Maroc : le prince Moulay Hassan prend le pouvoir

En moins de quatre mois, Moulay Hassan a reçu Xi Jinping, dîné avec Macron et présidé la CAN 2025. Le futur roi du Maroc construit sa légitimité internationale à marche forcée.

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Le communiqué du Cabinet Royal est daté du 2 mai 2026. Mohammed VI y nomme son fils Moulay Hassan coordinateur des Bureaux et Services de l’État-Major Général des Forces Armées Royales. Le texte officiel prend soin de le préciser : c’est le poste qu’occupait Mohammed VI lui-même à partir de 1985, après y avoir été nommé par son père Hassan II. La symétrie n’est pas fortuite.

Cette nomination clôt une séquence militaire entamée neuf mois plus tôt. Le 31 juillet 2025, à Tétouan, lors de la cérémonie de prestation de serment de la promotion « Sultan Ahmed Al-Mansour Al-Dahbi », le prince héritier avait été promu colonel-major au sein des Forces Armées Royales. Première apparition en uniforme officiel des forces terrestres, premiers insignes portés en public. Depuis son adolescence, il est colonel dans la Garde royale, dans l’Armée et dans les Forces royales air. La progression est méthodique, grade après grade, depuis des années.

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Le roi malade, le fils présent

Mohammed VI souffre de sarcoïdose, une maladie inflammatoire rare affectant principalement les poumons, et d’arythmie cardiaque. Il a subi deux opérations du cœur en France, en 2018 puis en 2020. Le 8 décembre 2024, une chute lors d’une activité sportive lui a causé une fracture de l’humérus gauche. L’opération a été réalisée à la Clinique du Palais Royal de Rabat. L’épaule a été immobilisée quarante-cinq jours, suivie d’une rééducation que le Palais confirmait encore en cours en février 2025, avec des contraintes sur les mouvements et les positions au point d’adapter le programme officiel du Ramadan.

Thierry Oberlé, ancien chef du service international du Figaro et spécialiste du Maghreb, a déclaré : « Le roi est malade, il est même gravement malade. Ça se voit : il apparaît amaigri, affaibli, vieilli. Lorsque des images de ses obligations officielles sont diffusées, son fils est toujours à ses côtés, craignant qu’il tombe. » Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et auteur du Maroc de Mohammed VI. La transition inachevée, a indiqué en novembre 2024 : « Les Marocains s’inquiètent de la santé de Mohammed VI depuis près de dix ans. La question de la succession est évoquée depuis longtemps. »

Moulay Hassan a 22 ans depuis le 8 mai 2025. La Constitution marocaine prévoit un Conseil de Régence jusqu’aux 20 ans révolus du souverain. Ce seuil est dépassé. Aucun tuteur institutionnel ne serait requis.

Rabat, Pékin, Paris : trois mois de diplomatie

Le 21 décembre 2025, c’est Moulay Hassan qui a présidé la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations au Stade Prince Moulay Abdellah à Rabat, en l’absence de Mohammed VI. Il était encore présent lors du premier match, Maroc-Comores, victoire marocaine deux buts à zéro, sous les acclamations d’une tribune royale pleine.

Malik Boumediane, auteur d’un ouvrage sur la doctrine royale marocaine, a déclaré : « Envoyer Moulay Hassan représenter le roi à la CAN, c’est une action diplomatique de communication. Ça permet de donner une plus grande visibilité au prince héritier auprès de tous les chefs d’État africains. »

Deux mois plus tôt, en octobre 2024, le prince était aux côtés de Mohammed VI pour accueillir Emmanuel Macron lors de sa visite d’État au Maroc, première visite présidentielle française depuis plusieurs années de tensions diplomatiques. Il a partagé le dîner officiel avec le chef de l’État français. En novembre 2024, il recevait seul le président chinois Xi Jinping lors d’une visite privée, Mohammed VI étant absent. En moins de quatre mois, il avait dîné avec Macron, reçu Xi, et présidé la plus grande compétition sportive du continent africain.

Gouvernance plutôt que droit

Hassan II avait étudié le droit. Mohammed VI aussi. Moulay Hassan a choisi la gouvernance et les relations internationales à la Faculté de Gouvernance, Sciences Économiques et Sociales de l’Université Mohammed VI Polytechnique. Il y conduit en parallèle un cycle doctoral en sciences politiques et relations internationales, complété par des cours de droit à l’Université Mohammed V de Rabat. Son professeur particulier en économie est Noureddine Bensouda, Trésorier Général du Royaume.

Il a obtenu son baccalauréat en 2020, filière Sciences économiques et sociales option internationale, mention très bien, une session passée sous le poids d’un agenda protocolaire déjà chargé. Il parle arabe classique, darija, français, anglais et espagnol.

Deux absences sont régulièrement signalées par des observateurs militaires : aucune formation à l’étranger, aucun passage par l’Académie royale militaire de Meknès. Mohammed VI avait effectué des séjours d’études en France. Moulay Hassan non. C’était, d’une certaine façon, un souhait paternel : en 2004, Mohammed VI avait déclaré « Je ne veux pas que mon fils soit forgé à mon image, mais qu’il se forge sa propre personnalité. »

Le geste de la mosquée

Les rares observateurs qui ont approché Moulay Hassan de près s’accordent sur quelques traits. L’accompagnateur d’un ancien dirigeant européen, cité par El Confidencial, a décrit « un jeune homme bien éduqué, froid, taciturne, peut-être un peu timide, qui ne déborde pas de sympathie, a du mal à sourire, mais reste courtois ». Des analystes politiques le qualifient, eux, d’« homme droit et sérieux qui inspire confiance ».

Une vidéo de 2023 a circulé dans les cercles marocains. À la sortie de la mosquée Hassan II à Casablanca, le ministre des Affaires islamiques s’était trop rapproché du roi dans le cortège. Moulay Hassan l’a remis en place d’un geste de la main, rapide, sans un mot. Le geste a été analysé longuement.

Il vit avec sa mère, la princesse Lalla Salma, et sa sœur Lalla Khadija au palais Dar Es Salam, à Rabat. Le divorce de ses parents, officialisé en 2018, l’a marqué, selon plusieurs sources. Sur Instagram, plus de dix profils non officiels lui sont consacrés, certains suivis par plus de 200 000 abonnés. Sur TikTok, ses vidéos atteignent régulièrement 1,5 million de vues, sans qu’il publie lui-même quoi que ce soit.

Ce qui attend le prochain règne

La co-organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal sera l’un des premiers chantiers à grande visibilité. Moulay Hassan a déjà inauguré le Stade Prince Moulay Abdellah à Rabat, homologué aux normes FIFA, qui a accueilli la CAN 2025.

En septembre 2025, des manifestations ont éclaté à Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech. Des milliers de jeunes Marocains dénonçaient la vie chère, le chômage et l’absence de perspectives. La popularité numérique du prince auprès de cette même génération ne règle pas l’équation sociale que son père laissera ouverte.

L’article 43 de la Constitution de 2011 est sans ambiguïté : la Couronne se transmet au fils aîné en ligne directe. Moulay Rachid, frère cadet de Mohammed VI et oncle du prince héritier, âgé de 54 ans, représente régulièrement le roi lors de sommets internationaux. Certains analystes envisagent un rôle de régent informel en cas de transition rapide, compte tenu du manque d’expérience gouvernementale concrète du prince. La Constitution ne le prévoit pas. Elle ne l’interdit pas non plus. Et comme l’écrit très justement Pierre Vermeren : « Personne ne sait vraiment comment un homme réagira une fois au pouvoir absolu. »



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