Michelin dégraisse en France, les marchés applaudissent

Pour la 4e fois en 10 ans, Michelin réduit ses effectifs français. 1 500 départs volontaires annoncés ce 28 mai, sur fond de résultats dégradés et de concurrence chinoise.

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Pour la quatrième fois en moins de dix ans, Michelin s’apprête à réduire ses effectifs en France. Le groupe, qui employait 21 000 personnes dans le pays en 2021, n’a cessé de franchir des paliers de suppressions depuis lors. Entre droits de douane américains, concurrence asiatique et charges que la direction juge prohibitives, la production française du pneumaticien clermontois perd de l’argent. Les syndicats n’ont pas encore réagi.

Jusqu’à 1 500 départs, tous volontaires

Le 28 mai 2026, Michelin a réuni les représentants du personnel et les organisations syndicales pour leur présenter un projet d’adaptation des effectifs pouvant concerner jusqu’à 1 500 postes sur trois ans. Le groupe emploie aujourd’hui 17 000 personnes en France. Ces suppressions représenteraient un peu moins de 10 % de ses effectifs dans le pays.

Michelin a choisi de recourir exclusivement à la rupture conventionnelle collective (RCC). Aucun salarié ne recevra de lettre de licenciement contraint. Sur les 1 500 départs envisagés, la direction estime que 60 % prendront la forme de pré-retraites ; les 40 % restants seront des départs volontaires.

Les deux tiers des postes visés concernent des fonctions tertiaires, concentrées à Paris, Clermont-Ferrand et Lille. Un tiers porte sur des emplois industriels, sans ciblage de site particulier, a précisé Olivier Faure-Vauris, directeur du personnel France et Europe du Sud.

Interrogé sur les suites possibles si l’objectif des 1 500 départs n’était pas atteint, la direction a écarté toute mesure complémentaire. Selon le quotidien régional La Montagne, aucun autre dispositif n’est envisagé à ce stade.

RCC ou PSE : deux outils, deux logiques

La rupture conventionnelle collective (RCC) repose sur la candidature volontaire du salarié : l’entreprise ouvre une fenêtre de départ, le salarié choisit d’y répondre ou non. Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), lui, peut désigner nominativement des postes supprimés et déboucher sur des licenciements contraints si les départs volontaires sont insuffisants. Michelin a eu recours aux deux outils ces dernières années selon la nature des opérations menées.

De 21 000 à 17 000 salariés en cinq ans

En janvier 2021, Michelin comptait encore 21 000 salariés en France au lancement de son plan de compétitivité, qui portait sur jusqu’à 2 300 suppressions de postes. Au terme des trois années prévues, 1 600 départs avaient été enregistrés, moins que le plafond annoncé.

Les effectifs français sont redescendus à environ 19 000 salariés fin 2024, avant que la fermeture des usines de Cholet et Vannes n’y retranche 1 254 postes supplémentaires. Ces deux sites, dont la fermeture avait été annoncée en novembre 2024, ont cessé leur activité au plus tard début 2026. Un plan de sauvegarde de l’emploi, un dispositif qui peut comporter des licenciements désignés, avait été signé par les syndicats majoritaires en mars 2025.

Si le plan annoncé ce jeudi atteint son plafond de 1 500 départs, les effectifs français de Michelin tomberaient à 15 500 personnes. En 2021, le groupe en employait 21 000 dans le pays.

Entre 2017 et 2020, Michelin avait déjà supprimé 1 500 postes en France, dans le cadre d’un premier cycle de réduction.

Chiffre d’affaires, volumes, résultat : 2025 en rouge

En 2025, les résultats de Michelin se sont dégradés sur tous les indicateurs. Le chiffre d’affaires a reculé de 4,4 %, à 26 milliards d’euros, avec des volumes en baisse de 4,7 %. Le bénéfice net a chuté de 12 %, à 1,7 milliard d’euros. Le résultat opérationnel des secteurs s’est établi à 2,9 milliards d’euros à taux de change constants, en repli de plus de 14 % par rapport à 2024.

C’est dans ce contexte que la direction a décidé d’ouvrir un nouveau cycle de départs. « Nous devons continuer d’agir pour adapter l’entreprise dans un contexte mondial chaotique et de multiplication des crises », a déclaré Olivier Faure-Vauris. Il a également mis en cause « des coûts du travail et de l’énergie ainsi qu’une pression fiscale beaucoup plus forts qu’ailleurs » pour expliquer la situation française spécifiquement.

Pour 2026, Michelin anticipe un marché du pneumatique stable et prévoit un rebond de ses résultats. En décembre 2023, le groupe avait déjà fermé deux usines en Allemagne, à Karlsruhe et Trèves, et supprimé 1 500 postes outre-Rhin, en invoquant les mêmes arguments de compétitivité.

Les droits de douane américains ont coûté 230 millions d’euros à Michelin

Les États-Unis représentent un tiers du chiffre d’affaires de Michelin, la zone géographique la plus importante pour le groupe. Depuis avril 2025, les exportations vers ce marché sont frappées par des droits de douane de 25 % imposés par l’administration Trump, c’est-à-dire une taxe supplémentaire prélevée à l’entrée des marchandises sur le territoire américain. Cette mesure a coûté 230 millions d’euros à Michelin sur l’exercice 2025. Les volumes vendus en Amérique du Nord ont reculé d’environ 10 % au troisième trimestre.

En réponse, le président du groupe Florent Menegaux a déclaré début 2025 réfléchir à accélérer les investissements aux États-Unis, ce qui réduit mécaniquement les investissements disponibles pour les sites européens.

La pression asiatique est plus ancienne et plus profonde. Devant le Sénat, en janvier 2025, Florent Menegaux avait déclaré que produire des pneus en Europe coûte désormais deux fois plus cher qu’en Asie depuis 2019, et que les activités industrielles de Michelin en France perdent de l’argent. Les pneus fabriqués en Chine sont commercialisés à des prix très inférieurs à leurs équivalents européens, avec des pratiques de dumping, c’est-à-dire une vente délibérément en dessous du coût de production pour conquérir des parts de marché, documentées par les manufacturiers du secteur.

Le 21 mai 2025, la Commission européenne a ouvert une enquête antidumping contre les importations de pneus chinois de voitures particulières, à la demande d’une coalition dont Michelin est membre. Le délai réglementaire est de quatorze mois. Les premières mesures tarifaires protectrices, si elles sont décidées, ne produiront pas d’effets avant 2026-2027 au plus tôt.

Un marché européen du pneu en recul en 2025

Le marché européen du pneu de remplacement tourisme, c’est-à-dire les pneus vendus pour remplacer ceux usés sur les voitures particulières déjà en circulation, a reculé de 2 % sur l’ensemble de 2025, avec 224 millions de pneus vendus. Le quatrième trimestre a été particulièrement difficile, à -5 %. Le segment des pneus pour poids lourds et bus, où Michelin réalise des marges historiquement élevées, a également enregistré un repli sur l’exercice.

Les importations chinoises ont progressé sur chacun de ces segments. Les fabricants européens ont enregistré ce recul de marché, mais Michelin y est particulièrement exposé : son président a lui-même indiqué devant le Sénat, en janvier 2025, que ses activités industrielles en France perdent de l’argent.

Les syndicats avaient signé, tout en protestant

Lors de la signature du PSE Cholet-Vannes, en mars 2025, les trois syndicats majoritaires de Michelin, CFE-CGC (32,4 % des voix aux dernières élections professionnelles), CFDT (27,8 %) et Sud (21 %), avaient paraphé l’accord tout en dénonçant publiquement « le caractère illégitime des licenciements économiques ».

Ce nouveau plan se distingue du précédent sur plusieurs points : il repose sur la RCC plutôt que sur le PSE, il est plus large en volume de postes, et il touche en priorité les fonctions tertiaires, des employés de bureau, de gestion et d’ingénierie, un périmètre plus dispersé géographiquement et syndicalement que les ateliers de production. Les premières réactions formelles des organisations syndicales n’avaient pas été rendues publiques au moment de la publication de cet article.

Composites et acquisitions : Michelin investit hors du pneu

Pendant que ses effectifs français se réduisent, Michelin engage des capitaux dans un nouveau secteur. Fin 2025 et début 2026, le groupe a acquis deux entreprises américaines spécialisées dans les matériaux composites avancés, des matériaux légers et résistants utilisés dans l’aéronautique, la défense ou l’industrie : Cooley Group et Tex Tech Industries. L’objectif affiché est de tirer 20 à 30 % de son chiffre d’affaires d’activités hors pneumatique d’ici 2030, contre une part marginale aujourd’hui.

Le 11 février 2026, au lendemain de la publication des résultats annuels 2025, pourtant en net recul, le titre Michelin a bondi de plus de 5 % en Bourse. Les investisseurs ont salué cette orientation à moyen terme. Ces deux acquisitions ont été réalisées aux États-Unis.



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