Dans l’Hérault, deux élus partagent le titre de maire

2 189 maires ont démissionné en cinq ans. À Villeneuve-lès-Maguelone, deux élus ont trouvé leur réponse : partager la fonction. Le droit n'a pas encore suivi.

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À Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, deux élus partagent le même bureau, la même voiture de fonction et le même titre : maire. Une première en France, rendue possible non par la loi, mais malgré elle.

La plaque vissée à la porte du bureau indique « bureau des maires », au pluriel. En mars 2026, Olivier Noguès, 58 ans, et Virginie Martos-Ferrara, 44 ans, ont été élus conjointement à la tête de cette ville de 10 872 habitants de la Métropole de Montpellier sur la liste « J’aime VLM ensemble au quotidien », battant la liste sortante de Véronique Négret. Depuis, ils partagent le même bureau, la même voiture de fonction, et reçoivent ensemble au conseil des maires de la Métropole, seuls élus d’une même commune à y siéger côte à côte, avec le soutien affiché du président Michaël Delafosse.

Un seul d’entre eux est maire au sens légal du terme. C’est Olivier Noguès qui signe les arrêtés. Virginie Martos-Ferrara exerce par délégation, en qualité de première adjointe, avec une délégation de signature qui lui permet de parapher tout document au même titre que lui. Leurs indemnités ont été alignées, sans impact sur les finances de la commune. Mais dans les faits, à Villeneuve-lès-Maguelone, on parle des maires. Au pluriel.

Parrain, adjoint, colistiers

Leur association précède de loin l’élection. Olivier Noguès est le parrain du fils de Virginie Martos-Ferrara. Elle l’a marié en 2016, quand elle était adjointe sous le mandat de l’ancien maire Noël Ségura. Ensemble depuis 2014 dans la majorité municipale, ensemble ensuite dans l’opposition de 2020 à 2026, les deux élus ont toujours travaillé de concert. Gouverner autrement ne leur semblait pas envisageable.

Gilles Namyslak, conseiller municipal, l’observe au quotidien : il y a toujours l’un des deux joignable. Ce jour-là, les deux élus se dirigeaient, à bord de la voiture de fonction partagée, vers une crèche de la commune, un problème de canalisation à régler. Tous deux ont mis leur activité professionnelle en pause pour la durée du mandat.

Leurs différences ne s’arrêtent pas à l’agenda. Noguès assume une étiquette de droite, sous laquelle leur liste a été présentée en préfecture. Martos-Ferrara revendique des valeurs de gauche. Pour Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS et politologue montpelliérain, cette configuration n’est pas un hasard : le tandem est avant tout une formule politique, qui permet d’agréger des électorats différents autant que de partager une charge.

Plus d’une démission par jour depuis 2020

La charge en question est documentée. Selon l’enquête AMF-CEVIPOF d’octobre 2025, un maire d’une commune de la taille de Villeneuve-lès-Maguelone consacre en moyenne 54,7 heures par semaine à son mandat. Entre juillet 2020 et mars 2025, 2 189 maires ont abandonné leur poste, soit plus d’une démission par jour, un record absolu sous la Ve République. Parmi eux, 53 % avaient quitté leurs fonctions dans les premières années. En 2024, l’enquête ELUSAN, conduite par l’AMF et Sciences Po auprès de 4 928 maires, a établi que 83 % d’entre eux jugent leur mandat éprouvant pour leur santé. Le nombre de démissionnaires a été multiplié par quatre en trois mandats, pour atteindre 6 % des élus. La part des femmes maires plafonne à 22,6 %, loin de la parité.

Teillé a ouvert la voie en 2020

Arnaud Pageaud et Jérôme Squelard ont inauguré la formule à Teillé, en Loire-Atlantique, lors des municipales de 2020. La commune compte 1 825 habitants. Réélus en mars 2026, les deux élus ligériens avaient reçu, avant le scrutin, une soixantaine d’appels de candidats intéressés par le modèle, de toute la France. En six ans, ils n’ont jamais eu de désaccord profond, là où les mauvaises langues prédisaient l’implosion du binôme. Pour les habitants, un adjoint, aussi efficace soit-il, n’est pas le maire : c’est lui qu’on appelle en premier, tout le temps.

En 2026, une quinzaine de communes ont été recensées avec deux élus se partageant l’écharpe de maire, souvent dans des territoires ruraux et de petite taille.

Ce que la loi du 22 décembre 2025 n’a pas fait

Le Code général des collectivités territoriales ne reconnaît qu’un seul maire par commune. Le partage pratiqué à Villeneuve-lès-Maguelone repose sur la délégation des attributions du maire à son premier adjoint. Seul Noguès signe les arrêtés en titre. Ce que les deux élus ont construit ensemble n’a pas de nom dans les textes.

La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025, portant création d’un statut de l’élu local, a revalorisé les indemnités des maires des communes de moins de 20 000 habitants, entre 4 % et 10 % selon les strates. Elle n’a pas modifié le principe d’unicité de la fonction. Aucun parlementaire ne porte aujourd’hui de projet de loi en ce sens.

Gilbert Neger, docteur en droit public à l’université Côte-d’Azur, a publié en mars 2026 un plaidoyer en faveur d’une réforme, jugeant l’évolution techniquement réalisable et démocratiquement souhaitable. Il cite un précédent : la loi du 17 mai 2013 instaurant l’élection des conseillers départementaux en binôme paritaire, validée par le Conseil constitutionnel. Un dispositif similaire pourrait, selon lui, ouvrir la voie à des co-maires paritaires. Le sénateur de l’Hérault Christian Bilhac n’est pas convaincu, rappelant que selon Clemenceau, pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes — et que trois, c’est déjà trop. Olivier Noguès et Virginie Martos-Ferrara, eux, appellent explicitement à une réforme du CGCT.



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