Sahara occidental : la frappe marocaine qui relance l’escalade militaire

Le Maroc a tué par frappe de drone Lahbib Abdelaziz, 37 ans, cadre militaire du Polisario et fils de l'ex-leader sahraoui, aggravant la crise diplomatique au Sahara occidental.

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Le Maroc a tué dimanche Lahbib M. Abdelaziz, 37 ans, cadre militaire du Front Polisario et fils de l’ancien leader sahraoui Mohamed Abdelaziz, lors d’une attaque par drone menée dans le territoire disputé du Sahara occidental. Deux autres combatants sahraouis ont péri dans la même opération, selon un communiqué du Front Polisario. Le Maroc n’a pas confirmé l’action militaire.

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La coïncidence est troublante. L’attaque est intervenue alors que Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara occidental, se trouvait dans les camps de réfugiés de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, quartier général du Polisario. De Mistura tente depuis plusieurs semaines de relancer les pourparlers entre Rabat et le mouvement indépendantiste, des négociations engagées sous impulsion américaine en février dernier à Madrid, mais suspendues depuis que le Polisario a bombardé une base militaire marocaine à Smara, dans le nord-est du Sahara occidental, début mai. Face à cette escalade, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a décrété trois jours de deuil national.

Le fils du fondateur, futur chef en devenir

Lahbib M. Abdelaziz n’était pas un cadre ordinaire. Marié et père de trois enfants, il cumulait les fonctions de commandant de la brigade de réserve et de membre du secrétariat national du Front Polisario. Titulaire d’un diplôme en relations internationales et d’une formation militaire reçue en Algérie, il avait aussi exercé les fonctions de directeur de la Formation et du Développement au sein de l’organisation. La classe politique et militaire sahraouie voyait en lui l’héritier naturel du legs de son père, un homme capable de tenir les camps de réfugiés où vivent dans des conditions précaires des dizaines de milliers d’exilés sahraouis, tout en assurant la continuité d’un leadership traditionnel fragilisé par les tensions tribales à Tindouf.

Sa trajectoire au sein du Polisario était en accélération constante. Lors du congrès de janvier 2023, il avait été élu membre de la Secrétairerie générale, un organe de 28 membres, et intégré la Commission de la défense. En 2024, le leader actuel du Front, Brahim Ghali, l’avait nommé commandant de la brigade de réserve, un geste que les observateurs avaient lu comme la consécration de son poids croissant dans les sphères politique et militaire du mouvement.

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Un conflit figé depuis 2020, au bord de l’embrasement

La frappe s’est produite près du mur de sable qui sépare les 80 % du territoire sahraoui sous contrôle marocain des 20 % tenus par les indépendantistes. Elle survient dans un contexte de tensions qui ne cessent de s’aggraver depuis que le Polisario a rompu unilatéralement, en novembre 2020, le cessez-le-feu conclu en 1991. L’attaque contre la base d’Esmara en mai avait suscité des condamnations de la France, de l’Espagne et de l’Union européenne. En réponse, Brahim Ghali avait adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, affirmant que les opérations du Polisario contre les positions militaires marocaines relevaient de la légitime défense.

Son père, Mohamed Abdelaziz, avait consacré quarante ans de sa vie à la cause sahraouie. Parvenu à la tête du Polisario en 1976, l’année même où l’Espagne se retirait du Sahara occidental, il avait déclaré la guerre au Maroc et à la Mauritanie tout en accompagnant l’exil de dizaines de milliers de Sahraouis vers les plaines arides de Tindouf. Il était mort en 2016 à 68 ans, des suites d’un cancer du poumon. Son fils avait hérité de son nom et, aux yeux de nombreux Sahraouis, de sa légitimité. Un tir de drone a tranché cette continuité.



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