Cash Converters : le pari gagnant du génial Ahmed Chaieb

Ahmed Chaieb a racheté Cash Converters à la barre du tribunal en 2024. Résultat : +25 % de croissance en 2025 et une cible de 130 magasins en 2030.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le 4 mai 2026, Ahmed Chaieb est l’invité de Good Morning Business sur BFM Business. Il présente le nouveau concept de Cash Converters. Quelques semaines plus tôt, Sept à Huit sur TF1 avait consacré un reportage au redressement de l’enseigne. Ces deux passages médiatiques marquent, plus que tout autre indicateur, le moment où un retournement cesse d’être une promesse pour devenir un fait établi.

Les chiffres le confirment. L’enseigne affiche une croissance de 25 % sur l’exercice 2025. L’équilibre financier a été atteint en décembre 2025 : « déjà une prouesse », a déclaré Chaieb. Le chiffre d’affaires réseau est de 81 millions d’euros. La cible annoncée pour 2026 est de 85 millions, puis 100 millions en 2027. Dix nouveaux franchisés doivent être recrutés cette année, avec des ouvertures prévues à Rennes, Lille et dans la banlieue de Marseille.
En octobre 2024, le réseau comptait 62 points de vente opérationnels au moment de la reprise. Il en compte aujourd’hui une cinquantaine.

A LIRE AUSSI
Achat-revente Vinted : un business qui cartonne

Une enseigne deux fois coulée

Cash Converters a déjà connu la liquidation. En l’an 2000, le tribunal de commerce de Marseille avait prononcé la fermeture de la société fondée par l’Australien John Davidson, avec un passif de 70 millions de francs. Des investisseurs français avaient repris le flambeau. Le réseau avait atteint 120 points de vente au début des années 2020.

La deuxième chute a été plus lente, et plus profonde. En février 2024, le tribunal de commerce de Bobigny ouvre une procédure de redressement judiciaire. La date de cessation de paiements est fixée au 15 décembre 2023. La tête de réseau accumule deux millions d’euros de pertes. Les magasins ferment les uns après les autres. Le paradoxe est saisissant : les franchisés, eux, tiennent leurs chiffres.

Trois facteurs expliquent l’effondrement. L’enseigne avait laissé l’image du « revendre pour se refaire un peu de cash » s’installer sans jamais la travailler, alors que ses concurrents construisaient un discours sur l’économie circulaire. Vinted, Leboncoin et Back Market avaient entre-temps capté une part croissante des flux de produits d’occasion, reconfigurant les habitudes d’achat et de vente. Et le modèle originel — guitares, chaînes hi-fi, CD, bric-à-brac, tout et n’importe quoi — avait cessé de faire sens pour le consommateur comme pour le franchisé.

3 000 euros à 16 ans, une holding à 35

Quand quatre repreneurs se présentent devant le tribunal de Bobigny en octobre 2024, Ahmed Chaieb est le seul à vouloir reprendre les 180 magasins et les 200 collaborateurs dans leur intégralité. Il décroche l’affaire pour moins d’un million d’euros, sans assumer les dettes. « Et ensuite ? J’ai tout bazardé ! », a-t-il déclaré depuis.

Son parcours n’est pas celui d’un repreneur de fonds classique. Fils d’un agent d’Aéroports de Paris, grandi à Orly, il quitte sa famille à 16 ans avec 3 000 euros d’économies. Il part en Tunisie, monte une station de lavage automobile, travaille de 7 heures à 22 heures pour « tout juste 1 000 euros par mois ». De retour en France à 19 ans et demi, il fonde AMC, une société de livraison qui décroche les tournées Nespresso et gère rapidement 40 camions. Il la revend à Colis Privé pour 500 000 euros. Il a 22 ans.

Suivent CTI Gourmet, une centrale d’approvisionnement pour Ladurée, Pierre Hermé et Fauchon dans 25 pays, puis Box2Home, une start-up de livraison express en deux heures pour Ikea, Leroy Merlin et Darty, cédée en 2021. En 2022, il fonde Ecogem, spécialiste du reconditionnement d’électroménager et d’électronique, dont les ateliers de Bercy (5 000 m²) et de Carros, près de Nice (3 500 m²), traitent entre 600 et 1 200 appareils par jour. En 2024, il crée Pure Ventures, une holding dédiée à l’économie circulaire.

Cash Converters complète ce dispositif. « Cette stratégie permet au groupe de ne plus dépendre d’intermédiaires », a indiqué Chaieb. L’acquisition n’est pas une opportunité isolée : c’est le dernier étage d’une intégration construite sur dix ans.

Cinq rayons, plus de guitares

La première décision visible a été radicale : fermer 25 magasins jugés trop mal situés pour le nouveau positionnement, rénover les 80 autres. Le réseau est ramené à une cinquantaine de points de vente, assumés comme vitrine d’un concept à dupliquer.

Les guitares ont disparu. Le bricolage aussi. La photographie argentique, les CD en vrac, les étagères où s’entassait l’inclassable : tout cela est sorti du concept. Le nouveau modèle s’organise en cinq piliers : téléphonie, informatique et high-tech, électroménager, culture, et un univers luxe comprenant maroquinerie et bijouterie. L’ambition déclarée d’Ahmed Chaieb est d’« offrir la même expérience que Darty, avec des compartiments un peu comme dans un grand magasin de luxe ».

L’assortiment est hybride : 80 % de produits d’occasion, 20 % de produits neufs déstockés, achetés directement auprès de fabricants comme Schneider et Cecotec. Sur les étiquettes, le prix du neuf est barré ; les remises affichées vont de 30 % à 70 %. « Mes produits ne sont pas de moins bonne gamme, ils sont juste moins chers », a déclaré le patron de Pure Ventures.

En février 2026, le flagship de Nanterre organisait une opération autour de la carte Pokémon Pikachu Illustrator, adjugée 14 millions d’euros lors d’une vente aux enchères. Plus de 150 personnes se sont pressées devant le magasin. Ce type d’événement, impensable dans l’ancien modèle, est aujourd’hui un outil de trafic délibéré.

Sur les produits à forte valeur, bijoux, maroquinerie, pièces à plus de 1 000 euros, les contrôles ont été renforcés. Un « dépôt test » de quelques jours précède la mise en vente et la certification. Chaieb a également annoncé une hausse de 40 % des volumes traités sur les bijoux et l’or d’ici fin 2026, avec recrutement de spécialistes et création d’espaces dédiés dans les magasins.

Marge à 30 %, rotation maximale

Le modèle économique repose sur une logique que Chaieb décrit lui-même comme contra-cyclique. « Mon business est basé sur la crise du pouvoir d’achat. Les gens vont naturellement se rabattre sur les prix pas chers et la seconde main », a-t-il indiqué. La marge moyenne tourne autour de 30 %. Elle peut atteindre 50 % sur certains produits saisonniers, des climatiseurs achetés en octobre revendus en avril, par exemple. Mais la priorité n’est pas à la marge unitaire. « Je travaille une marge restreinte avec un volume d’affaires plus important et une rotation plus rapide. Mon intérêt, c’est de faire revenir le client en magasin », a-t-il déclaré.

Pure Ventures travaille exclusivement sur des produits déjà présents sur le territoire français, sans dépendance aux importations ni au transport maritime, un avantage opérationnel dans un contexte de perturbations répétées des chaînes d’approvisionnement mondiales.

La plateforme e-commerce a été lancée en septembre 2025. Chaieb expérimente par ailleurs le live shopping sur TikTok, se connectant lui-même en direct pour présenter les produits. « Les gens veulent savoir ce qu’ils achètent. C’est le téléachat sur des nouvelles plateformes », a-t-il déclaré.

De la collecte à la revente, sans intermédiaire

Depuis la reprise de Cash Converters, Ecogem est passée de 500 à 1 000 pièces réceptionnées par jour. Le taux de réemploi dépasse 50 %. En mars 2025, Pure Ventures a lancé Ecotel, filiale dédiée au reconditionnement de téléphones, avec un objectif de 60 000 appareils traités par an.

La chaîne est désormais maîtrisée de bout en bout : collecte dans les magasins Cash Converters, reconditionnement dans les ateliers Ecogem et Ecotel, remise en vente dans le réseau physique et sur la plateforme en ligne. Aucun acteur concurrent, Cash Express, Easy Cash, Happy Cash, ne dispose d’une infrastructure industrielle comparable adossée à un réseau de points de vente.

Cash Express, premier concurrent direct, affiche 125 magasins en France et en Belgique, un chiffre d’affaires de 102 millions d’euros en 2025 (+7,71 %) et 32 % de parts de marché sur la vente en ligne de seconde main. Il dépasse Cash Converters sur le volume. Le pari de Chaieb est de le dépasser sur la marge et la fidélisation.

7 milliards d’euros et 74 % de Français

Le marché français de la seconde main représente 7 milliards d’euros et a progressé de 12 % en 2024. Selon les données disponibles, 74 % des consommateurs français déclarent avoir acheté ou vendu un produit d’occasion au cours des douze derniers mois. Parmi les acheteurs, 66 % citent l’économie sur le pouvoir d’achat comme motivation principale.

Vinted a dépassé en 2025 tous les distributeurs traditionnels pour devenir le premier vendeur de vêtements en France, avec 23 millions d’utilisateurs et 10 milliards d’euros de volume de ventes. La plateforme lituanienne a normalisé l’achat d’occasion pour des catégories sociales qui ne franchissaient pas, jusqu’alors, la porte d’un Cash Converters. Easy Cash et Happy Cash maintiennent chacun une présence significative en dehors de la téléphonie et de l’électronique.

Ce marché profite à tous. Mais le repositionnement montée en gamme, l’intégration industrielle et le modèle hybride occasion/neuf déstocké que Cash Converters déploie sont des choix qui n’appartiennent qu’à lui, et qui n’ont pas encore été testés à grande échelle.

Le réseau franchisé reste le point de vigilance le plus immédiat. La suppression des catégories historiques, les nouveaux standards de présentation, le passage au modèle hybride : tout cela impose aux franchisés existants un investissement et une reconversion que le document d’entrée en franchise, 100 000 euros d’apport pour un chiffre d’affaires cible de 2 millions d’euros par magasin, ne documente pas entièrement. Reconstituer une communauté franchisée cohérente autour d’un concept profondément remanié prendra du temps, et les dix ouvertures prévues en 2026 constitueront le premier test grandeur nature.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire