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Fin mars 2026, les agences France Travail de la métropole lyonnaise ont commencé à recevoir des candidatures pour un entrepôt qui n’avait pas encore de nom officiel dans la presse. Le site de Colombier-Saugnieu, dans le Rhône, cherchait déjà ses 3 000 futurs salariés quand Amazon a annoncé, mardi 5 mai, un investissement de 15 milliards d’euros sur trois ans en France, le plus important jamais engagé par le groupe dans le pays.
Cette séquence dit quelque chose de précis sur la nature du plan : ce n’est pas une promesse à horizon lointain. Quatre entrepôts, 7 000 CDI, deux vagues d’ouverture en 2026 et 2027. Le total des sommes engagées par Amazon en France depuis 2010 dépasse désormais 30 milliards d’euros, dans ce qui est, après l’Allemagne et le Royaume-Uni, le troisième marché international que le groupe a ouvert.
Quatre entrepôts, de l’Alsace à l’Oise
Le dispositif repose sur quatre sites répartis sur l’ensemble du territoire. À Colombier-Saugnieu, le plus grand : 160 000 m² sur trois niveaux, 3 000 postes, une ouverture prévue en juin 2026. Ce sera le 9e centre de distribution d’Amazon en France. À Beauvais, sur la zone d’activités Novaparc, 1 000 CDI sont attendus pour septembre 2026, le 10e centre. À Illiers-Combray, en Eure-et-Loir, même volume, 115 000 m², 150 millions d’euros d’investissement annoncés, ouverture d’ici la fin de l’année. Ce sera le 11e.
Le quatrième site tranche par son échelle. À Ensisheim, dans le Haut-Rhin, le chantier a officiellement démarré le 13 avril 2026. L’entrepôt atteindra 180 000 m², un rez-de-chaussée de 60 000 m² prolongé par trois étages de 40 000 m² chacun, ce qui en fera l’un des plus grands du groupe en Europe. Le coût de construction seul s’élève à 250 millions d’euros. Les 2 000 CDI promis ne seront recrutés qu’à partir de l’été 2027.
La géographie du plan n’est pas neutre. Les quatre implantations couvrent le Nord, le Centre, l’Est et le Sud-Est du territoire. Amazon revendique un «maillage de proximité» destiné à réduire les délais de livraison et, mécaniquement, les distances parcourues par ses camions.
Qui peut postuler ?
Entre 80 et 85 % des 7 000 postes ne requièrent ni diplôme ni expérience dans le secteur logistique. Préparation de commandes, réception des marchandises, expédition, gestion des retours : ces métiers constituent le cœur du recrutement. À Ensisheim, Patrick Labarre, président d’Amazon France Logistique, a confirmé que 90 % des 2 000 postes locaux seront accessibles sans qualification préalable.
Le reste des recrutements cible des profils techniques. Techniciens de maintenance industrielle et robotique, pour les convoyeurs automatisés, les robots de tri et d’emballage, responsables d’équipe, managers de site, responsables RH et HSE. Sur le volet cloud et intelligence artificielle, AWS recrute en parallèle des ingénieurs cloud, data engineers et architectes systèmes via Amazon Data Services France, sans que le groupe ait communiqué de volume précis sur ce segment.
Le salaire de base à l’embauche est fixé à 13 euros bruts par heure, soit environ 2 000 euros bruts mensuels, sans variation selon le site, l’âge ou le genre du salarié. Après vingt-quatre mois d’ancienneté en CDI, la rémunération dépasse 2 500 euros bruts par mois, 13e mois et prime annuelle inclus, soit 31 % au-dessus du SMIC en vigueur. Ces niveaux ont été confirmés par Patrick Labarre pour le site d’Ensisheim.
France Travail au cœur du dispositif
Amazon ne recrute pas par ses propres canaux. En avril 2025, le groupe a renouvelé sa convention de partenariat avec France Travail et Cheops, le réseau national cap emploi. Cible déclarée : les demandeurs d’emploi de longue durée, les bénéficiaires du RSA et les personnes en situation de handicap. En 2024, ce partenariat avait conduit au recrutement de plus de 4 000 demandeurs d’emploi en CDI.
La déclinaison varie selon les sites. À Colombier-Saugnieu, Amazon s’appuie sur Lyon Aéro Emploi et France Travail. À Illiers-Combray, sur France Travail seul. À Beauvais, sur la Maison de l’Emploi et de la Formation du Grand Beauvaisis et France Travail. Les recrutements pour ces trois sites démarreront entre fin mars et mi-juin 2026. Pour Ensisheim, les modalités locales n’ont pas encore été précisées par le groupe.
Au-delà des entrepôts
Les 15 milliards d’euros annoncés ne se limitent pas à la logistique. Une partie de l’enveloppe est fléchée vers le renforcement des capacités cloud et d’intelligence artificielle d’AWS en France. En parallèle, Amazon a lancé l’initiative «AWS Skills to Jobs Tech Alliance» avec des écoles comme Epitech, ECE Paris et CPE Lyon, ainsi que des partenaires industriels, IBM, SopraSteria, Atos, et France Travail. Objectif affiché : former 600 000 personnes aux compétences numériques d’ici 2030.
En interne, le groupe a engagé 50 millions d’euros d’ici 2030 pour former ses 25 000 salariés français. L’École Amazon, développée avec l’AFPA, propose des formations certifiantes gratuites, du CAP au Bac+2 en logistique. Plus de 1 600 salariés en ont bénéficié depuis son lancement. Dans des métiers où le turnover est élevé, cet investissement sert aussi à retenir.


