La chute de Maisons du Monde

Maisons du Monde, sous conciliation depuis janvier 2026, cherche un repreneur après l'échec de ses négociations. 7 000 emplois et 330 magasins sont menacés.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Au 9 avril 2026, Maisons du Monde a annoncé le non-aboutissement de ses discussions avec ses partenaires financiers et l’ouverture d’une recherche d’adossement pour assurer la continuité de son activité. L’enseigne née en 1996, qui emploie environ 7 000 collaborateurs, est engagée depuis janvier dans une procédure de conciliation après deux années de dégradation rapide de ses comptes.
Depuis janvier 2026, Maisons du Monde est placée sous procédure de conciliation, après un mandat ad hoc, afin de négocier avec ses créanciers dans un cadre amiable. Le 9 avril, le groupe a indiqué que ces discussions « longues et intenses » avec ses partenaires financiers n’avaient pas abouti en l’état.

L’entreprise doit notamment faire face à une échéance de remboursement de 25 millions d’euros au titre de son prêt syndiqué, attendue le 22 avril 2026. Le 16 avril, elle a aussi reporté la publication de ses résultats annuels 2025 et de son rapport financier annuel, le temps de poursuivre les discussions avec des investisseurs et des industriels potentiels.
En Bourse, le titre a brutalement décroché après ces annonces et est retombé sous l’euro au printemps 2026. Le groupe, qui exploite environ 330 magasins et compte quelque 7 000 salariés, cherche désormais un partenaire capable d’apporter des fonds et de refinancer sa dette.

A LIRE AUSSI
Brandt, le grand gâchis

Des débuts à Brest

L’histoire de Maisons du Monde remonte à 1996, autour de Xavier Marie, entrepreneur brestois passé par la vente porte à porte et plusieurs créations d’entreprise avant 35 ans. À l’origine, il reprend une société de négoce, Mille Choses, puis élabore fin 1995 un concept de magasins de décoration fondé sur des univers inspirés de styles venus du monde entier.
Les quatre premiers magasins ouvrent en 1996 à Quimper, Angoulême, Lyon et Vichy. L’enseigne organise alors ses rayons par ambiances, industriel, exotique, campagne, scandinave, et mise sur une rotation fréquente des collections, à rebours d’un ameublement traditionnel plus statique.

Au début des années 2000, Maisons du Monde étend son réseau dans les zones commerciales françaises, puis ouvre en Espagne avant de s’implanter en Italie, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Allemagne et au Portugal. Au milieu des années 2010, le groupe est devenu une chaîne européenne de plus de 300 magasins, mêlant meubles et décoration dans un format identifiable.

L’argent des fonds

La croissance du groupe attire rapidement les fonds d’investissement. Après un passage sous le contrôle d’Apax Partners et de LBO France, Maisons du Monde est rachetée en 2013 par Bain Capital pour une valorisation d’entreprise d’environ 680 millions d’euros.

Cette séquence financière accompagne une accélération du développement. Le chiffre d’affaires dépasse alors 500 millions d’euros, puis atteint près de 700 millions d’euros en 2015. En 2016, l’enseigne est introduite en Bourse à Paris, avec une valorisation qui approche ensuite les 800 à 900 millions d’euros à son plus haut.
En parallèle, la gouvernance change de nature. Xavier Marie se retire progressivement de l’opérationnel, Gilles Petit prend la direction générale en 2015, puis Julie Walbaum lui succède en 2018 avec une feuille de route centrée sur le digital et la relation client.

Le choc des années 2020

En 2020, la pandémie de Covid-19 ferme pendant près de douze semaines les magasins du groupe en Europe. Sur l’année, le chiffre d’affaires recule de 3,5% à 1,18 milliard d’euros et la société affiche une perte nette de 16,1 millions d’euros.

L’année 2021 apporte un net rebond, avec un chiffre d’affaires record de 1,31 milliard d’euros, porté par la réouverture des magasins et la progression du commerce en ligne. La marketplace est lancée en France en novembre 2020 et le digital prend une place grandissante dans le modèle commercial du groupe.

La dégradation commence en 2022, avec la hausse du coût du fret, des matières premières et de l’énergie, puis le recul de la consommation discrétionnaire des ménages. Le chiffre d’affaires tombe à 1,24 milliard d’euros, en baisse de 5%, et le bénéfice net est ramené à 34 millions d’euros, soit environ moitié moins qu’en 2021.

En 2023, les ventes reculent encore à 1,125 milliard d’euros, soit une baisse de 9,3% sur un an, tandis que le résultat net se contracte à 8,8 millions d’euros. La direction annonce alors un plan de transformation et la fermeture ou le transfert de 40 à 50 magasins d’ici à 2026.

Le plan Polignac

François-Melchior de Polignac, nommé directeur général en 2023, présente en mars 2024 le plan « Inspire Everyday » à horizon 2026. Le programme repose sur deux volets, renforcer le modèle omnicanal et alléger la structure opérationnelle du groupe.

Le premier volet prévoit une offre resserrée, des services enrichis, un nouveau concept de magasin pour certains centres commerciaux et une expérience client davantage pilotée par la donnée. Le second volet passe par la simplification de la chaîne de valeur, l’ajustement local des assortiments, des transferts ou fermetures de magasins et une baisse de l’intensité capitalistique du parc.

Le groupe annonce aussi une réorganisation de ses sièges de Paris et de Nantes, avec la suppression de 91 postes, et une priorité donnée aux départs volontaires. Les économies attendues atteignent 45 millions d’euros en 2024 et s’inscrivent dans une trajectoire de 100 à 120 millions d’euros à horizon 2026.

En octobre 2024, Maisons du Monde lance « Ma Maison du Monde », son premier programme de fidélité structuré à l’échelle européenne. Ce dispositif repose sur trois niveaux, Likers, Lovers et Addicts, définis selon le volume d’achats annuel des clients.

Le groupe met en avant une base de 4,5 millions de clients concernés et promet des avantages différenciés, allant des journées privilèges à la livraison offerte sous conditions et à l’accès à des ventes privées. François-Melchior de Polignac a indiqué à cette occasion qu’un programme de fidélité « solide » était devenu nécessaire pour mieux valoriser la relation avec les clients.

Cette initiative arrive toutefois au moment où les arbitrages de consommation deviennent plus sévères. Les achats d’ameublement et de décoration, moins prioritaires que l’alimentation ou l’énergie, reculent chez de nombreux ménages français à partir de 2023.

Des comptes en forte dégradation

Les résultats 2024 marquent une rupture plus franche. Le chiffre d’affaires annuel tombe à 1,002 milliard d’euros, en baisse de 10,2%, et la perte nette atteint 115,3 millions d’euros.
Le groupe explique ce décrochage par la faiblesse persistante du marché, mais aussi par 81 millions d’euros d’amortissements exceptionnels sur l’actif historique. L’EBITDA courant recule de 30% à 145,3 millions d’euros et la marge EBITDA revient à 14,5%.

En 2025, la baisse se poursuit encore, mais à un rythme moins brutal. Le chiffre d’affaires annuel ressort à 947,3 millions d’euros, en recul de 5,4%, ce qui fait repasser l’enseigne sous le seuil symbolique du milliard d’euros.
Le groupe enregistre néanmoins, au troisième trimestre 2025, son premier trimestre de croissance depuis 2021, avec 224,7 millions d’euros de ventes, soit 4,9% de plus qu’un an plus tôt. Les ventes en magasin progressent de 6,4%, les ventes en ligne de 1,1%, et la décoration fait mieux que le meuble sur cette période.

Le pari de la RSE

Depuis 2010, Maisons du Monde a développé une politique RSE documentée autour de l’approvisionnement, de l’éco-conception, de l’exploitation des magasins et du mécénat environnemental. Cette stratégie s’appuie en particulier sur le bois, matière première centrale pour le groupe.

L’enseigne met en avant un objectif de 80% de meubles en bois issus de sources certifiées ou responsables, via des certifications comme PEFC ou FSC, du bois recyclé et un dispositif de traçabilité développé avec Earthworm Foundation. Pour certaines essences comme le manguier ou le sheesham, des QR codes permettent de remonter jusqu’à la forêt d’origine.

La Fondation Maisons du Monde, créée en 2016, a soutenu 25 projets dans 12 pays en 2024 et a reçu le Grand Prix de la philanthropie 2024 du Groupe Ficade dans la catégorie Préservation. Ces engagements constituent un élément de différenciation commerciale, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à compenser la pression sur les prix et les volumes.

L’équation des prochains mois

À ce stade, la seule donnée certaine est la recherche active d’un adossement auprès d’investisseurs ou d’industriels. Le groupe a indiqué vouloir trouver une solution permettant de financer son activité et la poursuite de son plan de transformation.
Plusieurs médias financiers évoquent, en l’absence d’accord, la possibilité d’une procédure de sauvegarde, mais cette hypothèse n’a pas été annoncée par l’entreprise elle-même. Le sort de Maisons du Monde dépend donc d’abord du résultat des négociations en cours avec d’éventuels repreneurs et des discussions avec les créanciers.

Pour un acquéreur, le dossier présente encore une marque connue, un réseau européen, un portefeuille de plusieurs millions de clients et une identité commerciale forte. En face, il y a une dette à renégocier, un réseau physique coûteux et un marché de l’ameublement qui reste dégradé en 2026.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire