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Ferrari vient d’entrer dans l’ère électrique avec un modèle à 550 000 euros. Rolls-Royce a refondu son unique coupé zéro émission deux semaines plus tard. Ces deux annonces, séparées de quelques jours en mai et juin 2026, ont placé le segment ultra-luxe au centre d’une recomposition qui dépasse largement la question des motorisations. Entre records au Nürburgring, berlines à mille chevaux et un constructeur qui refuse catégoriquement de s’électrifier, le marché du véhicule de prestige entre dans une période de divergences profondes.
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Le 25 mai 2026, dans l’enceinte de la Vela de Calatrava à Rome, Ferrari a présenté la Luce — un nom qui signifie « lumière » en italien, choisi pour marquer ce que la direction de la marque a qualifié en interne d’événement le plus important de la décennie. Quatre moteurs électriques indépendants, 1 113 chevaux en mode boost, une vitesse maximale annoncée à plus de 310 km/h et une autonomie de 531 kilomètres selon le cycle WLTP. Prix de départ : 550 000 euros.

La batterie de 122 kWh est fournie par le coréen SK On et assemblée à Maranello. La recharge atteint 350 kW, ce qui permet de récupérer 300 kilomètres d’autonomie en vingt minutes, soit le temps d’un déjeuner. Le design extérieur a été cosigné par Jony Ive, fondateur du collectif LoveFrom et ancien directeur du design d’Apple, à qui l’on doit notamment la silhouette de l’iPhone et de l’iMac. La Luce pèse 2 260 kilogrammes. C’est la Ferrari de série la plus lourde jamais produite, et sa première cinq places. Les livraisons débuteront en octobre 2026 en Italie, début 2027 en Europe, au printemps 2027 aux États-Unis.
Début juin, Rolls-Royce dévoilait la Spectre Series II. Non pas un nouveau modèle, mais une refonte substantielle du premier électrique de la marque : l’autonomie passe à 628 kilomètres WLTP, soit 18 % de plus que le modèle original plafonné à 530 kilomètres. La puissance atteint 659 chevaux en version standard, 670 chevaux en Black Badge avec un couple de 1 100 Nm. La recharge de 10 à 80 % s’effectue en moins de trente minutes. Le programme Bespoke, la personnalisation sur mesure maison par laquelle chaque client peut configurer son véhicule jusqu’au choix du fil de couture, a été étoffé. Prix en Europe : à partir de 355 000 euros environ.

Deux philosophies que tout oppose. Ferrari choisit la rupture formelle, une voiture que rien, visuellement, ne rattache à ses modèles historiques. Rolls-Royce amplifie ce qui a toujours défini la marque : le silence, la douceur, l’invisible travail de l’artisanat.
Le luxe accélère quand le marché ralentit
L’Agence Internationale de l’Énergie projette qu’une voiture neuve sur trois vendue dans le monde sera électrique en 2026. La croissance globale du secteur électrique chute pourtant à +12 %, contre +23 % l’année précédente : les acheteurs de véhicules ordinaires hésitent encore, freinés par le coût des batteries, l’insuffisance du réseau de recharge ou la crainte de la dépréciation. Ferrari, Rolls-Royce, Bentley et Jaguar ont annoncé leurs premières mondiales électriques simultanément dans ce même contexte.
Le ralentissement du marché de masse ne concerne pas la même clientèle. Les acheteurs de véhicules à 300 000 euros ou plus disposent de garages privatifs, de flottes gérées, de conseillers patrimoniaux qui arbitrent entre actifs. Pour eux, posséder l’un des premiers modèles électriques d’une maison comme Ferrari ou Rolls-Royce relève d’un argument de rareté, exactement le même que celui qui a toujours gouverné ces achats. Ferrari et Porsche ont chacun acté que la recharge ultra-rapide et les performances numériques suffisent à justifier un tarif d’exception, sans le son du moteur thermique.
Porsche sous les sept minutes, Lucid au-dessus de 900 kilomètres
En mars 2024, la Porsche Taycan Turbo GT bouclait le Nürburgring-Nordschleife, le circuit allemand de 20,8 kilomètres considéré comme le banc d’essai mondial de la performance automobile, en 7 minutes, 7 secondes et 55 centièmes, battant la Tesla Model S Plaid de 18 secondes. En mai 2026, équipée du Manthey Kit, un package aérodynamique développé avec Manthey Racing, spécialiste allemand de la compétition, elle a effacé ce chrono pour s’arrêter à 6 minutes, 55 secondes et 533 centièmes, franchissant le mur symbolique des sept minutes pour une berline électrique de série et détrônant au passage la Xiaomi SU7 Ultra. La Taycan Turbo GT a également établi des records sur les circuits de Road Atlanta, aux États-Unis, et de Yas Marina à Abou Dabi. Puissance annoncée : 1 108 chevaux. Prix en France : à partir de 248 000 euros.

Lucid joue une autre partition. Fondée en Californie en 2007 par d’anciens ingénieurs de Tesla, la marque s’est imposée en Europe en 2025 avec la Air Sapphire, proposée à partir de 250 000 euros. Elle revendique 1 251 chevaux, soit 920 kW, ce qui en fait la berline électrique la plus puissante du monde. Le 0 à 100 kilomètres par heure est annoncé en 2 secondes, la vitesse de pointe à 330 km/h, l’autonomie à 694 kilomètres WLTP. En 2026, la Air Sapphire a remporté le titre de German Performance Car of the Year, une reconnaissance qui a accéléré sa visibilité sur le marché européen. La version inférieure de la gamme, la Air Grand Touring, revendique 960 kilomètres WLTP, un record mondial toutes catégories pour un véhicule électrique de série, à comparer aux 300 à 400 kilomètres réels des modèles électriques grand public actuels.

Lotus, de son côté, a fait de l’Emeya sa première berline en cent ans d’existence. La version R développe 918 chevaux, abat le 0-100 en moins de 2,8 secondes et affiche 610 kilomètres d’autonomie WLTP. L’architecture 800 volts, une tension deux fois supérieure à celle des véhicules électriques standard qui réduit le temps de charge, permet une recharge de 10 à 80 % en quatorze minutes à une puissance maximale de 350 kW. En 2026, Lotus a ajouté à la gamme l’Emeya 600 GT à 111 995 euros, développant 612 chevaux ; la version R reste proposée aux alentours de 155 000 euros, le point d’entrée le plus accessible de ce panorama, sans concession sur les performances.
Jaguar se réinvente, Bentley prend son temps
En décembre 2024, à la Miami Design Week, Jaguar présentait le concept-car Type 00 : un prototype aux proportions spectaculaires, dont la ligne ne ressemble à aucun Jaguar connu, et que la marque a conçu comme une déclaration d’intention esthétique plutôt que comme une voiture prête à rouler. Le modèle de production, la version définitive destinée aux clients, porte le nom de Type 01, officialisé en mai 2026. La révélation complète est attendue en septembre 2026, pour des livraisons progressives à partir de 2027. Les caractéristiques techniques visées : plus de 1 000 chevaux, une autonomie cible de 770 kilomètres WLTP, un prix de départ annoncé autour de 130 000 dollars. La direction du constructeur britannique a indiqué vouloir se repositionner dans le registre du super-luxe électrique, face à Bentley et Rolls-Royce.

Bentley avance plus prudemment. Son futur SUV 100 % électrique a fait l’objet d’images officielles en mai 2026, après plusieurs reports. La révélation complète est attendue d’ici la fin de l’année, les livraisons en 2027. Un prototype a été aperçu au Nürburgring dans le cadre des tests de développement. La marque a par ailleurs confirmé le maintien des motorisations hybrides rechargeables jusqu’en 2035, une décision inscrite dans sa stratégie Beyond100+, qui traduit une lecture claire : une partie de la clientèle Bentley n’est pas prête à renoncer au thermique, et la marque ne l’y contraindra pas de sitôt.
Stephan Winkelmann dit non
En février 2026, Lamborghini a officiellement annulé le Lanzador, son projet de premier modèle 100 % électrique. Stephan Winkelmann, PDG de la marque, a été direct : l’intérêt des clients pour une Lamborghini électrique est « proche de zéro ». Il a qualifié le développement d’un tel véhicule de « passe-temps coûteux ». La marque mise désormais sur la hybridation rechargeable, des moteurs qui combinent essence et électrique sans dépendre d’une recharge externe, pour l’ensemble de sa gamme, avec un premier modèle attendu en 2030.
Cette annulation intervient au moment exact où Ferrari présente la Luce, où Bentley dévoile les images de son premier électrique, où Jaguar officialise le Type 01. Pour Lamborghini, dont les clients achètent le bruit, la brutalité et l’excès comme attributs fondamentaux du produit, la décision de Winkelmann tient à une conviction documentée par les retours de sa clientèle : une Lamborghini silencieuse n’est pas une Lamborghini.
Ferrari peut se permettre de changer de motorisation parce que son prestige est assez solide pour absorber la rupture formelle. Lamborghini considère que sa clientèle achète précisément ce que l’électrique supprime, et Winkelmann a confirmé publiquement qu’il ne forcerait pas l’électrification tant que la demande ne l’exige pas.

