Rafale : Rabat négocierait 12 à 18 appareils français

Alors que l'Algérie déploie des Su-57 russes et négocie des J-10 chinois, le Maroc discuterait avec Paris de l'achat de 12 à 18 Rafale F4.

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Des Su-57 furtifs volent déjà au-dessus du Sahara algérien. Face à cet arsenal grandissant, le Maroc, dont l’aviation de chasse repose encore largement sur des F-16 américains, chercherait une réponse du côté de la France. Aucun contrat n’est signé. Mais les discussions entre Paris et Rabat semblent avoir franchi un cap.

Douze Rafale F4 sur la table des négociations

Un média espagnol spécialisé a évoqué, fin juin 2026, un accord de gouvernement à gouvernement portant sur douze à dix-huit Rafale F4, livrables entre 2030 et 2031. Il s’accompagnerait d’options sur des avions ravitailleurs A330 MRTT et sur des sous-marins Scorpène destinés à la Marine royale. Plusieurs titres français et marocains ont repris ces éléments dans les jours qui ont suivi, sans y ajouter de confirmation officielle. Une signature interviendrait, selon ces mêmes sources, avant la fin du mandat présidentiel d’Emmanuel Macron.

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Vingt ans plus tôt, en 2007, une première tentative d’acquisition de Rafale par le Maroc avait échoué. Rabat s’était alors tourné vers Washington et les F-16 américains.

Alger reçoit ses premiers Sukhoi furtifs

Cent soixante-sept vols cargo ont été recensés entre la Russie et l’Algérie entre mars 2025 et avril 2026, selon des données recoupées par plusieurs médias de défense. Une partie de ces rotations a été localisée vers Komsomolsk-sur-Amour, en Extrême-Orient russe, où sont assemblés les chasseurs Sukhoi Su-35 et Su-57. Des analystes de C4ADS, organisation spécialisée dans le suivi des flux logistiques militaires, jugent cette explication raisonnable pour justifier l’ampleur du trafic observé.

En février 2026, des vidéos tournées au-dessus d’Oum El Bouaghi et d’Aïn Oussera ont montré des Su-57E évoluant dans le ciel algérien. L’Algérie devient ainsi le tout premier client export du chasseur furtif russe, et le premier pays africain et arabe à l’opérer. Lors d’un salon aéronautique à Dubaï, fin 2025, un responsable de l’United Aircraft Corporation a indiqué que deux Su-57 avaient été livrés à un client étranger non nommé. La plupart des observateurs attribuent cette livraison à Alger.

Le volume total commandé n’a pas été confirmé officiellement. Des documents internes de Rostec, divulgués à l’automne 2025 par un collectif de hackers, évoquent douze Su-57E et quatorze Su-34E. D’autres sources, s’appuyant sur des fuites antérieures et sur des estimations de contrats signés en 2021, avancent le chiffre de quatorze Su-57 pour l’Algérie. La fourchette retenue par la majorité des analystes se situe donc entre douze et quatorze appareils.

Une photographie publiée début 2026 par un média spécialisé de référence montre, elle, un Su-35 arborant les cocardes algériennes. Certains de ces chasseurs polyvalents proviendraient de lots initialement destinés à l’Égypte, réaffectés avant livraison, un point qui reste à confirmer. Pour l’exercice 2026, l’Algérie a adopté un budget de défense compris entre 24,6 et un peu plus de 25 milliards de dollars, soit environ 20,6 % du budget national. Aucun des vingt-cinq F-16 Block 70/72 commandés par le Maroc en 2019 ne dispose de capacités furtives comparables au Su-57E.

Pékin entre en scène avec le J-10CE

Plusieurs médias spécialisés européens, africains et chinois convergent sur un second volet du réarmement algérien. Alger négocierait l’acquisition de trente à quarante chasseurs Chengdu J-10CE, la version export surnommée Firebird-B, accompagnés de trois à quatre avions de guet aérien avancé KJ-500. Des sources ouvertes, dites OSINT, reprises par OPEX360 et Avions Légendaires, évoquent également l’achat de quelques transporteurs Xian Y-20.

Ces J-10CE remplaceraient les MiG-29 vieillissants de la force aérienne algérienne. Les premières livraisons pourraient intervenir dès 2027, à condition qu’un contrat soit signé avant la fin de l’été 2026. Déjà en service au Pakistan, l’appareil embarque un radar de nouvelle génération, dit AESA, et peut tirer des missiles air-air PL-15E, dont la portée d’engagement est estimée entre 145 et 200 kilomètres pour la version export.

Selon des analyses occidentales, le KJ-500 permettrait à l’Algérie d’étendre sa capacité de détection jusqu’au détroit de Gibraltar. Aucun contrat n’a été signé à ce jour entre Alger et Pékin, mais les mêmes sources reviennent sur ce dossier depuis plusieurs mois. Les Forces royales air marocaines ne disposent, à ce jour, d’aucun appareil de guet aérien avancé comparable au KJ-500.

Washington agite la menace CAATSA

Début février 2026, un haut responsable du Bureau des affaires du Proche-Orient au Département d’État a indiqué, lors d’une audition au Sénat, que les acquisitions algériennes d’avions de combat russes pourraient déclencher des sanctions au titre de la loi américaine CAATSA, qui cible les pays achetant du matériel militaire russe. La formule reste prudente. Elle ne constitue pas un engagement ferme de Washington à sanctionner Alger.

Les livraisons de Su-57E se sont poursuivies après cette audition, tout comme les discussions avec Pékin. L’Algérie demeure un fournisseur énergétique majeur de l’Europe depuis le début de la guerre en Ukraine, un statut qui limite la marge de manœuvre de Washington. Les relations diplomatiques entre Alger et Rabat restent rompues depuis 2021. Le dispositif algérien continue donc de se renforcer pendant que Rabat négocie ses propres appareils avec Paris.

Paris resserre ses liens avec les Forces royales air

Cinq Rafale B de la 4e escadre de chasse ont participé à l’exercice Marathon 25, mené du 23 juin au 4 juillet 2025 entre Guelmim et Marrakech. Un A330 MRTT Phénix les a épaulés lors de missions de ravitaillement en vol et d’appui aérien rapproché, aux côtés de F-16 marocains. Le ministère français des Armées a présenté cet exercice comme un test d’interopérabilité entre les deux forces aériennes.

En juillet 2025, le délégué général pour l’armement Emmanuel Chiva s’est rendu au Maroc. Sa visite a débouché sur la création d’un comité d’armement franco-marocain. Naval Group, l’Université Mohammed VI Polytechnique et Maghreb Steel figurent parmi les acteurs associés à ce cadre, bien au-delà du seul secteur aéronautique.

Le soutien de Paris sur le dossier du Sahara occidental, territoire disputé entre le Maroc et le Front Polisario soutenu par Alger, reste pour Rabat un enjeu au moins aussi important que les caractéristiques techniques du Rafale. Un retour industriel sur le territoire marocain, via le comité créé en juillet 2025, complète ce calcul.

Le F-35 et le Viper, deux pistes bouchées

L’option des Mirage 2000-9 d’occasion, un temps envisagée par Rabat, est désormais close. Abou Dhabi avait obtenu de Paris, en 2024, un accord pour leur transfert. Les Émirats arabes unis ont finalement choisi de conserver ces appareils sur la base d’Al Dhafra, au regard des tensions régionales.

L’hypothèse d’un F-35A américain s’est invitée dans le débat après la décision espagnole, en 2025, de renoncer à l’appareil au profit du programme européen SCAF et de l’Eurofighter. Rabat aurait engagé des discussions préliminaires avec Washington, avec un feu vert implicite d’Israël. Le coût du programme est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars sur sa durée de vie. Les délais de livraison, eux, restent incertains, alors que l’US Air Force et plusieurs alliés de l’OTAN attendent déjà leurs propres lots.

Le Maroc a par ailleurs commandé vingt-cinq F-16 Block 70/72 en 2019, dans le cadre d’un contrat signé en 2020. Leur livraison a glissé vers 2027-2028, retardée par la montée en cadence industrielle de Lockheed Martin et par des ajustements du système de guerre électronique Viper Shield, chargé de brouiller les radars adverses. Face à un dispositif algérien mêlant chasseurs russes et, potentiellement, chinois, ce seul renfort ne suffirait pas à rétablir un rapport de force favorable à Rabat.

Dassault peut-il tenir la cadence ?

Au 31 décembre 2025, le carnet de commandes de Dassault Aviation comptait 220 Rafale. L’industriel a livré vingt-six appareils en 2025, un chiffre légèrement supérieur à son objectif, et vise vingt-huit livraisons pour 2026. Les documents financiers publiés au printemps 2026 tracent une trajectoire de montée en cadence progressive, avec un objectif de quarante-huit Rafale par an autour de 2028-2029.

Le programme indien d’achat de chasseurs multirôles, connu sous le nom de MRFA, ainsi que les livraisons à la Croatie, à l’Indonésie et à la Grèce, occupent déjà une part croissante des chaînes de production. Un éventuel programme destiné à l’Ukraine viendrait s’y ajouter. Une commande marocaine de douze à dix-huit appareils devra trouver sa place dans cette file d’attente industrielle, indépendamment de la volonté politique affichée à Paris et à Rabat.



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