Le parquet fracasse Sarkozy

Le parquet réclame sept ans ferme contre Nicolas Sarkozy en appel, deux de plus qu'en première instance, en ajoutant corruption et financement illégal de campagne.

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Le parquet général de Paris a requis ce mercredi sept ans de prison ferme contre Nicolas Sarkozy, dans le cadre du procès en appel du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. C’est deux ans de plus que la peine prononcée en première instance, en 2025. Le ministère public remet sur la table deux qualifications que le tribunal avait écartées : corruption et financement illégal de campagne. Pour l’accusation, l’ancien président a « usurpé les qualités attachées » à sa fonction.

Trois jours. C’est la durée du réquisitoire du parquet général, dont la moitié a été consacrée au seul Nicolas Sarkozy. A l’issue de cette audience, le procureur général Damien Brunet a demandé à la cour de prononcer une peine de sept ans de prison ferme, sans mandat de dépôt, assortie de 300 000 euros d’amende et de cinq ans d’inéligibilité. Les trois chefs retenus : association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne électorale.

En première instance, en 2025, le tribunal correctionnel n’avait retenu que l’association de malfaiteurs. Les deux autres qualifications avaient été écartées, faute de preuves jugées suffisantes. Nicolas Sarkozy avait alors été condamné à cinq ans de prison ferme et incarcéré. Le parquet général, en appel, relance les deux charges abandonnées. C’est là que réside l’aggravation.
A l’annonce des réquisitions, l’ancien président est resté immobile, regard fixe, mâchoire serrée.

Guéant, Hortefeux : même châtiment requis

Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée, et Brice Hortefeux, ancien ministre de l’Intérieur, comparaissent aux côtés de Sarkozy. Le parquet a demandé contre Guéant la confirmation de sa condamnation de première instance : six ans de prison ferme, 100 000 euros d’amende et la confiscation de son logement. Contre Hortefeux, il a requis quatre ans de prison dont deux ferme aménageable, 50 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction des droits civiques.

Les trois hommes sont renvoyés ensemble devant la cour sous la qualification d’association de malfaiteurs. Damien Brunet a été direct : « Brice Hortefeux s’est évertué à protéger Nicolas Sarkozy. C’est le fonctionnement normal d’une association de malfaiteurs. »

Le dossier repose sur une série de virements effectués en 2006 depuis le régime de Mouammar Kadhafi vers les comptes de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, pour un montant total d’environ 6 millions d’euros. Ces transferts sont intervenus après deux rencontres clandestines tenues fin 2005, auxquelles auraient participé Claude Guéant et Brice Hortefeux. En face d’eux : Abdallah Senoussi, chef des renseignements libyens, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa responsabilité dans l’attentat du DC-10 d’UTA et alors sous mandat d’arrêt international. Ziad Takieddine servait d’intermédiaire.

Le parquet qualifie ces réunions d’« actes préparatoires du pacte de corruption ». Takieddine est décrit comme l’« agent de corruption », devenu par la suite « la chambre de compensation et le vecteur d’une clandestinité financière organisée ». Nicolas Sarkozy aurait été, selon Damien Brunet, « l’instigateur » de l’ensemble du dispositif.

Guéant se retourne, la défense résiste

Nicolas Sarkozy a maintenu, tout au long des débats, n’avoir eu aucune connaissance de ces rencontres. Brice Hortefeux a confirmé cette version. Mais Claude Guéant, lui, a changé de position.

En première instance, il partageait la ligne commune. Depuis, il a transmis à la cour deux courriers que le parquet a qualifiés de « fracassants », dans lesquels il revient sur ses déclarations initiales. Le contenu précis de ces courriers n’a pas été rendu public. Malgré ce retournement, les trois prévenus continuent d’affirmer avoir été piégés. L’accusation écarte cette thèse sans détour.

Le chef de financement illégal de campagne est le plus contesté. Le parquet soutient que Nicolas Sarkozy « a fait de ses comptes de campagne le réceptacle occultant de ses actions corruptrices avec le régime libyen » lors de la présidentielle de 2007. L’ancien président répond : « Aucun argent libyen n’a été trouvé dans ma campagne. » Le parquet juge cette affirmation partiellement exacte, mais insuffisante.

Damien Brunet a posé une question restée sans réponse à l’audience : pourquoi Claude Guéant a-t-il loué une chambre forte de 20 m² à proximité du quartier général de la campagne ? Ces agissements auraient eu, selon le ministère public, pour effet de « vicier le financement de l’élection suprême de la Ve République ». C’est sur ce point précis que la cour d’appel devra trancher une question que le tribunal de première instance avait laissée ouverte.

« Une perdition républicaine »

Le réquisitoire de Damien Brunet a franchi le seul cadre pénal. « Ce n’est pas une affaire de politique ou de realpolitik », a-t-il déclaré. Sarkozy et Guéant, selon ses mots, « ont usurpé les qualités attachées à leurs fonctions » et emporté dans leurs actions « une forme de perdition républicaine ». La formule de clôture a été aussi directe : « Vous aurez obtenu la conviction que les prévenus, en accord avec le régime de Mouammar Kadhafi, ont récupéré des fonds publics libyens pour financer les aspirations personnelles politiques de Nicolas Sarkozy. »

Les plaidoiries de la défense débutent la semaine prochaine et doivent se poursuivre jusqu’au 27 mai. Les avocats de Nicolas Sarkozy interviendront en dernier. Le délibéré est attendu en novembre.



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