Allemagne : vers un service militaire obligatoire

Le service militaire volontaire allemand ne remplit pas ses rangs. Berlin fixe juillet 2027 comme date limite avant un retour possible à la conscription obligatoire.

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En janvier 2026, le nouveau service militaire volontaire allemand s’est ouvert avec des ambitions précises et un calendrier serré. Cinq mois plus tard, les chiffres de recrutement ont circulé à Berlin. Thomas Röwekamp, président de la commission défense du Bundestag, a fixé une date limite. Passé juillet 2027, le volontariat ne sera plus la seule option sur la table.

Cinq mois de campagne de recrutement, 298 200 questionnaires envoyés à des jeunes Allemands, et 530 engagements fermes au compteur. Tels sont les premiers résultats du Neuer Wehrdienst, le nouveau service militaire volontaire lancé le 1er janvier 2026, instauré par une loi adoptée le 5 décembre 2025 à 323 voix contre 272 au Bundestag. Ce dispositif est lui-même la réponse à un vide : en 2011, l’Allemagne avait suspendu son service militaire obligatoire, estimant que la fin de la Guerre froide rendait la conscription inutile. Quinze ans plus tard, Berlin tente de reconstituer ses effectifs sans y contraindre les jeunes. Aucun démenti officiel n’a été opposé à ces données depuis leur divulgation.

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Ces chiffres appellent une précision. Les 530 recrues concernent uniquement le cadre du nouveau service militaire volontaire, pas l’ensemble du recrutement de la Bundeswehr. Sur ce périmètre plus large, les tendances sont moins alarmantes : à mi-juin 2026, 38 500 candidatures avaient été enregistrées, en hausse de 24 % sur un an, pour 11 000 recrutements toutes filières confondues, soit 13 % de plus qu’en 2025. Environ 10 000 jeunes sont par ailleurs déjà inscrits dans le dispositif pour l’année en cours, mais leur entrée en service est échelonnée : ils ne sont pas encore sous les drapeaux.

Sur les 153 200 hommes ayant reçu le questionnaire obligatoire, les femmes étant sollicitées à titre facultatif parmi les 145 000 autres destinataires, plus d’un sur cinq a manifesté un intérêt pour un service militaire. Cet intérêt déclaré n’a pas été transformé en engagements. En 2025, l’objectif de 15 000 volontaires pour le nouveau service n’avait pas été atteint : 12 200 recrues avaient finalement été enregistrées.

La date que Berlin s’est fixée

Thomas Röwekamp, président de la commission défense du Bundestag et élu CDU/CSU, est le premier responsable politique à avoir posé publiquement une échéance. Il a déclaré à l’Agence France-Presse : « La décision devra être prise d’ici le 31 juillet de l’année prochaine. » Si les objectifs de recrutement ne sont pas atteints par la voie du volontariat, le retour à la conscription obligatoire sera acté. Cette date n’est pas arbitraire : à partir de juillet 2027, les examens médicaux obligatoires prévus par la loi de décembre 2025 auront produit leurs premiers résultats, permettant aux autorités militaires de savoir combien de jeunes sont aptes à servir et combien se sont portés volontaires. Ce bilan chiffré rendra la décision incontournable.

Röwekamp n’a pas dissimulé ses doutes sur la trajectoire actuelle. « J’ai toujours de sérieux doutes quant à notre capacité à parvenir » aux objectifs « très ambitieux » sur la seule base du volontariat, a-t-il indiqué. La conscription qu’il envisage ne ressemblerait pas au service universel d’avant 2011, qui mobilisait l’intégralité d’une classe d’âge, environ 350 000 hommes par an. L’idée avancée est plus ciblée : appeler chaque année uniquement le nombre de recrues nécessaires pour combler le déficit, sans obligation généralisée.

En formulant ainsi la perspective, Röwekamp maintient la pression sur les chiffres du volontariat tout en évitant d’annoncer frontalement une mobilisation de masse, une position qui lui permet de ne pas couper court au recrutement volontaire avant que l’échéance soit atteinte.

L’écart entre l’ambition et les effectifs

Friedrich Merz a pris un engagement sans ambiguïté vis-à-vis de l’OTAN : porter les effectifs de la Bundeswehr à 460 000 soldats d’ici 2035, dont 260 000 militaires d’active et 200 000 réservistes, pour faire de l’Allemagne la première puissance militaire conventionnelle d’Europe. Au 31 mai 2026, les effectifs actifs atteignaient 185 608 militaires. Atteindre l’objectif implique de multiplier les effectifs par 2,5 en moins de dix ans.

En 2025, la Bundeswehr a recruté environ 25 000 soldats, sa meilleure performance depuis 2011. Mais 20 000 à 30 000 militaires quittent le service chaque année, ce qui réduit d’autant les gains. Les effectifs progressent, mais trop lentement pour tenir le calendrier fixé.

Le budget, lui, ne pose pas de problème. Les dépenses de défense atteignent 108,2 milliards d’euros en 2026, dont 82,69 milliards sur le budget ordinaire et 25,51 milliards issus d’un fonds exceptionnel créé pour accélérer le réarmement, un niveau sans précédent depuis la fin de la Guerre froide. L’objectif est de consacrer 3,5 % du PIB à la défense dès 2029, soit environ 152 milliards d’euros, six ans avant l’échéance fixée par l’Alliance atlantique. Aucun autre pays membre n’affiche une trajectoire de réarmement aussi rapide. Le problème n’est pas financier.

Ce que la conscription ne peut pas faire

Röwekamp situe le problème ailleurs que dans le seul nombre de recrues. « Ma principale inquiétude concerne l’augmentation du nombre de militaires de carrière et sous contrat », a-t-il indiqué, « car ce sont eux qui pilotent les avions de combat, naviguent les navires, conduisent les chars ou manœuvrent les systèmes de défense Patriot. » Former un technicien capable d’opérer un système antimissile prend plusieurs années. Un jeune appelé pour quelques mois de service ne peut pas occuper ce rôle.

La réalité opérationnelle donne à cet argument une dimension concrète. Depuis 2024, la Bundeswehr déploie la 45e brigade blindée en Lituanie, première présence militaire allemande permanente à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale, positionnée sur le flanc est de l’OTAN face à la menace russe, en cours de montée en puissance vers plusieurs milliers de soldats. Tenir ce dispositif dans la durée exige des professionnels engagés à long terme, et non des appelés.

Les formations militaires spécialisées requièrent plusieurs années, et retenir ces soldats dans l’armée plutôt que de les voir partir vers le secteur privé, qui propose souvent des salaires comparables ou supérieurs, reste un problème que ni le questionnaire obligatoire ni la conscription ciblée ne règlent.

Pourquoi 2029 est dans tous les esprits

En juin 2024, Boris Pistorius, ministre de la Défense SPD à l’époque, avait déclaré devant le Bundestag : « Wir müssen bis 2029 kriegstüchtig sein », nous devons être capables de faire la guerre d’ici 2029. Il précisait que 2029 est l’année à laquelle les experts estiment que la Russie aura reconstitué ses forces armées après les pertes subies en Ukraine, et sera en capacité de mener une action militaire partielle sur le territoire de l’OTAN, notamment dans les pays baltes.

Röwekamp va plus loin dans l’analyse. Pour lui, l’Ukraine n’est pas l’objectif final de Vladimir Poutine : l’objectif est d’affaiblir les démocraties libérales occidentales dans leur ensemble. À cette menace datée s’ajoute un affaiblissement du soutien américain : Donald Trump a clairement signifié sa volonté de réduire la présence des États-Unis en Europe, et l’industrie de défense américaine opère déjà sous tension face à des crises simultanées sur plusieurs théâtres. Berlin ne peut plus compter sur Washington comme garantie de dernier recours.

« Nous n’avons plus parlé avec la jeune génération »

Le 5 décembre 2025, le jour même du vote de la loi au Bundestag, plus de 50 000 jeunes ont manifesté dans plus de 90 villes allemandes, 10 000 à Berlin, 5 000 à Hambourg. Cinq mois plus tard, le 8 mai 2026, les cortèges ont repris dans plus de 130 villes. La date n’était pas choisie par hasard : le 8 mai est le jour anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945, retenu délibérément pour son poids historique. Les slogans : « Friedrich Merz au front », « Les riches veulent la guerre, la jeunesse veut un avenir », « Votre guerre, sans nous ».

Au premier trimestre 2026, 2 656 demandes d’objection de conscience avaient déjà été déposées auprès des autorités compétentes, une trajectoire annuelle qui dépasse presque le total de 2025, soit 3 867 demandes, lui-même un record depuis la suspension du service militaire.

Röwekamp n’a pas cherché à minorer cette résistance. Il en a identifié la cause : « Nous n’avons plus parlé avec la jeune génération des thématiques de la guerre, de la paix, de la nécessité de la défense », a-t-il déclaré. Depuis 2011, ces questions ont disparu des programmes d’éducation civique et du débat public. Sa réponse n’est pas répressive : « Je plaide pour que nous engagions le dialogue avec cette génération. » Entre cette déclaration de principe et l’échéance de juillet 2027 fixée par ce même Röwekamp, il reste douze mois.



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