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Le tournoi de Roland-Garros, BNP Paribas a annoncé la prolongation pour au moins cinq ans de son contrat avec la Fédération Française de Tennis. Derrière l’annonce, une réalité financière que la banque s’emploie depuis cinquante ans à ne pas chiffrer publiquement : près de 20 millions de dollars versés chaque année pour le seul Grand Chelem parisien. Un montant qui devrait croître, mécaniquement, à mesure que Roland-Garros approche du cap des 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Le communiqué est tombé un dimanche, court Philippe Chatrier en pleine activité. BNP Paribas a confirmé le renouvellement de son partenariat avec la FFT pour « cinq ans minimum, avec la possibilité de prolonger au-delà » — c’est la formulation retenue par la banque elle-même. Depuis 1973, elle est le seul et unique sponsor officiel de Roland-Garros, un statut sans équivalent parmi les vingt-deux partenaires du tournoi.
Annoncer pendant l’épreuve plutôt qu’en amont assure à la banque une couverture médiatique au moment précis où son logo est le plus visible à l’écran, et où la presse sportive mondiale a les yeux rivés sur Paris. BNP Paribas qualifie cet engagement d’« essentiel au développement du Grand Chelem parisien ». La FFT n’a pas détaillé les termes financiers du nouveau cycle.
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1973 : des bâches vertes et quelques centaines de milliers de francs
Tout commence non par un plan marketing, mais par un compte bancaire. En 1966, la Banque Nationale de Paris tient déjà la trésorerie de la FFT via son agence du XVIe arrondissement. Sept ans plus tard, Philippe Chatrier, alors président de la fédération, sollicite la BNP pour financer la construction de loges sur le court central. Le contrat est signé en 1973 pour quelques centaines de milliers de francs. En échange, les trois lettres de la banque s’affichent sur les bâches vertes tendues en fond de court, dans l’axe exact de la caméra de retransmission, le plan le plus répété de tout match de tennis filmé.
Dans les années 1990, le contrat progresse à quelques millions de francs, selon Le Figaro. En 2003, Sport Stratégies estimait le montant annuel à 16 millions d’euros, un chiffre qui intègre vraisemblablement l’ensemble de l’accord avec la FFT, Roland-Garros et le tournoi de Bercy compris.
Vincent-Baptiste Closon, directeur des partenariats de BNP Paribas, l’a dit sans détour à Capital en mai 2025 : « Les chiffres sont confidentiels. » C’est le cabinet d’études britannique GlobalData, spécialisé dans l’économie du sport, qui fournit les estimations les plus précises : 19,7 millions de dollars versés à la FFT pour Roland-Garros en 2025, contre 18,25 millions l’année précédente.
Pour saisir ce que représente cette somme, un repère : Roland-Garros génère chaque année environ 70 millions d’euros de recettes issues de ses sponsors. BNP Paribas en couvre à elle seule près du quart. Parmi les vingt-deux partenaires du tournoi, aucun n’approche ce niveau d’engagement financier.
Roland-Garros n’est pourtant qu’une partie de ce que la banque investit dans le tennis. Son budget global pour ce sport est estimé à 30 millions d’euros par an par les analyses sectorielles, en incluant ses contrats avec les tournois d’Indian Wells, de Monte-Carlo et de Rome, ainsi que ses programmes de soutien au tennis amateur et au tennis en fauteuil. En mars 2025, BNP Paribas avait déjà prolongé jusqu’en 2029 son accord de partenariat avec le tournoi californien d’Indian Wells.
2017 : la FFT réclame 200 millions, Bercy perd son sponsor
En 2017, la FFT hausse ses exigences et réclame à BNP Paribas 200 millions d’euros sur dix ans pour maintenir son nom sur les deux grands tournois parisiens, Roland-Garros et le Masters de Bercy. La banque refuse.
BNP Paribas renonce à Bercy, qui deviendra le Rolex Paris Masters, et concentre ses moyens sur Roland-Garros. Le contrat parisien passe alors de 10 à 15 millions d’euros par an, soit une revalorisation de 50 % en une seule négociation. Selon L’Équipe, la décision tient à une conviction interne précise : Bercy attirait une audience essentiellement française, insuffisante au regard de son coût pour une banque présente dans plus de soixante pays. Roland-Garros, retransmis dans plus de 200 pays, offrait l’inverse.
33 minutes par heure, dans 200 pays
La rentabilité du contrat se mesure d’abord en temps d’antenne. Vincent-Baptiste Closon, directeur des partenariats de BNP Paribas, l’a formulé ainsi à Capital en mai 2025 : « Chaque heure, les téléspectateurs voient le logo BNP 33 minutes à l’écran. » Le Figaro citait déjà 32 minutes en 2015. La mécanique est simple : positionné sur les bâches en fond de court, le logo de la banque apparaît sur la quasi-totalité des plans de jeu diffusés à la télévision.
En France, France Télévisions et Amazon Prime Video partagent les droits de diffusion jusqu’en 2027. À l’international, le signal part dans plus de 200 pays, ce qui fait de Roland-Garros l’un des événements sportifs les plus diffusés au monde. Les droits télévisés représentent à eux seuls 40 % du chiffre d’affaires du tournoi, soit environ 158 millions d’euros sur la base des recettes 2025, un niveau comparable aux grands championnats de football européens.
En 2015, une étude citée par Le Figaro mesurait un taux de mémorisation spontanée de 27 % pour BNP Paribas comme partenaire du tournoi : plus d’un Français sur quatre associait spontanément la banque à Roland-Garros, soit sept points de plus que Perrier, alors deuxième sponsor le mieux identifié par le public. Aucune donnée plus récente n’a été rendue publique.
Roland-Garros a réalisé 395 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 14 % sur un an. Stéphane Morel, directeur général de la FFT, a annoncé une prévision dépassant 400 millions d’euros pour 2026. Le tournoi est désormais le deuxième Grand Chelem mondial par les revenus, derrière l’US Open et devant Wimbledon et l’Open d’Australie.
Dans cette progression, la part des sponsors suit la même courbe : ils représentent entre 17 et 20 % des recettes totales du tournoi, soit entre 67 et 79 millions d’euros en 2025. BNP Paribas a signé son renouvellement avant que les chiffres définitifs de 2026 ne soient établis. Le prochain cycle de négociation, attendu pour 2027 selon le calendrier habituel des contrats de cinq ans, portera sur un tournoi plus valorisé qu’il ne l’est aujourd’hui. Le montant versé par la banque suivra la même logique.
Loges, réseaux sociaux, eTennis : ce que le contrat ne couvre pas
Le chèque annuel à la FFT ne représente qu’une partie de ce que BNP Paribas dépense autour du tournoi. Jusqu’à 400 personnes par jour, clients, partenaires, collaborateurs, sont accueillies dans les loges de la banque sur le court Philippe Chatrier pendant les deux semaines de compétition, auxquelles s’ajoutent des places sur le court Suzanne Lenglen. Pour l’édition 2026, BNP Paribas a confié l’organisation de ces animations à l’agence événementielle LAFOURMI, retenue à l’issue d’un appel d’offres lancé en début d’année.
Sur les réseaux sociaux, la banque anime la plateforme We Are Tennis, qui fédère plus de 2 millions de fans en ligne. Depuis 2018, elle finance également les Roland-Garros eSeries, un tournoi de tennis sur simulateur vidéo qui se tient en parallèle du vrai Roland-Garros et revendique le titre de plus grande compétition mondiale de tennis virtuel. Le programme « Points For Change », porté notamment par le joueur canadien Félix Auger-Aliassime, convertit les points marqués en tournoi en dons à des projets éducatifs.
Vincent-Baptiste Closon a précisé en mai 2025 que tennis et cinéma constituent 100 % du budget partenariat de BNP Paribas, sans en divulguer le montant total. Parmi les grandes entreprises françaises actives dans le sponsoring, concentrer l’intégralité de ses investissements sur deux seuls domaines reste une position minoritaire.


