reset et améliorer la disponibilité de la flotte. Elle se répartit entre l’US Air Force, l’US Navy et le Corps des Marines, chacun devant reconstituer ses stocks de pièces et recapitaliser certains sous-systèmes critiques.
D’ici la fin de la décennie, le Pentagone veut relever significativement les taux de disponibilité de la flotte. Le GAO identifie toutefois plusieurs risques. Les différentes armées ne sont pas certaines de pouvoir absorber ces dépenses supplémentaires dans leurs budgets respectifs. La Navy et le Corps des Marines doivent par ailleurs arbitrer entre le F-35 et d’autres priorités concurrentes. Les industriels du secteur, de leur côté, ne disposent pas d’une capacité de production jugée suffisante pour répondre au rythme nécessaire.
Le GAO prévient que les coûts de maintien en condition opérationnelle resteront difficiles à maîtriser pour le Pentagone d’ici le milieu des années 2030.
À quoi servent les primes versées depuis 2020 ?
Le Département de la Défense a versé des centaines de millions de dollars de primes de performance à Lockheed Martin et aux autres industriels du programme depuis 2020. Ces primes devaient récompenser l’amélioration de la disponibilité du F-35. Le GAO constate qu’elles n’ont pas permis d’atteindre les objectifs de readiness fixés par le Pentagone.
Le Joint Program Office ne disposait, de surcroît, d’aucun registre fiable retraçant les montants exacts versés entre 2021 et 2023. « Tant que l’utilisation des primes de performance ne permet pas d’obtenir les résultats souhaités, le JPO risque de continuer à récompenser des performances qui ne permettent pas au programme d’atteindre ses objectifs », indique le GAO dans son rapport. L’organisme recommande de revoir la structure des incitations et d’introduire des pénalités en cas de sous-performance.
Dans ses commentaires joints au rapport, le Joint Program Office affirme partager ces conclusions. Il s’est dit prêt à ajuster ses contrats de soutien pour aligner les bonus sur les besoins réels de disponibilité de la flotte.
2 500 F-35 malgré le rapport du GAO
Les États-Unis exploitent aujourd’hui plus de 800 F-35, toutes versions confondues. Le Pentagone prévoit de porter cette flotte à environ 2 500 appareils d’ici 2045, conformément aux plans de long terme du Joint Program Office. Vingt-cinq pour cent de pleine capacité opérationnelle en 2025 n’a, pour l’instant, pas remis en cause cette trajectoire.
Le F-35 demeure, pour le Pentagone, l’outil central de la supériorité aérienne américaine face à la Chine et à la Russie. Aucun chiffre du rapport GAO n’est venu, à ce stade, ralentir cette ambition.


