Trump menace le vin français de droits de douane à 100 %

Trump menace la France de droits à 100 % sur vins et champagnes si Paris ne supprime pas sa taxe sur les géants du numérique américains. Le G7 d'Évian s'ouvre sous tension.

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Un ultimatum posé à quelques heures d’un sommet qu’Emmanuel Macron préside, un litige fiscal que Paris refuse d’abandonner depuis sept ans, une filière dont les ventes outre-Atlantique s’effondrent déjà. Donald Trump a choisi le week-end du G7 pour reposer une menace que Washington agite depuis 2019, avec, cette fois, un ciblage plus précis et une logique de pression assumée.

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Dans une interview publiée dimanche 15 juin par le New York Post, Donald Trump a adressé un ultimatum direct à Emmanuel Macron : supprimer la taxe française sur les géants du numérique américains, ou voir les vins et champagnes français frappés de droits de douane à 100 % à l’entrée sur le marché américain. « If France doesn’t eliminate the digital tax, I have no choice but to implement a 100% tariff on all champagnes and all wines imported from France », a déclaré le président américain au quotidien new-yorkais.

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L’interview paraît quelques heures avant l’arrivée de Trump en France pour le G7 d’Évian-les-Bains, qui s’ouvre ce lundi et se tient jusqu’au 17 juin. Ce n’est pas un communiqué officiel, pas un avertissement transmis par voie diplomatique : Trump a choisi le New York Post, quotidien conservateur à grand tirage, proche de ses positions, pour poser publiquement ses conditions avant même la poignée de main.

La semaine précédente, un conseiller de l’Élysée avait affirmé, toujours selon le New York Post, que le dossier était « réglé discrètement » et « n’était plus à l’ordre du jour ». Un responsable américain a immédiatement contredit cette version. Paris et Washington ne décrivent pas la même réalité, et à quarante-huit heures d’un sommet que Macron préside, cette divergence publique est en elle-même un acte de pression.

Le G7 d’Évian ne prévoit pas la fiscalité du numérique à son ordre du jour officiel.

Ce que Paris prélève aux Gafam

La taxe visée par Trump existe depuis 2019. Elle prélève 3 % sur les revenus générés en France par les cinq grandes plateformes numériques américaines, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, dont les initiales forment l’acronyme GAFAM qui donne son nom au dispositif. Washington la considère depuis l’origine comme une discrimination envers ses entreprises.

Son rendement a presque triplé en six ans : de 277 millions d’euros à son lancement, il est passé à 700 à 756 millions d’euros en 2024, selon les estimations du Sénat et du Conseil constitutionnel. Le projet de loi de finances 2025 en anticipait 774 millions. En septembre 2025, le Conseil constitutionnel a formellement validé le mécanisme. Le ministère de l’Économie dispose donc d’une taxe légitimée juridiquement, dont l’abandon creuserait immédiatement un trou de plusieurs centaines de millions dans les recettes de l’État.

Un épisode budgétaire a pourtant signalé à Washington que le dispositif pouvait évoluer dans le mauvais sens pour les Américains. Lors de l’examen du budget 2026, une coalition LFI-RN avait imposé, contre l’avis du gouvernement, le doublement du taux à 6 %. En commission des finances, un amendement était même allé jusqu’à 15 %. Le texte avait été adopté en séance plénière par 296 voix contre 58 avant que le gouvernement n’obtienne l’abandon de cette hausse dans la version définitive. Paris avait contenu l’escalade, mais seulement après un vote à 296 contre 58 en sens inverse.

De 200 % à 100 % : la même menace, autrement ciblée

En mars 2025, Trump avait agité la perspective de taxes à 200 % sur les vins et champagnes français et européens, en représailles aux droits de 50 % imposés par l’Union européenne sur le whisky américain. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux avait dénoncé publiquement le fait d’être « sacrifiés systématiquement » dans les négociations commerciales.

En janvier 2026, les 200 % avaient resurgi pour une raison différente. Trump reprochait à Macron d’avoir refusé de rejoindre son « Conseil de paix » destiné à régler le conflit à Gaza. « I’ll put a 200% tariff on his wines and champagnes. And he’ll join. But he doesn’t have to join », a-t-il déclaré. La menace visait alors l’ensemble des boissons alcoolisées importées de France et d’Europe, sans lien avec aucun litige commercial précis.

L’ultimatum de dimanche est à 100 %, et il porte sur un seul objet : la taxe numérique. Une menace rattachée à un grief identifiable est plus actionnable qu’une pression générale : Washington peut lever les droits si Paris supprime la taxe, et inversement les appliquer dès le lendemain si Paris refuse. Trump a réduit le chiffre et resserré la cible, ce qui, à la veille d’un G7, peut aussi signaler une disposition à négocier.

Un marché à 3 milliards d’euros qui vacille déjà

Depuis un décret signé par Trump fin juillet 2025, entré en vigueur le 7 août, les vins et spiritueux européens sont taxés à 15 % à l’entrée aux États-Unis, contre moins de 5 % auparavant pour la plupart des appellations. Passer à 100 % reviendrait à multiplier par près de sept les droits actuellement appliqués.

Les États-Unis restent le premier marché mondial pour les vins et champagnes français. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), les exportations françaises vers ce marché représentaient environ 3 milliards d’euros en 2025. Mais les ventes françaises aux États-Unis ont reculé de 21 % en valeur l’an dernier. Sur l’ensemble des marchés, le recul atteint 7,9 %, à 14,3 milliards d’euros au total, troisième année consécutive de baisse. Sur le seul champagne, 26,4 millions de bouteilles ont été expédiées aux États-Unis en 2025 : le marché numéro un mondial, qui s’érode année après année.

La simple menace de mars 2025 avait suffi à provoquer un gel immédiat des commandes : de nombreux importateurs américains avaient suspendu leurs achats dans l’attente de clarifications. La FEVS avait évalué à environ 800 millions d’euros le recul d’exportations qu’entraîneraient des droits à 20 %, et qualifiait le scénario à 200 % d’« arrêt total ». Des droits à 100 % se situeraient entre ces deux seuils, sur une filière qui enregistre un troisième recul annuel consécutif.

En 2019, au G7 de Biarritz qu’il présidait, Macron avait fait face à la même confrontation : la même taxe GAFAM de 3 %, les mêmes menaces américaines sur le vin, un sommet à gérer. À l’issue des discussions, il avait annoncé un accord « très bon », obtenu en proposant à Washington que Paris rembourse aux entreprises américaines la différence entre la taxation française et la future imposition internationale alors en négociation à l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe les pays les plus industrialisés et pilotait à l’époque un projet d’accord mondial sur la fiscalité des multinationales du numérique.

Trump avait encaissé une concession financière concrète sans renoncer officiellement à ses menaces tarifaires. Paris avait présenté cette concession comme un accord bilatéral.

En 2026, trois éléments ont changé. La taxe a été validée par le Conseil constitutionnel en septembre 2025, ce qui rend son abandon politiquement et juridiquement plus coûteux. Son rendement est presque trois fois supérieur à celui de 2019. Et l’accord mondial de l’OCDE sur la fiscalité du numérique, celui qui permettait à Paris de promettre un alignement futur et donc de justifier une concession temporaire, est mort : Washington a claqué la porte de ces négociations en 2025. La concession qui avait fonctionné à Biarritz n’a plus d’équivalent disponible.

Paris entre Washington et Bruxelles

La Commission européenne a répété à plusieurs reprises que sa réglementation du numérique n’est pas à négocier, tout en se déclarant ouverte au dialogue. La France a explicitement demandé une réponse « unie » de l’Union européenne face aux droits de douane américains. Plusieurs États membres disposent de dispositifs fiscaux comparables à la taxe GAFAM française.

Au Parlement de Strasbourg, le débat sur une taxe numérique à l’échelle européenne est toujours en cours. Cette incertitude pèse directement sur les négociations : Washington ne sait pas exactement avec qui conclure un accord, ni si un arrangement franco-américain tiendrait face à une éventuelle harmonisation européenne.

Paris ne peut pas négocier seule sans déstabiliser le front communautaire, mais elle encaisse la pression américaine en première ligne parce que sa taxe nationale est la plus ancienne et la plus visible. Pour la filière viticole française, l’équation est double : convaincre Washington de reculer, et obtenir de Bruxelles une défense suffisamment ferme pour que la menace tarifaire perde de sa crédibilité. Macron arrive à Évian ce lundi avec les deux dossiers ouverts, sans position commune européenne arrêtée sur aucun des deux.



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