Défilé militaire du 14 juillet : Emmanuel Macron veut une démonstration de force

Deux chasseurs franco-ukrainiens encadreront la Patrouille de France, 37 délégations alliées prendront place dans les tribunes : le défilé 2026 est le plus politique de la Ve République. Et le dernier que présidera Emmanuel Macron.

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Pour la dernière fois de son mandat, Emmanuel Macron préside le 14 juillet un défilé qu’il a voulu comme une démonstration de force collective. Trente-sept délégations alliées sont attendues dans les tribunes, sous la thématique officielle du « Réveil stratégique de l’Europe ». Sur les Champs-Élysées, la fête nationale devient cette année le théâtre d’un message adressé à Moscou.

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Deux Mirage aux couleurs de Kiev

Deux Mirage 2000-5F voleront le 14 juillet 2026 aux côtés des neuf Alpha Jet de la Patrouille de France, un dispositif sans précédent dans l’histoire du défilé national. Ces chasseurs ne sont pas des appareils de démonstration : ce sont des avions de combat livrés à l’Ukraine depuis février 2025, engagés quotidiennement contre les drones et les missiles russes. Leurs équipages évaluent leur taux d’interception à 98 %.

L’un des deux appareils sera piloté par un aviateur français, l’autre par un pilote ukrainien. L’avion ukrainien sera peint aux couleurs du drapeau de Kiev. Le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, a résumé l’intention sans détour : « L’Ukraine est la première ligne de défense de l’Europe occidentale. »

La chronologie de ces livraisons dit l’accélération du soutien français. Le ministre Sébastien Lecornu annonçait les premières cessions en février 2025. Trois appareils supplémentaires étaient livrés en octobre de la même année. En février 2026, la ministre Catherine Vautrin et son homologue ukrainien signaient un accord portant sur six Mirage 2000-5F de plus. En juillet 2025, entre ces deux dates, un appareil avait été perdu à la suite d’une défaillance technique, le pilote s’était éjecté conformément aux procédures.

Tous les avions du défilé porteront des armements fictifs, bombes et missiles inclus, une décision inédite. La formation sera complétée par des chasseurs allemands, suédois, grecs et britanniques.

Trente-sept pays dans les tribunes

Le 6 janvier 2026, lors d’un sommet organisé à Paris, 35 pays ont signé la déclaration de Paris, s’engageant à offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu durable avec la Russie. La France et la Grande-Bretagne pilotent cette initiative, baptisée « coalition des volontaires ». Parmi les signataires figurent l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande, au-delà du cercle habituel des alliés européens et nord-américains.

Le général Mizon a indiqué que 37 invitations ont été envoyées à des pays membres pour qu’ils envoient des détachements défiler le 14 juillet. Leurs chefs d’État ou représentants gouvernementaux prendront place dans les tribunes aux côtés du président de la République. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et le général Alexus G. Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe pour l’OTAN, ont reçu leur invitation. La coalition envisage, en cas d’accord de paix, le déploiement de troupes franco-britanniques en Ukraine pour en surveiller le respect sur le terrain.

Macron présidera ce défilé pour la dixième et dernière fois avant la fin de son mandat en 2027. Il en aura fait, au fil des éditions, le principal vecteur de sa politique de défense.

Une armée organisée pour la guerre, pas pour la parade

Le cortège terrestre compte cette année 8 500 participants, dont 6 500 militaires à pied selon le général Mizon. Le programme officiel du ministère des Armées, qui exclut policiers, gendarmes et pompiers, avance le chiffre de 6 686 femmes et hommes. Quatre-vingt-quinze avions, 35 hélicoptères, 193 chevaux et 300 véhicules compléteront le dispositif.

La 2e brigade blindée de Strasbourg, dont les régiments sont actuellement déployés en Roumanie dans le cadre de la mission de réassurance de l’OTAN, défilera en trois blocs distincts : unités de mêlée, unités d’appui (artillerie, renseignement, génie, cyber), unités de soutien logistique et médical. Les postes de commandement du 1er corps d’armée français, de la 1re division et de la 9e brigade d’infanterie de marine figureront également dans le cortège. Les troupes à pied défileront simultanément avec les hélicoptères de l’aviation légère de l’armée de terre, reproduisant la coordination telle qu’elle s’exerce sur les terrains d’opérations.

Les soldats déployés en Estonie et en Roumanie seront mis à l’honneur, aux côtés de deux unités de réservistes issues de la SNCF et du groupe Airbus. Le commissariat au numérique de défense, la direction chargée des systèmes d’information et de la cybersécurité du ministère, participera pour la première fois au défilé. L’ensemble des militaires porteront le patch aux couleurs du nouveau camouflage bariolage multi-environnement, conçu pour s’adapter à des terrains variés.

Aucun char Leclerc, le char de combat principal de l’armée de terre française, ne passera sur les Champs-Élysées. Sébastien Lecornu a lui-même listé les lacunes : insuffisance des capacités de frappe à longue distance, manque d’engins du génie de combat, parc de chars insuffisant.

57 milliards votés, 100 milliards nécessaires

Le budget de la mission Défense est passé de 32,3 milliards d’euros en 2017 à 50,5 milliards en 2025, hors pensions. Pour 2026, la loi de finances prévoit 57,1 milliards d’euros hors pensions, soit une hausse de 6,7 milliards en un an, 13 %. La Loi de programmation militaire 2024-2030 est dotée de 400 milliards d’euros sur sept ans. En mai 2026, le Sénat a adopté en commission une actualisation portant l’effort supplémentaire de 36 à 50 milliards d’euros sur la période, ce qui projette la trajectoire à 83,9 milliards en 2030.

Le général Mizon a déclaré que la transformation est réelle : « Ce n’est pas du tout la même photo. » Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a évalué le « poids de forme » idéal, le niveau de financement permettant à l’armée d’être pleinement opérationnelle, à 100 milliards d’euros par an. Même en 2030, si la trajectoire est tenue, l’écart avec cet objectif restera de 16 milliards.

Le salon Eurosatory, consacré aux équipements militaires terrestres et aéroterrestes, a ouvert ses portes le 15 juin à Paris, un mois avant le défilé. C’est la première édition depuis 2022.

La Marine fête 400 ans depuis les Champs-Élysées

La Marine nationale célèbre cette année le quatrième centenaire de sa fondation. C’est l’édit de 1626, signé sous Louis XIII à l’initiative du cardinal de Richelieu, qui a créé une Marine d’État unifiée et permanente. Une grande démonstration de force navale était prévue à Marseille le 8 mai pour marquer l’événement.

Elle a été annulée. Le chef d’état-major de la Marine a pris la décision en invoquant « les engagements opérationnels actuels de la marine et la priorité qu’ils constituent ». À la date de l’annulation, 23 grands bâtiments étaient simultanément déployés en mer, du jamais-vu selon le ministère. Le porte-avions Charles de Gaulle était mobilisé en Méditerranée orientale en raison du conflit impliquant Israël et l’Iran.

Des Rafale marine, des flottilles et des équipages de navires défileront à pied sur les Champs-Élysées, au son du Bagad de Lann-Bihoué, l’ensemble musical des marins-pompiers de la base aéronavale bretonne. Le cortège durera deux heures au total. Il se clôturera par un tableau consacré à l’engagement de la jeunesse, avant que l’Hymne à la joie de Beethoven, hymne officiel de l’Union européenne, choisi délibérément pour fermer un défilé placé sous le signe de la défense européenne, ne referme la cérémonie.



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