Comment la Chine s’apprête à croquer Trump

Trump pose le pied à Pékin les 14 et 15 mai sans victoire militaire, sans coalition et avec 62 % de désapprobation dans les sondages américains. Xi Jinping n'a pas eu à lever le petit doigt.

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C’est Trump qui a appelé Pékin pour reporter. Le 15 mars 2026, depuis le Bureau ovale, il a demandé à la partie chinoise de repousser d’un mois plus ou moins sa visite initialement prévue du 31 mars au 2 avril, invoquant la guerre au Moyen-Orient : « Je veux être ici à cause de la guerre. » Le 24 mars, la Maison-Blanche a officialisé les dates du 14 et 15 mai, en précisant que Xi Jinping se rendrait à Washington « à une date ultérieure ».

Ce déséquilibre protocolaire, discret en apparence, traduit une réalité opérationnelle : l’administration Trump s’est avérée incapable de conduire simultanément une opération militaire au Proche-Orient et une diplomatie suivie avec la Chine. Trump arrive quand même à Pékin, mais dans des conditions que son équipe n’avait pas anticipées en janvier.

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L’Iran, sans victoire ni accord

Trump avait promis à ses conseillers la chute du régime iranien en deux jours de bombardements intensifs. Il s’était ensuite fixé six semaines. Au moment où il embarque pour Pékin, une trêve fragile, émaillée d’incidents, tient lieu d’accord de paix. Une « paix définitive » doit être négociée dans les trente jours suivant la trêve. Aucun responsable américain n’a défendu publiquement ce calendrier comme réaliste.
Le détroit d’Ormuz reste perturbé. Le brut avait dépassé 115 dollars le baril en mars ; les marchés de l’énergie n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-guerre.

Les alliés du Golfe se sont divisés ouvertement depuis le début du conflit. Plusieurs capitales reprochent à Washington d’avoir suivi la logique de l’extrémisme israélien plutôt que leurs propres intérêts régionaux. Le blocus d’Ormuz a aggravé ces tensions en renchérissant leurs propres importations énergétiques.

Viktor Orbán a perdu les législatives hongroises du 12 avril face au conservateur pro-européen Péter Magyar, qu’il a lui-même félicité par téléphone. Seize ans de pouvoir, et le principal soutien européen de Trump s’en va. Giorgia Meloni a exprimé publiquement son indignation après des attaques répétées visant le pape. Les leaders des droites radicales française et britannique, pourtant en pleine ascension dans leurs pays respectifs, ont pris soin de marquer leurs distances sur le dossier iranien.

Charles III a pris position devant le Congrès américain, un format délibérément choisi pour une audience américaine. Robert Prevost, premier pape de nationalité américaine, a mis en cause la politique de l’administration dans des termes qui résonnent directement auprès de l’électorat catholique des États-Unis. Marco Rubio s’est rendu à Rome dans les jours qui ont suivi, décrit par plusieurs diplomates européens comme « une tentative de limitation des dégâts ». Il n’a pas modifié les positions exprimées.

Le sondage Washington Post–ABC News–Ipsos publié le 3 mai 2026 place le taux de désapprobation de Trump à 62 %, son plus haut niveau depuis le début de son second mandat. Sur le conflit iranien, 66 % des sondés désapprouvent sa gestion. Son approbation sur l’économie est tombée à 34 %, en recul de sept points depuis février. 76 % des répondants désapprouvent sa gestion du coût de la vie.

Xi a regardé

Pendant ces six semaines, la Chine n’a pris aucune initiative offensive. Xi Jinping a laissé la séquence se dérouler.
Le sondage Gallup publié le 2 avril 2026, conduit dans plus de 130 pays, enregistre un basculement inédit : la Chine dépasse pour la première fois depuis vingt ans les États-Unis dans les classements d’approbation mondiale, à 36 % contre 31 %. La désapprobation du leadership américain atteint un record historique de 48 %. Gallup précise lui-même que les données collectées en 2025 « ne tiennent pas encore compte des récentes actions de politique étrangère américaine en 2026, notamment l’attaque contre l’Iran », ce qui laisse entendre que le prochain sondage partira d’une base encore plus dégradée pour Washington.

En février, Trump avait humilié Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale en lui reprochant publiquement de n’avoir aucun atout dans la négociation avec Moscou. C’est Trump qui se présente à Pékin dans cette position.

En avril 2025, Pékin avait imposé des restrictions à l’exportation de sept éléments de terres rares et d’aimants utilisés dans la défense, l’énergie et l’automobile, en réaction aux droits de douane américains. En octobre 2025, ces contrôles ont été étendus à douze matériaux, avec un seuil de 0,1 % de composants d’origine chinoise suffisant pour déclencher l’obligation de licence d’exportation. Le Centre pour la stratégie et les études internationales note que ces matériaux sont « essentiels à l’industrie technologique, de défense et automobile mondiale ». La Chine en contrôle la quasi-totalité de la chaîne de valeur.

Le 30 octobre 2025, en marge de l’APEC à Busan, Trump et Xi ont conclu une trêve commerciale : droits de douane américains ramenés à 47 %, achats chinois de soja américain, suspension pour un an des restrictions sur les terres rares. Trump avait qualifié la rencontre de « grand succès ». Les restrictions sur le gallium, le germanium et l’antimoine ont été suspendues jusqu’au 27 novembre 2026.

Cette date n’a pas été choisie au hasard. La trêve expire juste avant les élections de mi-mandat américaines. Xi sait que Trump a besoin d’une vitrine commerciale avant les midterms. La réactivation des restrictions terres rares reste possible à tout moment.

Boeing, le soja, et la liste de courses

Washington souhaite que Pékin signe un contrat Boeing de grande ampleur. Selon des sources proches des négociations citées par Bloomberg, la Chine finaliserait un accord portant sur environ 500 avions 737 MAX, assorti d’un volet sur une centaine de gros-porteurs 787 et 777X. Ce serait la plus grande commande de l’avionneur américain depuis 2017. Boeing s’est refusé à tout commentaire. Plusieurs sources indiquent à Reuters que « l’accord est toujours en cours de négociation et que plusieurs points d’achoppement n’ont pas été résolus ».

Au-delà de l’aviation, Washington réclame des achats de soja, de volaille et de bœuf américains, ainsi que des ouvertures sur les exportations d’énergie, charbon, pétrole, gaz. En face, Pékin demande des concessions sur les droits de douane. Et sur Taïwan.

Ce que Pékin a déjà obtenu

Le 30 avril 2026, lors de leur premier échange téléphonique depuis le début de la guerre contre l’Iran, Wang Yi a déclaré à Marco Rubio que la question de Taïwan « touche aux intérêts fondamentaux de la Chine et constitue le plus grand facteur de risque dans les relations sino-américaines ». Rubio a confirmé que le sujet serait au menu du sommet.

La Stratégie de défense nationale américaine publiée le 23 janvier 2026 ne mentionne pas Taïwan une seule fois. Les éditions précédentes garantissaient explicitement le soutien à la « défense asymétrique » de l’île. Le CSIS qualifie cette omission de « surprenante ». Taipei en a pris note avec alarme.

La même administration a pourtant approuvé en décembre 2025 un paquet d’armement de 11,1 milliards de dollars à Taïwan, le plus important jamais consenti, ratifié par le parlement taïwanais le 13 mars 2026. Un second contrat, de 14 milliards de dollars, serait prêt côté américain. Sa signature aurait été différée jusqu’après la visite de Trump à Pékin.

Xi connaît ces chiffres. Il sait aussi que Trump a appliqué une logique de zones d’influence dans plusieurs dossiers : la Crimée abandonnée à la Russie, le Groenland et le canal de Panama revendiqués. L’objectif de Pékin est d’obtenir une opposition américaine explicite à l’indépendance de Taïwan, seuil que Washington n’a jamais franchi. Ce pas ouvrirait la voie à une annexion pacifique de l’île sous la présidence de Xi. L’écart entre les deux positions est étroit. Et c’est à Pékin qu’il se mesure.



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