Investissements étrangers : la France recule deux fois plus vite que l’Allemagne

Américains et Allemands ont divisé par deux leurs projets en France depuis 2022. Instabilité politique, pression fiscale, énergie trop chère : les raisons d'une désaffection qui s'installe.

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En 2025, la France a recensé 852 projets d’investissements étrangers sur son territoire, c’est-à-dire des décisions d’entreprises étrangères d’ouvrir, d’agrandir ou de déplacer une activité en France. Le Royaume-Uni en a enregistré 730, l’Allemagne 548. Pour la septième année consécutive, l’Hexagone conserve la première place en Europe.

Mais le recul français atteint 17 % par rapport à 2024. Sur la même période, la baisse est de 14 % au Royaume-Uni et de 10 % en Allemagne. La France reste en tête parce que ses concurrents reculent également, et jusqu’ici un peu plus vite qu’elle.

Ce repli s’inscrit dans un mouvement plus large : à l’échelle du continent, les entreprises étrangères ont créé 25 % d’emplois en moins qu’un an auparavant. La France fait mieux que la moyenne européenne, les investissements étrangers y ayant généré près de 28 000 postes en 2025, soit une baisse limitée à 4 % des créations d’emplois par rapport à l’exercice précédent. Ce chiffre mérite un examen attentif de sa composition.

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Quand cinq projets font la moitié des emplois

Sur les 852 projets recensés en France en 2025, 5 % d’entre eux, soit une quarantaine, concentrent la moitié de toutes les créations d’emplois annoncées dans l’année.

Le secteur logistique porte presque seul ce résultat. Le nombre de nouveaux entrepôts et plateformes a reculé de 24 %, mais les emplois rattachés à ces projets ont progressé de 46 %. L’explication tient à quelques méga-sites : Amazon a annoncé 5 000 créations de postes sur ses plateformes du Rhône, de l’Eure-et-Loir et de l’Oise ; le distributeur néerlandais Action prévoit 600 embauches dans l’Oise.

Ces annonces attestent que la France est un emplacement attractif pour de grandes plateformes de distribution desservant le marché européen. Elles ne disent rien sur la capacité du pays à attirer des projets industriels, technologiques ou de recherche : ce sont deux réalités distinctes que les chiffres globaux d’emploi fondent en un seul total.

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La recherche en chute libre, l’industrie sur la défensive

Les projets d’implantation ou d’extension de centres de recherche et développement (R&D) ont chuté de 47 % entre 2024 et 2025. Les emplois liés à ces projets ont reculé dans les mêmes proportions, à 48 %. Ce n’est pas un ajustement ponctuel : la tendance s’inscrit dans deux années consécutives de repli.

Dans l’industrie manufacturière, le tableau n’est pas plus favorable. Le nombre d’usines implantées ou agrandies sur le territoire a reculé de 15 %, à 354 projets en 2025. Mais au-delà du volume, c’est la nature de ces investissements qui retient l’attention : 62 % de l’ensemble des projets étrangers en France, toutes catégories confondues, correspondent à des extensions de sites déjà existants, et non à des constructions nouvelles.

Dans l’industrie manufacturière spécifiquement, ce rapport est encore plus marqué : 87 % des investissements sont des agrandissements d’usines déjà présentes sur le sol français. Les créations d’usines entièrement nouvelles, construites sur des terrains vierges sans activité préexistante, ne représentent plus que 13 % des projets industriels étrangers. Au Royaume-Uni, cette proportion atteint 29 % ; en Allemagne, 32 %. Un chiffre élevé sur ce segment signifie que des entreprises étrangères font le choix d’implanter quelque chose de neuf dans le pays, et non de simplement gérer ce qu’elles y ont déjà. À 13 %, la France attire des gestionnaires de patrimoine industriel existant. Elle peine à attirer des bâtisseurs.

Les Américains et les Allemands ont réduit la voilure de moitié

Depuis 2022, les entreprises américaines et allemandes, qui figuraient depuis deux décennies parmi les premiers investisseurs étrangers en France, ont diminué de moitié leurs projets dans le pays. Ce recul s’est étalé sur plusieurs années.

Les entreprises américaines arbitrent sous l’effet de deux forces simultanées : une prudence accrue vis-à-vis du marché européen en général, et les incitations fiscales massives déployées aux États-Unis depuis 2022, qui poussent les groupes américains à privilégier des investissements sur leur propre sol plutôt qu’à l’étranger. Du côté allemand, les annonces de projets en France ont chuté de 26 % entre 2024 et 2025, une contraction que les entreprises expliquent par la compression de leurs marges, la hausse de leurs coûts de production et le ralentissement de la consommation en Europe.

Ces deux reculs ne portent pas un jugement exclusif sur la France. Le désengagement américain pèse sur l’ensemble du continent européen ; les industriels allemands ont d’abord réduit leurs investissements chez eux avant de le faire à l’étranger. Mais la France en ressent les effets plus fortement qu’ailleurs : les entreprises de ces deux pays représentaient, avant 2022, la source majoritaire des projets étrangers recensés sur le territoire français.

69 % des dirigeants ne voient pas de retour à la normale avant 2027

35 % des dirigeants internationaux interrogés citent la taille et la richesse du marché de consommation français comme premier facteur d’attractivité. 30 % mentionnent la capacité d’innovation et de recherche du pays. 27 % pointent l’accès à une énergie bas-carbone, rendue possible par le parc nucléaire, et la qualité des infrastructures de transport. Ces atouts sont cités spontanément, sans sollicitation particulière.

Ce qui freine, dans l’ordre : la dégradation de la situation économique générale pour 36 % des sondés, l’instabilité politique pour 33 %, le niveau de la pression fiscale pour 30 %, le coût de la main-d’œuvre pour 28 %, le coût de l’énergie pour 27 %.

Ce dernier chiffre pointe une contradiction précise. L’abondance du nucléaire bas-carbone figure parmi les atouts spontanément cités. Le coût de l’énergie apparaît simultanément dans la liste des freins. Plusieurs industriels à la recherche d’un site de production ont indiqué avoir orienté leur décision vers d’autres pays européens, faute de pouvoir obtenir en France un tarif d’électricité garanti sur plusieurs années. L’avantage théorique, une électricité abondante et décarbonée, ne s’est pas encore traduit en avantage concret pour ceux qui doivent signer un contrat.

57 % des décideurs interrogés déclarent avoir l’intention d’investir en France en 2026, soit cinq points de moins que l’année précédente. Et 69 % n’anticipent aucun retour à la normale de la situation politique et économique française avant deux à trois ans. Pour des entreprises qui planifient leurs investissements sur des cycles longs, ce chiffre signifie concrètement qu’elles attendent, et qu’elles attendent encore.

Stabilité politique et tarif énergétique : les deux conditions posées

Les investisseurs internationaux ont formulé des attentes précises. Ils demandent un cap économique stable, défini par-delà les alternances politiques, une orientation lisible sur plusieurs années dont la crédibilité ne dépende pas du résultat d’une élection ou de la composition d’un gouvernement. Ce que les économistes appellent la « politique de l’offre », c’est-à-dire l’ensemble des mesures qui réduisent les coûts et les contraintes pesant sur les entreprises par opposition aux politiques qui soutiennent la demande des ménages, doit selon eux être amplifiée, pas mise en pause.

Sur l’énergie, l’attente est plus opérationnelle : transformer l’avantage du nucléaire en tarif ferme et pluriannuel, accessible aux industriels qui en font la condition de leur implantation. Un directeur de site qui compare plusieurs pays européens et ne trouve pas de contrat énergétique lisible en France oriente son projet ailleurs.

Le recul de 47 % des projets de recherche en un an est l’indicateur dont les effets se liront en dernier. Un laboratoire ou un centre de R&D qu’une entreprise n’installe pas en France en 2025 n’y sera pas davantage présent dans dix ans. Les statistiques d’emploi de cette année n’en portent pas encore la trace, mais elles le feront.

Source : Baromètre de l’Attractivité de la France publié par EY (Ernst & Young)



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