Avion de combat : l’Allemagne veut faire l’Europe de la défense sans Paris

L'Allemagne veut construire l'avion de combat européen sans la France... et sans Dassault. Neuf ans de coopération franco-allemande et 3 milliards d'euros dépensés pour aboutir à ce divorce industriel.

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Friedrich Merz est monté à la tribune du salon ILA de Berlin le 8 juin 2026 pour enterrer un programme vieux de neuf ans. Airbus avait son plan de remplacement prêt avant la fin des discours. Paris n’avait rien préparé. Le SCAF n’a pas été tué par une querelle industrielle, il l’a été par deux doctrines militaires que rien n’a jamais rapprochées.

Le 8 juin 2026 au matin, l’AFP et Reuters ont reçu confirmation de la décision allemande avant que l’Élysée ne communique. Paris a ensuite indiqué que les deux dirigeants avaient chacun « regretté l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet ». Cette formulation symétrique masquait une séquence unilatérale : Berlin a tranché, Paris a enregistré.

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Le SCAF, Système de combat aérien du futur, est le programme lancé en 2017 pour développer conjointement le successeur du Rafale français et de l’Eurofighter allemand, deux avions de chasse dont l’obsolescence programmée rend un remplacement inévitable d’ici les années 2040. Le programme associait, côté industriel, Dassault Aviation comme concepteur de l’avion de combat pour la France et Airbus Defence comme maître d’œuvre allemand, deux concurrents directs contraints de coopérer par décision politique.

Airbus n’avait pas attendu l’annonce de la rupture. La « Team Gen 6 », en référence à l’avion de sixième génération que le programme devait produire, était constituée avant la tribune de Merz. Sa proposition avait été transmise au ministre de la Défense Boris Pistorius et aux services du chancelier avant même l’ouverture officielle du salon ILA. Le programme était mort. Son successeur officieux était déjà soumis au gouvernement.

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Huit entreprises, zéro personnalité juridique

La Team Gen 6 rassemble Airbus, MBDA, le fabricant européen de missiles dont les capitaux sont franco-britanniques-allemands-italiens, et six entreprises allemandes : Diehl, MTU, Liebherr, Autoflug, Rohde & Schwarz et Hensoldt. Ses membres définissent l’initiative en ces termes : « un effort de lobbying conjoint », pas un consortium industriel. Elle n’a aucune existence juridique.

L’Espagne est absente. Partenaire du SCAF depuis 2019, Madrid n’a pas été associée à cette nouvelle structure. La présence de MBDA est précisément ce qui permet à l’alliance d’afficher une étiquette « européenne » : son actionnariat multination lui évite d’apparaître comme un simple projet allemand. Sa filiale française travaille étroitement avec Dassault, ce qui en fait une pièce d’affichage politique autant qu’un acteur industriel.

La BDLI, l’association allemande des industries aérospatiales, avait déjà mené campagne en novembre 2025 contre les positions de Dassault sur la gouvernance du programme, agitant la menace d’une « production d’avions de chasse en Allemagne menacée ». En février 2026, avec IG Metall, le syndicat de l’industrie métallurgique et aéronautique, elle avait plaidé pour une solution à deux avions distincts. La Team Gen 6 prolonge cette séquence de pression, engagée bien avant le 8 juin.

L’objectif déclaré par une source industrielle proche du dossier : « faire une offre en faveur de la suite du projet SCAF, même sans Dassault », en préservant les composantes technologiques déjà développées, le cloud de combat partagé entre les appareils, les drones d’accompagnement, le moteur conçu par MTU, les capteurs d’Hensoldt.

La bombe et le porte-avions

Friedrich Merz avait dit l’essentiel le 18 février 2026, dans le podcast politique allemand Machtwechsel : « Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d’avions de combat, d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande. »

C’est là le désaccord fondamental que neuf ans de négociations n’ont pas résolu. La France doit remplacer le Rafale M, l’avion de chasse embarqué sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, conçu pour emporter l’arme nucléaire aéroportée, composante essentielle de la dissuasion française. L’Allemagne n’a ni porte-avions ni arsenal nucléaire national. Concevoir un seul avion qui satisfasse les deux pays reviendrait à construire simultanément deux appareils différents sous le même nom. Ces contraintes relèvent des choix stratégiques souverains de chaque État, elles ne sont pas négociables sur un tableau blanc d’ingénieurs.

La ministre des Armées Catherine Vautrin a pourtant tenté de trouver un terrain d’entente au printemps 2026. Fin avril, les médiateurs qu’elle avait mandatés réclamaient encore « dix jours de plus » pour rendre leurs conclusions. Le 24 avril, en marge d’un sommet européen informel à Chypre, Emmanuel Macron affirmait que le SCAF n’était « pas du tout » mort. Six semaines ont suffi pour l’enterrer à Berlin.

Boris Pistorius a résumé l’état d’esprit de son gouvernement en une formule : « Je sais à quel point la coopération franco-allemande est importante en Europe, mais au bout du compte, il faut tracer une ligne entre la raison et le cœur. »

Ce que Trappier avait dit en mars

Le 3 mars 2026, lors de la présentation des résultats annuels de Dassault Aviation, Éric Trappier, PDG du groupe, avait déclaré devant les analystes financiers : « Airbus ne veut plus travailler avec Dassault. » Il avait ajouté : « Si Airbus maintient la probabilité de ne pas travailler avec Dassault, le projet est mort. »

Trois mois avant l’annonce officielle, le patron de l’avionneur français posait publiquement l’équation. Pistorius, pour sa part, a confirmé après le 8 juin qu’il était « en discussion depuis des mois avec différents acteurs » sur un projet alternatif. Ces deux déclarations convergent vers la même conclusion : la décision de juin a rendu officielle une rupture consommée au printemps.

Trois milliards investis, Safran en suspens

Environ 3 milliards d’euros ont été engagés en neuf ans sur un programme dont le coût total, de la conception jusqu’à l’entrée en service prévue vers 2040-2045, était évalué à près de 100 milliards d’euros, répartis entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Ces investissements ont produit des études, des démonstrateurs technologiques, des avancées sur le moteur et les capteurs. Aucun prototype n’a volé.

Dassault Aviation n’aborde pas cette rupture en position de faiblesse. En octobre 2025, l’entreprise a livré son 300e Rafale. 533 appareils ont été commandés fermes par la France et huit pays clients à l’export, avec une cadence de production montant à quatre exemplaires par mois. Aucune initiative comparable à la Team Gen 6 n’a cependant émergé côté français depuis le 8 juin.

La question la plus immédiate concerne Safran. Le motoriste français est lié à l’allemand MTU depuis 2019 au sein d’EUMET GmbH, une coentreprise paritaire créée spécifiquement pour développer le moteur du futur avion de combat. Le 21 mai 2026, lors de son assemblée générale, le directeur général Olivier Andriès qualifiait encore la coopération avec MTU d’« excellente » et indiquait que les deux entreprises avaient décidé de « travailler ensemble sur la préparation technologique des moteurs de forte puissance sur les hélicoptères ». Depuis le 8 juin, Safran n’a pas officiellement pris position. Rejoindre la Team Gen 6 ou attendre une initiative française autonome : ce choix conditionne une partie des négociations du sommet franco-allemand de juillet.

Saab, GCAP, F-35 : Berlin ne mise pas tout

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et la décision de Berlin de porter son budget de défense à 2 % du PIB, l’Allemagne dispose de marges de manœuvre financières inédites depuis des décennies. Elle les utilise sur plusieurs fronts à la fois.

Depuis décembre 2025, Airbus et le constructeur suédois Saab discutent d’une coopération sur les drones de combat collaboratifs, des appareils autonomes conçus pour accompagner et amplifier les capacités d’un avion de chasse piloté en opération. Un premier contrat existe déjà : fin 2025, Saab a signé avec Airbus Defence un accord de 549 millions d’euros pour équiper les Eurofighter de la Luftwaffe du système de guerre électronique Arexis, qui perturbe les radars adverses.

Le programme GCAP est une autre piste. Lancé en décembre 2022 par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon pour développer leur propre avion de combat de sixième génération, concurrent direct de ce que le SCAF aurait dû être, il dispose depuis décembre 2024 d’une coentreprise industrielle réunissant BAE Systems, Leonardo et JAIEC, avec une entrée en service visée dès 2035. En janvier 2026, lors du sommet intergouvernemental italo-allemand à Rome, Merz avait sondé la présidente du Conseil Giorgia Meloni sur une éventuelle participation allemande. Elle n’a pas dit non.

Dès février 2026, Berlin menait par ailleurs des discussions avec Washington pour acquérir des F-35 supplémentaires, au-delà des 35 déjà commandés en 2022, afin de combler le vide capacitaire dans l’attente d’une décision de long terme. Trois pistes ouvertes simultanément, aucune arbitrée : l’Allemagne se donne du temps.

Les autres chantiers franco-allemands aussi vacillent

Le SCAF n’est pas le seul programme en panne. Le MGCS, char du futur censé remplacer conjointement le Leclerc français et le Leopard 2 allemand, est au point mort. Le drone maritime MAWS n’a pas progressé. La modernisation de l’hélicoptère Tigre en version Mk3 est en cours de dissolution silencieuse. Ces programmes partagent la même trajectoire : ambition politique initiale, divergences doctrinales non résolues, enlisement progressif.

Le sommet franco-allemand de juillet 2026 devra répondre à une question précise : que faire des travaux accumulés en neuf ans ? Le cloud de combat, les drones d’accompagnement, le moteur développé par Safran et MTU au sein d’EUMET GmbH représentent des actifs technologiques réels. Berlin a indiqué vouloir négocier avec Paris autour d’« un petit nombre de projets réalistes et pertinents » issus du système de systèmes du SCAF. Paris n’a pas encore dit ce qu’il était prêt à mettre sur la table, ni avec qui.



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4 commentaires sur « Avion de combat : l’Allemagne veut faire l’Europe de la défense sans Paris »

  1. Merci Dassault.les français ont perdu airbus merci la CGT ne venez pas pleurer vive les traites de gauche et merci au ing.
    MAcron a sacrifié les turbines arabelle et..

    en 2027 il faudra le juger pour haute trahison lui et tous les leader de gauche
    comme Sarko en prison et saisi de leurs biens et retraite.comme on est des fachos il faut meriter ‘os titres
    ca s appelle défendre les pauvres et le peuple de France.

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  2. Dassault a clairement indiqué qu’il était capable de mener à terme la construction d’un avion de combat de 6e génération.
    l’avion de 5e génération est déjà en cours de réalisation notamment avec le drone associé.
    donc techniquement Airbus on en a rien à faire.
    ce n’est que de l’agitation politique

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  3. l’Allemagne veut faire la défense européenne sans la France et oui !! ils ont déjà essayé à plusieurs reprises dernière en 39/45 nous avons vu comment cela c’est terminé !! à bon entendeur bis repetita !!!

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  4. L’Allemagne n’a jamais été un associé fiable car son but a toujours été d’être le leader aux dépend des autres.
    il ne faut plus croire en cette coopération .La France doit garder son autonomie militaire, technologique et énergétique. la locomotive, c’est nous, ceux qui veulent monter, c’est dans les wagons, pas aux commandes .

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