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Au Rassemblement national, tout le monde dit la même chose : « Si Marine est empêchée, Jordan ira. » La formule revient dans toutes les interviews, formulée à l’identique par tous les cadres du parti. Derrière elle, un camp Bardella qui s’est fait à l’idée d’une candidature propre, et qui regarde aujourd’hui le retour possible de sa patronne avec une nervosité que la plupart gardent pour eux. Le 7 juillet, la cour d’appel de Paris tranchera le sort judiciaire de Marine Le Pen. Pas les tensions qu’a fait naître l’attente.
« Si Marine est empêchée, Jordan ira »
Le 7 juillet, la cour d’appel de Paris rendra son arrêt dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Les faits remontent à la décennie 2010 : Marine Le Pen et plusieurs cadres du FN sont accusés d’avoir utilisé des fonds du Parlement européen pour rémunérer des assistants travaillant en réalité pour le parti en France. En première instance, Marine Le Pen a été condamnée à une peine d’inéligibilité, ce qui signifie concrètement qu’elle ne pourrait pas se porter candidate à l’élection présidentielle de 2027. L’arrêt du 7 juillet peut confirmer cette peine, l’aggraver ou l’atténuer. Son contenu est inconnu : aucune source n’en laisse filtrer le moindre élément.
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Maria Carolina, le pari risqué de Bardella
Depuis des mois, les cadres du RN ont adopté un élément de langage. Elle revient dans toutes les interviews, formulée à l’identique, sans variation : « Si Marine est empêchée, Jordan ira. » Jean-Philippe Tanguy, figure clé du groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et proche de Marine Le Pen, la répète comme les autres, sur tous les plateaux.
Ce que cette formule ne dit pas, c’est que le camp Bardella a cessé de la traiter comme une hypothèse. Plusieurs cadres du parti, qui ont requis l’anonymat, décrivent un entourage du président du RN qui s’est progressivement construit autour de l’idée d’une candidature propre à 2027. La plupart gardent un silence prudent. Mais la nervosité est palpable.
Bardella déjà en campagne
Jordan Bardella a 30 ans. Président du RN depuis 2022, il a passé l’essentiel de ces dix-huit derniers mois à occuper le terrain présidentiel, interviews de fond, déplacements territoriaux, prises de position économiques, sans que le mot « candidat » soit jamais prononcé officiellement. Les enquêtes d’opinion publiées depuis fin 2025 lui attribuent des intentions de vote au premier tour comparables à celles de Marine Le Pen, parfois légèrement supérieures. Il ne le dit pas. Dans son entourage, ces chiffres sont lus et relus avec gourmandise.
Son nom structure aujourd’hui tous les scénarios sérieusement analysés par la presse : candidat de remplacement si Le Pen est empêchée, futur Premier ministre dans un tandem où elle garderait l’Élysée, ou tête d’affiche d’un basculement du leadership. Le Monde a décrit dès avril un appareil qui se projette dans « l’après-Marine Le Pen », avec le risque de voir se former des « clans qui évoluent en parallèle ».
Marine Le Pen conserve la présidence du groupe à l’Assemblée nationale. Les responsables du parti continuent de la présenter comme la priorité pour 2027. Elle reste au centre de la communication officielle du RN sur l’alternance. Mais l’entourage de Bardella a intégré une autre temporalité, et le retour possible de la députée du Pas-de-Calais y est vécu, selon un proche du président du parti, comme « une mauvaise surprise ».
Monaco, une séquence qui ne passe pas
Le 7 juin, Jordan Bardella était photographié en tribune officielle au Grand Prix de Monaco, verre à la main, aux côtés de sa compagne, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Au même moment, dans le Gers, une marche blanche s’élançait en hommage à Lyhanna, la fillette de onze ans dont la mort bouleversait le pays depuis près de quinze jours. Le décalage d’image a immédiatement suscité des critiques, y compris en interne.
La polémique a été ravivée deux jours plus tard. Le 9 juin, invité de BFMTV, Bardella a lâché en fin d’entretien : « Des marches blanches, il y en a tous les jours. » Une phrase perçue comme désinvolte qui a prolongé la controverse et accentué les interrogations jusque dans les rangs du RN sur la gestion de cette séquence.
En privé, Marine Le Pen se montre sévère sur le style de vie que Bardella affiche désormais. Le mot « bling-bling » circule dans son entourage pour qualifier ses apparitions, un mot qui, dans la culture politique du mouvement, n’est pas un compliment. Ce type de séquence aurait pesé différemment si Bardella avait été candidat déclaré : il aurait été jugé sur ses propres codes, avec ses propres marges. Il est jugé à l’aune de Marine Le Pen, candidate historique qu’il n’a pas encore remplacée. Chaque faux pas prend une dimension politique disproportionnée parce que la succession n’est pas actée.
Retraites, Medef : Le Pen regarde, et n’aime pas
Sur les retraites, les divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été suffisamment nettes pour être relevées comme un signe de dissonance par plusieurs grands titres de la presse nationale. Le Monde y a vu « le signe majeur de l’impréparation du Rassemblement national, à un an de l’élection présidentielle ».
Marine Le Pen défend une retraite anticipée pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, avec un discours centré sur la justice sociale et le refus de tout recul de l’âge de départ. Bardella a laissé entendre dans plusieurs entretiens qu’il réfléchissait à « revisiter » cette ligne, évoquant une possible sortie de la logique d’un âge légal unique et ouvrant la porte à une dose de capitalisation dans le système.
En avril, Bardella a déjeuné avec des dirigeants du Medef. Pour une formation dont le fonds de commerce électoral repose depuis quinze ans sur la défense des classes populaires contre les intérêts patronaux, le déjeuner a produit un effet de dissonance que plusieurs cadres ont relevé en privé.
En privé, Marine Le Pen se montre agacée par ces initiatives. Le changement de doctrine sur les retraites et le rapprochement avec le Medef sont deux marqueurs d’une ligne qu’elle a toujours combattue comme étrangère à l’électorat du RN. Des cadres du parti, en coulisses, font état d’un flou programmatique qu’ils attribuent directement à l’incertitude du 7 juillet. Tant qu’un seul candidat n’est pas désigné, personne n’arbitre, et Bardella teste des lignes que Le Pen n’aurait pas validées.
La façade tient, les camps se forment
Officiellement, le RN affiche l’unité. Jean-Philippe Tanguy, président du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale et homme de confiance de Marine Le Pen, balaie régulièrement les questions sur d’éventuelles rivalités internes. Le parti dispose, a-t-il déclaré, des « deux personnalités politiques les plus populaires de France ». Marine Le Pen et Jordan Bardella répètent qu’ils mèneront ensemble la bataille de 2027, quel que soit le scénario judiciaire.
Les suiveurs du RN décrivent depuis le printemps une résurgence des clivages entre « marinistes » et « jordaniens » à mesure que l’échéance approche. Les réseaux internes se positionnent déjà autour de Le Pen, autour de Bardella, autour de cadres comme Tanguy. Que Tanguy soit l’un des porte-voix de la formule officielle n’est pas anodin : c’est un mariniste qui gère la communication de façade, pas un arbitre entre deux camps.
10,7 millions d’euros introuvables
Financer une campagne présidentielle coûte cher, et le RN ne trouve pas l’argent. Plusieurs enquêtes de presse publiées au printemps 2026 confirment que le parti peine à obtenir un prêt bancaire auprès d’établissements français pour 2027. La Société générale et La Banque postale ont confirmé ne plus accorder de financements aux campagnes politiques.
Le parti cherche à réunir environ 10,7 millions d’euros, soit le plafond de dépenses remboursables par l’État pour un candidat qualifié au second tour. Des solutions alternatives sont explorées auprès de prêteurs européens ou privés étrangers. Cette piste rouvre les questions sur les liens financiers du parti à l’étranger, un terrain que le RN préférerait éviter en année pré-électorale.
Tant qu’un nom n’est pas arrêté, négocier un prêt et monter la logistique d’une campagne présidentielle restent des opérations impossibles à verrouiller. L’attente du 7 juillet a un coût financier que les 10,7 millions d’euros rendent lisible.
34 % dans les sondages, une machine qui patine
Les simulations de premier tour publiées depuis le printemps 2026 donnent systématiquement le candidat RN, qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, entre 31 % et 36 % des intentions de vote, loin devant les candidats de la majorité présidentielle et de la droite classique. Des chiffres qu’aucun autre parti ne peut afficher aujourd’hui.
Ils masquent une réalité plus inconfortable. Le RN aborde 2027 sans candidat désigné, avec une ligne économique fragilisée par des divergences publiques et un financement de campagne non bouclé.
Si Marine Le Pen est déclarée éligible le 7 juillet, il faudra gérer le retour en première ligne d’une quadruple candidate dans un parti où son dauphin s’est construit une légitimité propre et pris des libertés programmatiques qu’elle désapprouve. Si elle est empêchée, il faudra organiser en quelques mois le passage de témoin vers Bardella, réécrire la campagne autour de lui, contenir les frustrations dans un appareil longtemps structuré autour d’un seul nom, et boucler un financement dans un calendrier compressé.
Le camp Bardella devra atterrir dans un cas comme dans l’autre. Le verdict dira de quelle hauteur.


