Une pluie d’investissements étrangers en France

Le sommet Choose France bat son record : plus de 70 Md€ annoncés le 1er juin à Versailles. SoftBank, EDP, Foxconn... mais le nombre de projets chute de 17 % en un an.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, SoftBank a annoncé 75 milliards d’euros d’investissements dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle en France, dont 45 milliards d’ici à 2031 dans les Hauts-de-France. Le groupe japonais, l’un des plus grands fonds d’investissement technologique au monde, est dirigé par Masayoshi Son. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a indiqué s’être rendu à Tokyo avec Emmanuel Macron pour convaincre le milliardaire d’orienter ses capitaux vers l’Hexagone.

Le premier site retenu est l’ancienne centrale thermique de Bouchain, dans le Nord, où EDF a désigné SoftBank pour installer un centre de données de 400 MW, l’équivalent en consommation électrique d’une ville de taille moyenne. Deux autres emplacements complètent la première phase : Dunkerque, sur la commune de Loon-Plage, et Le Bosquel, dans la Somme. Schneider Electric prendra en charge le design et la fourniture de l’ensemble des équipements ; une usine de modules préfabriqués sortira de terre sur le port de Dunkerque.

A LIRE AUSSI
Michelin dégraisse en France, les marchés applaudissent

La capacité totale prévue pour cette première phase atteint 3,1 GW, avec une montée en puissance possible jusqu’à 5 GW. SoftBank a par ailleurs engagé plus de 30 milliards de dollars dans OpenAI, le concepteur de ChatGPT, dont il est à la fois actionnaire et client.

Ces annonces ont été faites dans le cadre de Choose France, sommet annuel organisé depuis 2018 à l’initiative d’Emmanuel Macron pour attirer des investisseurs étrangers. La 9e édition se tient lundi 1er juin au château de Versailles, devant quelque 200 dirigeants venus de près de 50 pays.

De l’éolien aux puces électroniques : les autres projets

EDP, Energias de Portugal, officialisera lundi 1,3 milliard d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables. Le groupe portugais agit en partenariat avec le français Engie, au sein d’Ocean Winds, une coentreprise détenue à parts égales par les deux groupes et dédiée à l’éolien en mer. Les projets concerneront notamment l’éolien offshore.

Dans la Gironde, une usine de semi-conducteurs prend forme au Barp. Portée par Thales, Radiall et le taïwanais Foxconn, elle était annoncée en 2025 à 250 millions d’euros. Le chiffre confirmé lundi est de 450 millions. L’objectif fixé : produire plus de 100 millions de composants électroniques miniaturisés, dits SiP, pour System in Package, des puces intégrant plusieurs fonctions dans un boîtier unique, par an d’ici à 2031, pour la défense, l’aéronautique, les télécoms et l’automobile. La production doit démarrer dès 2029. L’Élysée a par ailleurs laissé entendre que des annonces pourraient intervenir sur les terres rares et les aimants permanents, deux matériaux critiques pour la transition énergétique et la défense.

Ces annonces prolongent le plan dévoilé le 22 mai par le gouvernement, qui prévoit 1,55 milliard d’euros supplémentaires pour le quantique et les semi-conducteurs dans le cadre de France 2030. Roland Lescure avait prévenu dès le week-end dans l’émission Questions Politiques, sur France Inter, franceinfo et Le Monde : « Cette année, ce sera plus. » Vendredi 29 mai, Emmanuel Macron avait lui-même promis des annonces « formidables » depuis un site industriel près de Châteaudun, en Eure-et-Loir.

Sept ans au sommet, mais un recul qui s’accélère

Le baromètre EY 2026, publié le 21 mai, positionne la France au premier rang européen des destinations d’investissements étrangers pour la septième année consécutive. En 2025, l’Hexagone a recensé 852 projets d’implantation ou d’extension d’entreprises étrangères, contre 730 pour le Royaume-Uni et 548 pour l’Allemagne. Ces projets ont généré près de 28 000 emplois. Depuis 2018, les huit premières éditions de Choose France ont permis d’annoncer environ 87 milliards d’euros d’investissements au total, avant même de comptabiliser l’édition 2026.

Le nombre de projets recule plus vite qu’ailleurs

Le même baromètre EY enregistre un recul de 17 % du nombre de projets d’investissement en France en un an. La baisse est plus prononcée qu’au Royaume-Uni, où elle atteint 14 %, et qu’en Allemagne, où elle s’établit à 10 %. Les implantations industrielles chutent de 15 %, à 354 projets. Les centres de recherche et développement reculent de 47 %.

Les investissements américains et allemands en France ont été divisés par deux depuis 2022. Soixante-neuf pour cent des investisseurs interrogés par EY n’anticipent pas de retour à la stabilité avant deux ou trois ans. L’Espagne, la Pologne, la Roumanie et la Turquie accentuent leur pression pour capter les mêmes projets industriels.

Les annonces faites lors des éditions précédentes de Choose France ne se sont pas toutes concrétisées, sans que le gouvernement ait jamais publié de taux de réalisation.

Bouchain, Dunkerque, Le Bosquel : pourquoi ces sites ?

Le choix de Bouchain n’est pas fortuit. L’ancienne centrale thermique dispose d’une connexion au réseau électrique haute tension et d’un foncier immédiatement disponible, deux critères que les opérateurs de centres de données placent en tête de leurs exigences, dans un marché européen où les sites qualifiés se raréfient.

La France produit l’essentiel de son électricité grâce au nucléaire, ce qui lui permet d’afficher un prix et une empreinte carbone que ses voisins européens peinent à concurrencer à court terme. Pour des installations aussi gourmandes en énergie que les centres de données dédiés à l’IA, cet avantage pèse lourd dans les arbitrages. C’est précisément l’argument que Roland Lescure et Emmanuel Macron ont mis en avant lors de leur déplacement à Tokyo pour convaincre Masayoshi Son.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire