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- Ford décroche, l’Amérique avance
- La gamme vidée, modèle par modèle
- Dix milliards de pertes, quatre usines fermées
- Salzbourg, mai 2026 : un plan sans usine propre
- VW, Renault, JMC, Geely : l’alliance à quatre
- Sept modèles, 2027-2029
- Ford Pro : onze ans de leadership, un seul filet
- Ce que le plan Baumbick ne peut pas contrôler
En dix ans, le constructeur américain a perdu la moitié de ses parts de marché en Europe, fermé ses usines une à une et englouti des milliards dans une transition électrique qui n’a pas tenu ses promesses. Son nouveau patron pour le Vieux Continent a présenté en mai 2026 un plan de relance bâti sur sept nouveaux modèles, tous construits avec des partenaires extérieurs. Pour Ford, c’est une révolution.
Ford décroche, l’Amérique avance
En 2024, Ford a immatriculé 426 307 véhicules en Europe, Union européenne, Suisse, Norvège et Royaume-Uni compris, soit 17 % de moins qu’en 2023, selon les statistiques officielles de l’Association des constructeurs européens d’automobiles. En 2014, le constructeur détenait 7,4 % du marché européen. En 2025, ce chiffre est tombé à 3,5 %, selon les données JATO Dynamics compilées par Auto Journal. La part de marché a été divisée par deux en dix ans.
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En France, le recul est plus sévère. Sur le premier semestre 2025, Ford a immatriculé 26 605 voitures particulières, 23 % de moins que sur la même période un an plus tôt, pour une part de marché de 2,43 % sur ce segment. Sur les dix premiers mois de 2025, l’Association des constructeurs européens d’automobiles, citée par Reuters, établissait la part de marché continentale à 3,3 %.
Aux États-Unis, sur la même période, Ford a vendu 2 204 124 véhicules en 2025, en hausse de 6 %, pour une part de marché de 13,2 %. Le groupe progresse sur son marché domestique pendant qu’il recule sur le Vieux Continent.
La gamme vidée, modèle par modèle
La Fiesta a cessé d’être produite à Cologne à l’été 2023. Elle représentait entre 10 000 et 15 000 ventes annuelles rien qu’en France. La Ka, l’EcoSport, la Mondeo, le Galaxy et le S-Max avaient déjà disparu dans les années précédentes.
La Focus a tenu plus longtemps. Fabriquée depuis 1998, elle a quitté les chaînes de Saarlouis en deux temps : la dernière Focus ST est sortie d’usine le 26 septembre 2025, la dernière Focus de série le 17 novembre 2025.
Ce qu’il reste fin 2025 : le Puma Gen-E, le Mustang Mach-E, l’Explorer électrique, le Capri électrique, le Kuga, la Mustang et l’Explorer EV, des modèles chers, incapables de compenser les volumes perdus. Sur le premier semestre 2025 en Europe, l’Explorer a totalisé 18 822 unités, la Capri 6 701. Le Volkswagen ID.4 en a écoulé 40 335 sur la même période. Même le Renault Scénic, avec 18 963 unités, dépasse l’Explorer.
Ford a baissé ses prix en mars 2025 : l’Explorer est passé de 43 900 euros à 39 990 euros, la Capri de 46 400 euros à 42 490 euros. En août 2025, l’Explorer s’est hissé à la onzième place des véhicules électriques les plus vendus en Europe, avec 3 379 unités sur le mois, une hausse de 88 % sur un an selon JATO Dynamics.
Dix milliards de pertes, quatre usines fermées
Depuis 2022, Ford a misé sur le tout-électrique et taillé dans ses modèles thermiques pour financer ce virage. La facture est lourde. La division Model e, celle qui regroupe l’ensemble des activités électriques du groupe, a enregistré une perte opérationnelle de 5,1 milliards de dollars en 2024, puis de 4,8 milliards en 2025. Sur l’exercice 2025, une charge exceptionnelle de 19,5 milliards de dollars, liée à des dépréciations sur des programmes électriques abandonnés ou révisés, a conduit à une perte nette de 8,2 milliards de dollars pour l’ensemble du groupe, malgré un chiffre d’affaires record de 187,3 milliards. En Europe, Ford a injecté jusqu’à 4,4 milliards d’euros dans sa filiale allemande pour éviter l’asphyxie financière.
L’usine de Saarlouis, ouverte en 1966, a produit 15,6 millions de véhicules en cinquante-cinq ans d’activité. Ford l’a fermée le 30 novembre 2025. Deux mille sept cents emplois directs ont disparu ; un millier de salariés sont maintenus jusqu’en 2032 pour la gestion des pièces détachées.
Avant Saarlouis, Ford avait déjà fermé son site de Genk, en Belgique, fin 2014, supprimant 4 300 emplois ; puis l’usine de Bordeaux-Blanquefort, en 2019, avec 850 suppressions de postes ; puis le site de production de moteurs de Bridgend, au Pays de Galles, en 2020, où 1 700 personnes ont perdu leur emploi. Ford est le constructeur ayant fermé le plus de sites en Europe en vingt ans.
Le 20 novembre 2024, le groupe a annoncé 4 000 suppressions de postes supplémentaires d’ici fin 2027 : 2 900 en Allemagne, 800 au Royaume-Uni, 300 dans le reste de l’Europe, soit 14 % des 28 000 effectifs européens.
Salzbourg, mai 2026 : un plan sans usine propre
Le 10 octobre 2025, Ford a annoncé la nomination de Jim Baumbick au poste de président de Ford Europe, avec prise de fonctions le 1er novembre 2025. C’était le premier titulaire dédié à ce poste depuis trois ans : la région était jusqu’alors pilotée directement depuis Dearborn, dans le Michigan. Baumbick était vice-président du groupe chargé du développement avancé des produits et de la planification de cycles de vie. Il rend compte à John Lawler, vice-président exécutif de Ford Motor Company.
En mai 2026, à Salzbourg, Baumbick a présenté le plan « Ready, Set, Ford » : cinq nouveaux modèles particuliers en Europe avant fin 2029, plus deux nouveaux utilitaires. Ford revendique de ne plus jouer le rôle du généraliste : des véhicules à fort caractère, un mix énergétique délibérément hétérogène, électrique pur, hybride classique, hybride rechargeable et hybride à prolongateur d’autonomie, et un ancrage dans l’histoire sportive de la marque, qui a remporté le championnat du monde des rallyes à quatre reprises entre 1979 et 2006. Le retour à l’équilibre sur l’électrique est visé pour 2029.
Volkswagen, Renault, le chinois JMC et le chinois Geely produiront ces modèles à la place de Ford.
VW, Renault, JMC, Geely : l’alliance à quatre
Le partenariat avec Volkswagen remonte à 2019. Il a permis à Ford de lancer l’Explorer et la Capri sur la plateforme MEB du groupe allemand, l’architecture technique qui sert de base aux véhicules électriques de VW, Audi et Skoda, produits dans l’usine Ford de Cologne. Des discussions portent sur un possible retour de la Fiesta, cette fois sur la future plateforme low-cost ID.2 de VW, sans confirmation officielle à ce stade.
Renault entre dans le dispositif par un accord signé le 9 décembre 2025 et annoncé conjointement par les deux groupes. Renault produira deux petites voitures électriques badgées Ford dans ses usines du nord de la France, Douai ou Maubeuge, sur la plateforme AmpR Small, l’architecture sur laquelle reposent déjà la Renault R5 et la Renault R4 électriques. Ford conserve la dynamique de conduite : direction, réglages de châssis. Autonomie annoncée : environ 400 kilomètres selon le cycle d’homologation européen. Prix d’entrée envisagé : 25 000 euros. Le premier modèle est attendu en concessions début 2028. L’un des deux véhicules pourrait reprendre le badge Fiesta, sans décision officialisée à ce stade. Les deux groupes étudient également un partenariat sur les utilitaires légers.
JMC, Jiangling Motors Corporation, constructeur chinois partenaire de Ford depuis les années 1990 en Chine, fournit le Transit City : un fourgon électrique urbain assemblé à Nanchang, commercialisé en Europe depuis mai 2026 à partir d’environ 26 400 euros, soit près de 20 000 euros de moins que l’E-Transit Custom. Ford couvre ainsi l’entrée de gamme électrique des camionnettes de livraison.
Le dossier Geely reste ouvert. Geely est le groupe chinois propriétaire de Volvo, Polestar et Lotus, et actionnaire de référence de Daimler. Selon Automotive News, publié autour du 6 mai 2026, et plusieurs sources sectorielles concordantes, Motor1, Numerama, Frandroid, ainsi que le quotidien espagnol La Tribuna de Automoción, Geely aurait acquis la ligne d’emboutissage et de carrosserie de l’usine Ford d’Almussafes, à Valence, en Espagne, anciennement dédiée à la Mondeo, au Galaxy et au S-Max. Geely y produirait sa propre citadine électrique, la Geely EX2, en évitant les droits de douane européens fixés à 18,8 % pour les véhicules électriques importés de Chine. Démarrage envisagé : début 2027, pour une capacité de 300 000 unités par an. Un porte-parole de Ford a indiqué être « en discussions avec de nombreuses entreprises sans qu’aucun accord ne soit finalisé ». Reuters a néanmoins confirmé des négociations plus larges entre Ford et Geely sur un partenariat technologique et industriel, en citant huit sources.
Sept modèles, 2027-2029
Le Bronco compact européen sera le premier à arriver, en 2027. Jim Farley, directeur général de Ford Motor Company, l’a confirmé publiquement. Ford le produira à Valence, en Espagne, sur la plateforme technique partagée avec le Kuga. Plus compact que le Bronco Sport vendu aux États-Unis, il sera conçu spécifiquement pour le marché européen et disponible en version hybride rechargeable, avec une variante hybride classique possible.
En 2028 viendront les deux modèles issus du partenariat Renault : la citadine électrique à environ 25 000 euros et un petit SUV électrique, tous deux construits sur la plateforme AmpR Small dans les usines du nord de la France. Deux SUV et berlines compacts multi-énergie, déclinés en versions électrique, hybride rechargeable et hybride à prolongateur d’autonomie, compléteront le catalogue d’ici 2028-2029, sur des sites de production non encore précisés.
Le Transit City est déjà disponible à la commande depuis mai 2026. Le Ranger Super Duty, positionné sur les gros pickups à usage intensif, viendra renforcer la gamme utilitaire.
Ford Pro : onze ans de leadership, un seul filet
Ford Pro est la division du groupe dédiée aux véhicules utilitaires, camionnettes, fourgons, pickups. Sur le premier semestre 2025, pendant que les ventes de voitures particulières plongeaient de 23 % en France, Ford Pro a conservé sa position de numéro un des véhicules utilitaires légers en Europe pour la onzième année consécutive, avec une part de marché supérieure à 17 %. Le Transit Custom et le Transit deux tonnes restent les deux véhicules utilitaires légers les plus immatriculés d’Europe. L’E-Transit, version électrique du Transit, est leader des fourgons électriques pour la deuxième année consécutive. En Belgique, le Ranger détient 52 % du marché des pickups. Les abonnements à la suite logicielle Ford Pro Intelligence, un outil de gestion de flotte, ont progressé de 30 % au quatrième trimestre 2025.
Ford Pro dégage les marges qui permettent au groupe d’absorber 4,8 milliards de dollars de pertes annuelles sur sa division électrique et de financer simultanément quatre partenariats industriels sur le continent.
Ce que le plan Baumbick ne peut pas contrôler
Les premiers véhicules particuliers du plan « Ready, Set, Ford » n’arriveront pas avant 2027 au mieux, 2028 pour les modèles issus du partenariat Renault. Ford devra tenir son réseau de concessionnaires européens pendant deux ans avec une gamme réduite à une poignée de références, dans un marché qui a progressé de 1,8 % en 2025 selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles, une croissance dont le constructeur ne profite pas.
BYD, SAIC-MG, la marque européenne du groupe public chinois SAIC, Nio, Xpeng et Geely lui-même gagnent des parts en Europe. En s’alliant à JMC et possiblement à Geely pour accéder à des coûts et des plateformes compétitifs, Ford facilite l’implantation industrielle de concurrents directs sur le marché qu’il cherche à reconquérir. Jim Farley, directeur général de Ford, a déclaré publiquement que les constructeurs occidentaux sont « en lutte pour leurs vies ».
Les droits de douane européens sur les véhicules électriques importés de Chine ajoutent une variable supplémentaire. Fixés à 18,8 % pour Geely et jusqu’à 37,6 % pour d’autres marques, ils poussent Geely à produire à Valence plutôt qu’à Nanchang, ce qui convient à Ford. Ces mêmes taxes pèsent en revanche sur le Transit City de JMC, importé de Chine. Ford a construit une partie de son plan sur des niveaux de taxes que Washington et Bruxelles peuvent modifier avant même que le Bronco compact n’entre en concession.


