Alan, la startup qui inquiète les mutuelles

480 M€ levés, Bercy conquis, Mbappé au capital. Alan confirme sa place de licorne incontournable de la santé en ligne et affiche plus de 780 M€ de revenus annuels.

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En trois mois, Alan a levé près de 600 millions d’euros. La startup française d’assurance santé vient de boucler l’un des plus gros tours de table jamais réalisés dans la healthtech européenne. Derrière les chiffres, une ambition radicale : faire dans la santé ce que des applications comme Revolut ont fait dans la banque, tout regrouper sur une seule interface, rendre le service fluide, et supplanter les acteurs historiques. Une décennie après sa création, la licorne française n’a jamais eu autant le vent en poupe.

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480 millions en un tour

Le 29 juin 2026, Alan annonce une levée de Série G de 480 millions d’euros, portant sa valorisation à 5,5 milliards d’euros. Le tour est mené par Prosus, le fonds d’investissement néerlandais qui figure parmi les acteurs les plus actifs de la tech mondiale, aux côtés des actionnaires historiques Teachers Venture Growth et Index Ventures. Dara Holdings, fonds britannique jusqu’ici absent du capital, fait son entrée à cette occasion.

Trois mois plus tôt, en mars 2026, Alan avait déjà levé 100 millions d’euros. Au total, plusieurs observateurs estiment que la startup dépasse désormais le milliard d’euros levés depuis sa création, un seuil que peu d’entreprises françaises ont franchi dans le secteur de la santé. La valorisation progresse de 500 millions d’euros en un trimestre.

Les chiffres d’activité publiés dans la foulée donnent une mesure du chemin parcouru. Les revenus annuels d’Alan dépassent 780 millions d’euros et ont progressé de plus de 50 % en un an. La startup revendique plus d’un million de membres et des dizaines de milliers d’entreprises et d’organismes publics clients sur ses différents marchés. En France, l’activité dégage des bénéfices. À l’échelle du groupe, c’est-à-dire en consolidant les pertes des marchés étrangers encore en phase de lancement, Alan reste déficitaire, avec un objectif de rentabilité globale que la direction situe « à moyen terme », sans date précise.

Ce nouveau financement servira, selon la direction, à ouvrir de nouveaux pays européens, à réaliser des acquisitions ciblées et à accélérer les investissements dans l’intelligence artificielle appliquée à la santé. Enchaîner deux levées de cette ampleur en moins d’un trimestre, à une période où les grands investisseurs sont devenus très sélectifs, est un signal que peu d’acteurs européens ont été en mesure d’envoyer.

La mutuelle qui veut être une app

Jean-Charles Samuelian-Werve, cofondateur et directeur général d’Alan, a déclaré vouloir construire « le premier système de santé intégré où la prévention génère de la rentabilité ». Cette phrase résume une transformation de fond que la startup opère depuis plusieurs années.

Alan ne se présente plus comme une simple complémentaire santé. Sur une interface unique, une application mobile et web, les assurés peuvent gérer leur contrat, accéder à des outils de suivi de leur santé au quotidien (sommeil, nutrition, activité physique, santé mentale), consulter un médecin à distance et, progressivement, bénéficier d’une clinique numérique intégrée. Les remboursements sont traités en moins de vingt-quatre heures dans la plupart des cas. Le modèle revendiqué est celui de Revolut dans la banque : une seule application qui regroupe des services jusqu’ici éparpillés entre plusieurs acteurs, avec une expérience utilisateur très soignée.

Le pari économique est le suivant : si Alan aide ses membres à mieux dormir, à mieux manger, à détecter des problèmes de santé tôt, ils tomberont moins malades et coûteront moins cher à soigner. Moins de soins remboursés, c’est plus de bénéfices pour l’assureur, logique inverse de celle d’une mutuelle traditionnelle, qui n’a pas d’intérêt direct à réduire le nombre de consultations de ses adhérents. Pour alimenter ces outils de prévention, Alan accumule des données comportementales et médicales qu’elle utilise pour affiner ses algorithmes.

Samuelian-Werve a annoncé que la Série G permettra d’ouvrir de nouveaux pays européens, sans préciser lesquels au-delà de la Belgique et de l’Espagne, déjà actifs. La direction n’a pas communiqué de calendrier.

Mbappé actionnaire, Griezmann au capital

Kylian Mbappé est à la fois investisseur et ambassadeur de la marque Alan. Antoine Griezmann et Blaise Matuidi, tous deux champions du monde 2018, ont également pris part au capital. Trois noms, trois légitimités sportives construites sur dix ans de palmarès international.

L’idée est simple : si les meilleurs sportifs du monde structurent leur quotidien autour du sommeil, de la récupération, de la nutrition et de la santé mentale, pourquoi le commun des mortels ne ferait-il pas de même ? Pour une startup qui vend de l’assurance, un produit que personne ne choisit par enthousiasme, s’appuyer sur Mbappé représente un levier d’attractivité que les grandes mutuelles historiques n’ont pas.

Alan vise également les organisations sportives elles-mêmes : clubs, ligues, fédérations et sponsors constituent un marché distinct, sur lequel la startup pourrait proposer des offres dédiées à la santé et à la performance collective. Ce segment n’est pas encore documenté dans les chiffres publiés, mais il figure dans les axes de développement déclarés et ouvre une troisième source de revenus aux côtés des particuliers et des administrations publiques.

Bercy comme premier client public

Depuis le 1er janvier 2026, Alan assure la complémentaire santé des agents des ministères économiques et financiers. Le contrat a été attribué dans le cadre de la réforme de la protection sociale complémentaire des fonctionnaires, une réforme qui oblige l’État à financer une partie de la mutuelle de ses agents et ouvre ce marché, jusqu’ici dominé par les grandes mutuelles traditionnelles, à de nouveaux acteurs.

Le dispositif retenu est précis. Un contrat collectif couvre un socle de garanties santé obligatoires pour tous les agents, avec des options supplémentaires souscrites individuellement. La prévoyance, indemnités en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès, est confiée à un autre opérateur, non nommé dans les documents disponibles. L’État employeur prend en charge la moitié de la cotisation de base, avec une contribution supplémentaire pour ceux qui souscrivent des options.

Des aides sont prévues pour les situations les plus fragiles : réduction de cotisation pour les enfants à charge selon les revenus, accompagnement social en cas de reste à charge élevé, prise en compte des situations individuelles via les services sociaux des ministères. Les agents sont inscrits automatiquement, avec des possibilités de ne pas adhérer dans des cas précis, s’ils sont déjà couverts par ailleurs, ou si un proche bénéficie d’une couverture obligatoire qui les inclut.

Des dizaines de milliers d’agents et leurs familles sont concernés à terme. Pour Alan, la portée de ce contrat va au-delà du volume : c’est la première fois qu’une startup entièrement numérique, fondée il y a dix ans, assure la protection sociale d’un ministère de l’État. Les syndicats des agents concernés suivent le déploiement, interrogeant notamment la qualité du service pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec les outils numériques, et la sécurité des données de santé confiées à un acteur privé.

Le premier agrément depuis 1986

Alan a obtenu en 2016 l’autorisation légale d’exercer en tant qu’assureur santé en France. Selon la communication de l’entreprise, reprise par plusieurs analyses spécialisées, ce serait la première autorisation accordée à un assureur santé indépendant depuis 1986. Alan en est la source principale : cette affirmation n’a pas été contestée publiquement, mais elle n’a pas non plus fait l’objet d’une vérification indépendante publiée.

Trente ans sans nouvel entrant dans un secteur : le chiffre dit autant sur la complexité réglementaire de l’assurance santé que sur ce qu’Alan a réussi à franchir. Cette autorisation lui a permis de faire quelque chose qu’aucun concurrent direct ne peut faire à la même échelle : assumer lui-même le risque financier lié aux soins de ses membres, sans passer par un assureur tiers, et donc contrôler l’intégralité de la chaîne, du contrat au remboursement, en passant par les données.

La trajectoire d’Alan depuis cet agrément est celle d’une entreprise qui a transformé une autorisation réglementaire en avance concurrentielle durable : dix ans pour passer de zéro à un million de membres, d’une autorisation confidentielle à un contrat avec Bercy, et d’une valorisation nulle à 5,5 milliards d’euros. Les exigences réglementaires croissantes, supervision des algorithmes par les autorités de contrôle, protection des données de santé au titre du RGPD, questions de souveraineté numérique sur les infrastructures utilisées, et la rentabilité mondiale encore à démontrer restent les deux variables que ni les 480 millions levés ni le palmarès accumulé ne résolvent à eux seuls.



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