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À partir du 19 mai 2026, Lufthansa Group supprime la gratuité du bagage cabine sur l’ensemble de ses lignes européennes, rejoignant Air France-KLM dans un mouvement de fond que le Parlement européen a voté pour interdire, sans pouvoir l’empêcher avant 2028.
Le 28 avril 2026, Lufthansa Group a ouvert à la réservation un nouveau tarif d’entrée en classe économique, baptisé « Economy Basic », qui n’inclut plus qu’un petit bagage personnel, sac d’ordinateur ou petit sac à dos, à glisser sous le siège. La valise cabine standard, celle que les passagers rangent dans les coffres au-dessus des sièges, devient une option facturée à partir d’environ 15 euros. Le tarif s’applique à partir du 19 mai 2026 sur l’ensemble des lignes européennes du groupe : Lufthansa, Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines, Discover Airlines, Lufthansa City Airlines et Air Dolomiti.
Quatre niveaux tarifaires coexistent désormais en classe économique sur ces compagnies. Les bagages en soute restent disponibles, mais sous forme d’options payantes distinctes.
« Le nouveau tarif Basic offre par exemple aux voyageurs d’un jour une option supplémentaire à un prix d’entrée de gamme attractif », a indiqué Brussels Airlines dans sa communication officielle. Le groupe allemand, lui, parle d’une « structure tarifaire améliorée » permettant « un choix clair et transparent, adapté aux besoins individuels ».
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Air France, KLM, Transavia : le terrain était préparé
Lufthansa n’est pas le premier grand groupe européen à franchir ce pas. Transavia France l’a fait dès le 3 avril 2024 ; la compagnie, qui se présentait alors comme « la seule low cost à offrir ce service gratuitement », a rendu le bagage cabine payant à partir de 15 euros par trajet, pour des dimensions maximales de 55×40×25 cm.
Air France et KLM ont suivi le 1er juillet 2025, en introduisant un tarif Basic sur dix lignes moyen-courrier : Helsinki, Tunis, Athènes, Vienne, Dublin, Stockholm, Munich, Turin, Florence et Prague. Sur ces routes, le billet le moins cher ne comprend plus qu’un bagage personnel de 40×30×15 cm. La valise cabine standard y est facturée à partir de 15 euros par vol. Le groupe franco-néerlandais a indiqué avoir vocation à étendre ce tarif à d’autres lignes.
En deux ans, sans concertation formelle, les trois principaux groupes aériens européens ont adopté la même architecture tarifaire.
3,5 milliards pour Ryanair seul
Les chiffres expliquent pourquoi aucune compagnie ne reviendra en arrière. En 2024, les sept principales low cost européennes, Ryanair, easyJet, Wizz Air, Vueling, Eurowings, Transavia et Volotea, ont encaissé collectivement plus de 10 milliards d’euros grâce aux seuls frais de bagages cabine, sur environ 390 millions de bagages facturés.
Ryanair a transporté 1,11 million de vols cette année-là. Elle a facturé 156 millions de bagages cabine, pour 3,5 milliards d’euros de recettes. easyJet arrive en deuxième position avec 2,2 milliards d’euros. Wizz Air et Vueling dépassent chacune un milliard. Eurowings en retire 650 millions d’euros, Transavia plus de 450 millions d’euros, Volotea environ 200 millions d’euros.
Le calcul par vol est plus parlant encore. Le surcoût en kérosène lié à 120 bagages cabine ne dépasse pas 156 euros. À 25 euros l’unité, la recette potentielle monte à 3 000 euros, soit un bénéfice net de près de 2 850 euros par vol. Les frais de bagage représentent jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires des low cost européennes. À l’échelle mondiale, les revenus dits « ancillaires », bagages, choix de siège, services à bord, programmes de fidélité, ont atteint 148,4 milliards de dollars en 2024, puis 157 milliards de dollars en 2025, selon les données d’IdeaWorksCompany et CarTrawler.
Ce que Delta a lancé en 2012
Le tarif Basic Economy sans bagage cabine a été inventé aux États-Unis. Delta Air Lines l’a lancé dès 2012, avant de l’étendre à l’ensemble de ses lignes domestiques en 2017. United Airlines, American Airlines et JetBlue ont suivi.
En avril 2026, les quatre grands transporteurs américains, American, Delta, United et Southwest, ont relevé simultanément leurs frais de bagages. American Airlines facture désormais jusqu’à 55 dollars pour le premier bagage en soute en tarif Basic Economy. United Airlines monte jusqu’à 75 dollars à la porte d’embarquement pour un bagage cabine non déclaré.
L’Europe suit ce chemin avec un décalage d’environ une décennie. Rien dans la trajectoire américaine ne suggère un plafonnement spontané des tarifs.
L’Europe dit non
Le 21 janvier 2026, le Parlement européen a adopté en séance plénière, par 632 voix pour, 15 contre et 9 abstentions, une position imposant la gratuité des bagages en cabine pour tous les passagers européens, y compris sur les low cost. Le texte prévoit qu’un article personnel de 40×30×15 cm et un bagage cabine dont les dimensions cumulées ne dépassent pas 100 cm et le poids 7 kilogrammes soient inclus dans tout billet, sans supplément.
Le texte va plus loin que les bagages. Il maintient le seuil d’indemnisation pour retard à trois heures, entre 300 et 600 euros selon la distance, impose l’envoi d’un formulaire prérempli sous 48 heures en cas de perturbation, et ouvre aux familles accompagnant des enfants de moins de 14 ans le droit d’être assises ensemble sans frais supplémentaires. « Le Parlement est prêt à poursuivre le combat en faveur de règles plus claires et plus prévisibles pour les compagnies aériennes et d’un secteur de l’aviation plus fort, mais pas au détriment des passagers », a déclaré le rapporteur Andrey Novakov, eurodéputé PPE bulgare.
La proposition est bloquée au Conseil de l’Union européenne. Les États membres, sous la pression d’un lobbying intense des compagnies aériennes, proposent de relever le seuil d’indemnisation à quatre à six heures de retard et s’opposent à plusieurs amendements du Parlement. Les négociations interinstitutionnelles ont échoué en décembre 2025, forçant le Parlement à adopter sa position en deuxième lecture. Un accord politique pourrait intervenir au mieux à mi-2026. Une entrée en vigueur effective des nouvelles règles n’est pas attendue avant 2028. D’ici là, les compagnies continuent.
La transparence à 0,6 %
Lufthansa présente son nouveau tarif comme un progrès pour le consommateur : mieux vaut payer ce qu’on utilise que financer dans son billet des services dont on n’a pas besoin. L’argument est cohérent pour le passager qui voyage avec un sac à dos. Il l’est moins pour celui qui ignore, au moment de la réservation, que son bagage cabine lui coûtera 15 euros supplémentaires, ou davantage.
Une enquête réalisée par Euronews en décembre 2025 a vérifié 338 vols Wizz Air affichant un tarif bagage cabine minimum de 10 euros. Ce prix n’était effectivement disponible que deux fois sur les 338 vols testés, soit 0,6 % des cas. Le tarif plancher affiché par les compagnies et le tarif réellement applicable au moment de l’achat divergent de façon quasi systématique.
La réglementation européenne ne résoudrait pas entièrement ce problème. Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners, a indiqué : « Si le bagage optionnel devient gratuit, il va être réintégré dans le prix du billet. Ce dernier va augmenter d’autant de manière très logique. » Le passager paierait autant, sans le savoir.


