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Un ancien directeur du renseignement militaire va prendre les commandes de la première armée de France. La nomination a été annoncée, l’acte n’est pas encore signé. Deux jalons capacitaires, une division projetable en 2027 et un corps d’armée en coalition en 2030, attendent celui que l’Élysée avait choisi six mois avant d’en informer le public.
La ministre a tranché, Macron doit signer
Le soir du 18 juin 2026, Catherine Vautrin, ministre des Armées, a annoncé que le général Jacques Langlade de Montgros allait succéder au général Pierre Schill à la tête de l’armée de Terre. Emmanuel Macron doit officialiser cette nomination lors d’un prochain Conseil des ministres, « dans quelques jours », selon le communiqué du ministère. À la date de publication de cet article, l’acte n’est pas encore signé. La prise de fonctions effective est attendue en juillet 2026. Schill aura alors commandé l’armée de Terre pendant cinq ans.
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Le même soir, le vice-amiral d’escadre Christophe Cluzel, actuel commandant de la Force d’action navale, a été désigné pour succéder à l’amiral Nicolas Vaujour à la tête de la Marine nationale. En quelques heures, Macron a renouvelé les deux principaux commandements d’armée du pays, un mouvement d’ensemble qui signe le dernier grand cycle de nominations militaires de son quinquennat. Selon Intelligence Online, l’Élysée avait arrêté son choix sur Langlade de Montgros dès janvier 2026, soit six mois avant l’annonce officielle. En janvier de la même année, le blog spécialisé Secret Défense notait que la décision n’était « pas encore prise » mais que « l’armée de Terre ne manquait pas de talents de haut niveau ». L’arbitrage avait visiblement été rendu plus tôt qu’il n’y paraissait.
Du Rwanda à l’Afghanistan : un soldat de terrain
Né le 15 juin 1969 au Petit-Quevilly, en Seine-Maritime, Jacques Langlade de Montgros entre à Saint-Cyr en 1988, au sein de la promotion Général Delestraint. Il choisit l’arme blindée cavalerie, les unités montées sur chars et véhicules blindés, passe par l’École de cavalerie de Saumur, puis rejoint dès août 1992 le 1er Régiment de Hussards Parachutistes (1er RHP) de Tarbes, une unité d’élite combinant blindés légers et sauts en parachute.
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Son parcours opérationnel couvre plus d’une dizaine de théâtres en trente ans. Bosnie, Rwanda, Tchad dès ses premières années au 1er RHP. Promotion au grade de capitaine en 1995, affectation au 2e Régiment de Dragons, puis départ en 1997 pour l’Armor Advanced Course à Fort Knox, aux États-Unis, une formation avancée en combat blindé réservée aux officiers alliés. Retour au 1er RHP pour commander le 2e escadron, engagé en Centrafrique, au Tchad et en Bosnie. Afghanistan en 2002, École de guerre, l’équivalent militaire d’un passage en grande école pour les officiers supérieurs, en 2003-2004, Afghanistan de nouveau en 2006 comme lieutenant-colonel.
Ce parcours opérationnel dense lui confère une légitimité de terrain que ses passages ultérieurs dans les cabinets ministériels n’ont pas effacée, mais n’ont pas non plus laissée intacte aux yeux de certains de ses pairs. De 2007 à 2010, il est affecté au « bureau réservé » du cabinet du ministre de la Défense, chargé des relations avec les trois principaux services de renseignement français : la DGSE (renseignement extérieur), la DRM (renseignement militaire) et la DRSD (contre-ingérence dans les armées), au moment précis où Nicolas Sarkozy crée, en 2008, la Coordination nationale du renseignement pour unifier leur pilotage. Il revient ensuite au cabinet de Florence Parly, ministre des Armées de 2017 à 2022, comme conseiller opérations-relations internationales, avec une surveillance particulière de la situation au Sahel.
Dans la communauté militaire, ces allers-retours entre le terrain et les antichambres politiques font débat. Certains y voient la marque d’un officier capable de traduire les réalités du combat en langage stratégique et politique. D’autres rappellent que les carrières qui montent haut en France passent souvent par les cabinets, et que ce filtre favorise une certaine forme de conformité. Ses partisans font valoir qu’il cumule au moins sept engagements extérieurs et que ses postes en cabinet supposaient, au préalable, d’avoir fait ses preuves sur le terrain.
Promu général de brigade, il prend le commandement de la 11e Brigade Parachutiste à Toulouse le 31 juillet 2019, une grande unité de 8 000 hommes, fer de lance des opérations de projection de l’armée française, jusqu’en juillet 2021. Il prend ensuite la tête de la Mission de formation de l’Union européenne en République centrafricaine (EUTM-RCA), de septembre 2021 à février 2022. C’est depuis Bangui qu’il observe directement les méthodes des mercenaires du groupe Wagner aux côtés des forces armées centrafricaines, un terrain d’observation de première main sur la guerre par procuration que Moscou mène alors en Afrique.
Nommé pour reconstruire un service en échec
Le 13 avril 2022, Jacques Langlade de Montgros prend la tête de la Direction du renseignement militaire (DRM), le service chargé de fournir aux armées françaises une analyse de la menace dans les zones de crise, dans des circonstances particulières. Son prédécesseur, le général Éric Vidaud, vient d’être limogé après seulement sept mois de fonctions : la DRM n’avait pas anticipé l’ampleur de l’invasion russe en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022. Le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, le choisit pour « conduire le chantier de transformation de la DRM », avec le soutien conjoint de la ministre Parly et d’Emmanuel Macron. Le même jour, il est élevé au rang de général de corps d’armée en Conseil des ministres.
Il hérite d’une structure fragilisée mais en hausse d’effectifs, 2 120 agents en 2022, et engage ce qu’il décrit lui-même comme une « triple transformation ». La première est stratégique : la DRM pivote. Elle abandonne une organisation prioritairement tournée vers la traque des groupes armés sahéliens pour concentrer ses ressources sur « le compétiteur russe », selon les termes du général. Cela suppose de construire de nouveaux accès, capteurs techniques, sources humaines, partenariats avec des services alliés, sur un théâtre européen que le service avait largement délaissé depuis la fin de la Guerre froide.
La deuxième transformation est organisationnelle. Le 1er septembre 2022, Langlade de Montgros lance ce qu’il appelle un « big bang » interne : les équipes jusqu’alors cloisonnées par fonction, les uns collectent, les autres analysent, sont regroupées en plateaux thématiques ou géographiques où chercheurs et analystes travaillent côte à côte. L’objectif est de raccourcir le délai entre la collecte d’une information et sa transformation en renseignement exploitable par un état-major.
La troisième est numérique. La DRM développe le programme ESCRIM, un outil permettant de capitaliser et de croiser l’ensemble des données de renseignement produites par le service, déployé sur ARTEMIS.IA, la plateforme d’intelligence artificielle du ministère des Armées lancée en 2022. Langlade de Montgros en fait une « priorité absolue ».
En janvier 2026, il était encore auditionné à huis clos devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale puis devant la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, trois mois avant que son nom ne commence à circuler officiellement pour la succession de Schill.
L’héritage Schill : une réforme à ne pas défaire
Pierre Schill n’a pas seulement dirigé l’armée de Terre pendant cinq ans. Il a théorisé son commandement. En février 2026, il publie aux éditions du Cerf Le sens du commandement, dans lequel il formalise le concept d’armée de Terre de combat, engagé depuis juillet 2023 : modernisation des équipements, refonte de l’organisation, et ce qu’il appelle le commandement par intention, une méthode qui consiste à donner à chaque échelon subordonné une compréhension claire de l’objectif visé plutôt qu’une liste d’ordres à exécuter, afin de gagner en réactivité face à un adversaire qui ne respecte pas les plans. Schill avait qualifié ce chantier de « plus importante réforme de l’armée de Terre depuis la fin de la conscription ».
Deux chiffres bornent la feuille de route que son successeur reçoit sans l’avoir négociée. Lors de son audition au Parlement en octobre 2025, Schill avait fixé le déploiement d’une division modernisée, soit environ 15 000 à 20 000 soldats avec leurs équipements lourds, en trente jours pour 2027, puis la capacité à commander un corps d’armée de 60 000 hommes en coalition pour 2030. Ce sont ces deux rendez-vous qui mesureront concrètement le mandat de Langlade de Montgros.
449 milliards d’euros et un service national à mettre sur pied
Le nouveau chef d’état-major de l’armée de Terre prend ses fonctions avec un budget sans précédent depuis des décennies. L’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM), le document qui fixe les dépenses de défense sur six ans, annoncée le 8 avril 2026, injecte 36 milliards d’euros supplémentaires sur la période 2024-2030, portant la trajectoire totale à 449 milliards. Pour 2026 seul, le budget de la mission Défense atteint 57,1 milliards d’euros hors pensions, soit 6,7 milliards de plus qu’en 2025.
Pour l’armée de Terre, cet argent se traduit en commandes précises. En 2026 : 242 véhicules du programme SCORPION, des blindés de nouvelle génération (Jaguar, Griffon, Serval) conçus pour opérer en réseau numérique, doivent être livrés aux unités. Deux milliards d’euros sont investis dans les drones et les munitions téléopérées. Les stocks de munitions, jugés insuffisants depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, bénéficient d’une hausse de 8,5 milliards. Le programme d’artillerie CAESAR, un canon automoteur sur camion déjà livré à l’Ukraine, et les capacités de frappe à longue distance sont accélérés.
Un chantier d’une autre nature attend également le nouveau CEMAT, chef d’état-major de l’armée de Terre. Le 26 novembre 2025, Emmanuel Macron annonçait devant la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne à Varces la création d’un service national volontaire de dix mois, rémunéré, ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans. L’objectif : 3 000 incorporés dès 2026, sachant que 5 000 candidatures ont déjà été reçues pour ces premières places, puis 4 000 en 2027, 10 000 en 2030, et jusqu’à 50 000 à l’horizon 2035 en incluant les dispositifs d’insertion existants que sont le Service militaire volontaire (SMV) et le Service militaire adapté (SMA). La mise en œuvre opérationnelle de ce programme, sélection, formation et affectation des recrues, relèvera directement du CEMAT.
Le général Pierre Schill résumait en octobre 2025 sur RTL l’environnement dans lequel son successeur va opérer : « Dès ce matin, tout peut basculer. » Il désignait la Russie comme « la plus grande menace ». Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, les états-majors européens ont revu leurs doctrines : les drones de masse, la guerre électronique et les frappes dans la profondeur, c’est-à-dire la capacité à frapper loin derrière les lignes ennemies, sont devenus les nouvelles références de planification. L’armée de Terre doit désormais se préparer à tenir dans des engagements longs, en volume, contre un adversaire étatique disposant d’une industrie de guerre.
Un homme du renseignement face à une armée de combat
Le profil de Langlade de Montgros ne recoupe pas celui de son prédécesseur. Schill a construit une réforme organisationnelle profonde et l’a théorisée publiquement. Langlade de Montgros arrive avec quatre ans passés à reconstruire la capacité d’analyse de la France face à la Russie, une connaissance directe des méthodes Wagner en Centrafrique, et la maîtrise d’outils numériques que la plupart des généraux de sa génération n’ont pas eu à déployer à ce niveau.
Diriger un service de renseignement de 2 000 agents ne prépare pas aux mêmes arbitrages quotidiens que commander une division blindée sous le feu. Dans l’armée de Terre, la légitimité se construit d’abord sur le terrain, dans les régiments, et les officiers qui y ont passé le plus clair de leur carrière observeront avec attention comment leur nouveau chef impose son autorité sur une institution qui reste profondément attachée à la culture du combattant de contact.
La réponse viendra des faits. La division projetable de 2027 d’abord. Le corps d’armée de 60 000 hommes en 2030 ensuite.


