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- L’emploi salarié privé : cinq trimestres dans le rouge
- Hommes, jeunes, chômeurs de longue durée
- Taux d’emploi au plus haut, chômage en hausse : pourquoi les deux à la fois
- Au-delà du taux officiel : 16,9 % des actifs dans une situation contrainte
- Apprentissage en chute, bâtiment sinistré
- 2027 : l’objectif à 5 % n’a plus de trajectoire crédible
- « Zéro chômeur », sanctions allégées : les réponses en débat
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage français a atteint son niveau le plus élevé depuis cinq ans. La progression est lente, régulière, et ne s’explique pas par un seul choc. Derrière le chiffre officiel, cinq trimestres consécutifs de recul de l’emploi salarié privé dessinent une autre réalité. L’objectif de plein emploi affiché pour 2027 suppose un retournement que rien, dans les données disponibles, ne laisse entrevoir.
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage en France s’est établi à 8,1 % de la population active, selon les données publiées par l’INSEE. C’est 0,2 point de plus qu’au trimestre précédent, 0,7 point de plus qu’il y a un an. En volume, 2,6 millions de personnes sont sans emploi au sens du Bureau international du travail, c’est-à-dire actives, disponibles et à la recherche d’un travail, selon la définition retenue pour les comparaisons européennes.
Ce niveau est le plus élevé depuis le premier trimestre 2021. Au premier trimestre 2023, le taux avait touché 7,1 %, son plancher depuis plusieurs décennies. Depuis, il a progressé de près d’un point.
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L’emploi salarié privé : cinq trimestres dans le rouge
Le secteur privé a perdu 11 400 postes salariés entre janvier et mars 2026, soit un recul de 0,1 %. Ce chiffre s’inscrit dans une série qui dure depuis cinq trimestres : chacun d’eux a enregistré une perte nette. Sur un an, l’emploi salarié privé a reculé de 0,3 %, ce qui représente environ 64 400 postes perdus, dans les secteurs marchands comme non marchands.
L’intérim suit la même trajectoire : -0,3 % sur le trimestre, -0,7 % sur un an. L’emploi total, salariés et indépendants confondus, reste quant à lui quasi stable, avec +16 000 postes sur le trimestre et +32 400 sur un an. Ce solde positif tient aux travailleurs indépendants, auto-entrepreneurs et professions libérales, pas au salariat privé. Pourquoi le chômage monte-t-il alors ? Une partie de la réponse tient à une réforme administrative entrée en vigueur en janvier 2025, dont les effets sur les statistiques seront détaillés plus loin.
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Hommes, jeunes, chômeurs de longue durée
La hausse du chômage frappe inégalement. Les hommes portent l’essentiel de la dégradation : leur taux atteint 8,5 % au premier trimestre 2026, en hausse de 0,3 point sur le trimestre et d’un point sur un an, au plus haut depuis début 2021. Chez les hommes de 25 à 49 ans, il s’établit à 7,7 %, contre 6,9 % pour les femmes du même groupe d’âge. Pour les femmes toutes tranches confondues, la progression annuelle est de 0,3 point, à 7,7 %.
Les jeunes de 15 à 24 ans affichent un taux de 21,1 %, en hausse de deux points sur un an, malgré un léger recul de 0,4 point sur le seul dernier trimestre. Les seniors restent relativement épargnés : 5,2 %, +0,1 point sur le trimestre.
626 000 personnes sont au chômage depuis au moins un an, ce qu’on appelle le chômage de longue durée. Ce chiffre représente 2,0 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,3 point sur un an. Cette progression concerne presque exclusivement les hommes.
13,1 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études au premier trimestre 2026, une part en hausse de 0,4 point sur un an. Par rapport à fin 2019, avant la crise sanitaire, l’indicateur a progressé de 0,9 point.
Ces jeunes n’apparaissent pas dans les statistiques du chômage officiel, puisqu’ils ne cherchent pas activement de travail ou ne se déclarent pas disponibles immédiatement. 846 700 nouveaux contrats d’apprentissage ont été signés en 2025, en baisse de 4,9 % sur un an, une des explications de ce décrochage développée dans la section suivante.
Taux d’emploi au plus haut, chômage en hausse : pourquoi les deux à la fois
Le taux d’emploi des 15-64 ans s’établit à 69,5 % au premier trimestre 2026, tout près de son plus haut historique depuis 1975. Le taux d’activité, la part des personnes en âge de travailler qui occupent un emploi ou en cherchent un activement, atteint 75,6 %, un record absolu depuis cinquante ans.
La loi pour le plein emploi, entrée en vigueur en janvier 2025, a rendu obligatoire l’inscription à France Travail pour les bénéficiaires du RSA et pour les jeunes de 15 à 29 ans. Avant cette réforme, seulement 45 % des bénéficiaires du RSA déclaraient être inscrits auprès de l’opérateur public. Des centaines de milliers de personnes, jusqu’alors invisibles des statistiques, sont donc entrées dans la catégorie des actifs en recherche d’emploi, et puisqu’elles sont sans emploi, elles ont fait mécaniquement monter le taux de chômage.
L’INSEE a quantifié l’effet : les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans représentent 0,36 point sur les 0,80 point de hausse cumulée du chômage sur cinq trimestres, soit près de la moitié. L’autre moitié reflète une dégradation indépendante de tout effet d’inscription.
Au-delà du taux officiel : 16,9 % des actifs dans une situation contrainte
Le taux de 8,1 % ne compte que les personnes sans emploi, disponibles et cherchant activement du travail. Deux autres catégories complètent ce tableau.
La première regroupe ce que l’INSEE appelle le « halo du chômage » : des personnes qui souhaiteraient travailler, mais ne sont pas comptabilisées comme chômeuses parce qu’elles n’ont pas cherché activement de travail ces dernières semaines ou ne sont pas disponibles immédiatement. Ce halo représente 1,8 million de personnes au premier trimestre 2026, en recul de 62 000 sur le trimestre. La seconde catégorie est le sous-emploi : les personnes qui ont un emploi mais voudraient travailler davantage, à temps partiel subi par exemple. Ce taux atteint 4,4 %, en hausse de 0,2 point sur un an.
En additionnant chômeurs, halo et sous-emploi, l’INSEE établit que 16,9 % des personnes présentes sur le marché du travail sont dans une situation contrainte.
Apprentissage en chute, bâtiment sinistré
846 700 nouveaux contrats d’apprentissage ont été signés en 2025, une baisse de 4,9 % sur un an. C’est la première baisse enregistrée depuis dix ans, après une décennie de progression portée par des aides publiques massives. Deux décisions budgétaires expliquent ce recul : la suppression de l’aide exceptionnelle à l’embauche d’apprentis pour les grandes entreprises, et sa réduction de 6 000 à 5 000 euros pour les PME. L’INSEE avait anticipé la disparition de 65 000 contrats en alternance entre fin 2024 et fin 2025, autant de jeunes qui, sans contrat, se sont retrouvés sans emploi ni formation, contribuant directement aux deux points de hausse du chômage des 15-24 ans sur un an.
Dans la construction, l’emploi salarié a reculé de 1,2 % sur un an au premier trimestre 2026, soit 15 300 salariés en moins. L’intérim dans le secteur chute de 4,8 %. Le bâtiment avait déjà perdu 30 000 postes en 2024, c’est sa troisième année consécutive de récession. Les projections de recrutement tous secteurs confondus pour 2026 sont en baisse de 6,5 %, à un peu plus de 2,2 millions.
2027 : l’objectif à 5 % n’a plus de trajectoire crédible
L’OFCE prévoit une croissance du PIB de +0,7 % en 2026. « Cela reflète la croissance, qui patine à moins de 1 %, ce qui n’est pas suffisant pour créer des emplois, et le retrait des politiques publiques de soutien à l’emploi comme l’apprentissage », a déclaré Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE.
Emmanuel Macron a fixé l’objectif d’atteindre le plein emploi, conventionnellement défini à 5 % de chômage, d’ici 2027. La Banque de France prévoit un taux moyen de 8 % sur l’ensemble de l’année 2026. L’OFCE anticipe 8,2 % à la fin de l’année, contre des estimations initiales tablant sur 7,8 % pour 2026. « La poursuite d’une dégradation continue, sans être explosive », a indiqué Mathieu Plane.
« Zéro chômeur », sanctions allégées : les réponses en débat
La proposition de loi visant à pérenniser le dispositif « Territoires zéro chômeur de longue durée » a été adoptée le 3 juin 2026 par la commission des affaires sociales du Sénat. Elle sera examinée en séance publique le 9 juin. Expérimental depuis 2016, ce dispositif oriente des chômeurs de longue durée vers des entreprises à but d’emploi financées par une réorientation des aides sociales existantes, c’est-à-dire que l’argent qui aurait été versé en allocations sert à financer des postes de travail.
En juin 2025, France Travail a profondément modifié son régime de sanctions : le nombre de radiations, ces exclusions temporaires de la liste des demandeurs d’emploi, est passé de 45 000 à 2 700 par trimestre. Davantage de personnes restent ainsi inscrites, ce qui contribue à maintenir les chiffres de France Travail à un niveau élevé : l’opérateur recense 5 728 000 demandeurs d’emploi en recherche active ou partielle, dont 3 295 100 sans aucune activité. Ces chiffres, plus larges que le taux BIT de 8,1 %, mesurent les inscrits administratifs, pas seulement ceux qui répondent à la définition internationale du chômage.


