Le milliardaire fondateur de Mango a-t-il été assassiné par son fils ?

Dix-huit mois après la mort d'Isak Andic à Montserrat, son fils Jonathan comparaissait menotté. La justice catalane instruit un possible homicide.

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Le mardi 19 mai 2026, Jonathan Andic a été placé en garde à vue par les Mossos d’Esquadra dans l’enquête sur la mort de son père, Isak Andic, fondateur de Mango, tombé d’une falaise de 150 mètres dans le massif de Montserrat le 14 décembre 2024. Ce qui avait été enregistré comme un accident de randonnée est désormais instruit comme un possible homicide. Jonathan Andic comparaissait menotté devant la juge de Martorell dès 12h45. Derrière la procédure, c’est la succession d’un empire estimé à 4,5 milliards d’euros qui se retrouve placée sous les projecteurs de la justice catalane.

Menotté

Cinq agents des Mossos d’Esquadra escortaient Jonathan Andic lorsqu’il a franchi les portes du Juzgado de Instrucción n° 5 de Martorell, en province de Barcelone, en milieu de matinée ce 19 mai. Devant les enquêteurs, il n’a pas prononcé un mot. Devant la juge d’instruction, assisté de son avocat Cristóbal Martell, il a accepté de répondre aux seules questions de la défense.

La procureure Teresa Yoldi a requis une liberté provisoire sous caution d’un million d’euros, au motif d’un risque de fuite. La juge a suivi. Jonathan Andic peut quitter le tribunal dès le versement de la somme, son passeport confisqué, avec interdiction de quitter l’Espagne et obligation de se présenter chaque semaine devant la justice.

Le secreto de sumario, le secret de l’instruction qui interdisait jusqu’ici toute divulgation publique des pièces du dossier, a été levé dans la foulée. Les éléments réunis par les enquêteurs peuvent désormais être portés à la connaissance des parties et, progressivement, du public.

Jonathan Andic est formellement mis en examen pour possible homicide depuis le 16 octobre 2025. Son arrestation de ce mardi marque le premier acte judiciaire public de cette procédure.

La famille a diffusé un communiqué dans l’après-midi : « Jonathan Andic a été invité à faire une déclaration concernant l’accident du 14 décembre 2024. Il continue de coopérer pleinement avec la procédure judiciaire. La famille est absolument convaincue que ni des preuves légitimes à charge ni des conclusions défavorables ne pourront être retenues contre lui. » Le terme « accident » y apparaît à deux reprises, dans un texte de quatre phrases.

Une version qui n’a pas résisté

Le 14 décembre 2024, Isak Andic et son fils aîné marchaient ensemble dans le massif de Montserrat, à une quarantaine de kilomètres de Barcelone. Ils empruntaient non pas le sentier principal balisé mais un chemin secondaire reliant les grottes de Salnitre, site touristique du parc naturel, au monastère. Les deux hommes n’étaient plus qu’à six minutes du parking quand Isak Andic a chuté. La hauteur de chute est estimée à 150 mètres. Il avait 71 ans.

Dans sa première déposition, Jonathan Andic a déclaré marcher en tête du groupe. Il a dit avoir entendu le bruit de graviers, s’être retourné, et avoir vu son père glisser sur la paroi. Les enquêteurs ont ensuite établi que sa voiture n’était pas garée à l’endroit qu’il avait indiqué.

Sur son téléphone portable, saisi en septembre 2025, des photos prises au cours de la randonnée ont été retrouvées, alors qu’il avait affirmé n’en avoir pris aucune dans cette zone. Entre son audition du 14 décembre 2024 et celle du 31 janvier 2025, des contradictions ont été relevées, sans que leur contenu précis ait été rendu public à ce stade.

Une enquête classée, puis rouverte

En janvier 2025, le parquet avait provisoirement classé l’affaire faute d’indices suffisants. La famille défendait depuis le premier jour la thèse de l’accident et rien, à ce stade, ne permettait de la contredire. Deux mois plus tard, en mars 2025, le tribunal de Martorell rouvrait l’enquête sans communiqué ni annonce publique.

En septembre 2025, le téléphone de Jonathan Andic était saisi. Le 16 octobre 2025, les Mossos d’Esquadra requalifiaient officiellement les faits : Jonathan Andic passait du statut de témoin à celui de mis en examen pour possible homicide. El País et La Vanguardia révélaient l’information le jour même.

Jonathan Andic était seul avec son père au moment de la chute, sur un chemin que les deux hommes empruntaient sans autre compagnon de randonnée. Après le drame, il a passé un premier appel téléphonique à Estefanía Knuth, golfeuse professionnelle et compagne d’Isak Andic depuis six ans, qui ne se trouvait pas sur les lieux. Les secours ont été appelés après elle.

Interrogée dès le soir du 14 décembre 2024 par les enquêteurs, elle a décrit des relations « parfois tendues » entre père et fils. Elle a également évoqué un conflit autour de la succession et de l’héritage, un élément qui, selon les informations disponibles, a pesé dans la décision de rouvrir l’enquête en mars 2025. Son statut exact dans la procédure, simple témoin ou partie civile, n’a pas été précisé par les autorités. Son nom n’apparaît dans aucun communiqué de la famille.

4,5 milliards d’euros en jeu

Isak Andic était né en 1953 à Istanbul, dans une famille juive séfarade. Il avait quitté la Turquie à 14 ans pour s’installer en Catalogne, où il avait ouvert dans les années 1970 une activité d’importation de chemisiers. Forbes estimait sa fortune à 4,5 milliards d’euros au moment de sa mort.

En 2025, Mango a enregistré 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un bénéfice net de 242 millions d’euros, en hausse de 11%, et un EBITDA de 722 millions d’euros. Le groupe compte 2 900 points de vente dans 120 pays, avec 78% du chiffre d’affaires réalisé hors d’Espagne. Il occupe la deuxième place de la mode espagnole, derrière Inditex.

Jonathan Andic et ses deux sœurs, Judith et Sara, détiennent 95% du capital familial via la holding Punta Na Holding SA. Les 5% restants appartiennent à Toni Ruiz, directeur général du groupe et seul actionnaire extérieur à la famille, qui assure la direction opérationnelle au quotidien. Jonathan préside la holding ; Judith y siège comme mandataire, Sara comme secrétaire.

Au conseil d’administration de Mango, Jonathan Andic a occupé plusieurs fonctions au fil des années. Il avait dirigé le groupe au milieu des années 2010, une période que les observateurs qualifient unanimement d’infructueuse. Il avait ensuite pris la tête de la ligne Mango Man avant de quitter ce poste en juin 2025 pour se consacrer à la gestion des actifs patrimoniaux familiaux. Au moment de la mort de son père, il était vice-président du conseil d’administration, sans responsabilité exécutive sur les opérations du groupe. Isak Andic et lui étaient en désaccord sur les conditions de cette transmission, selon ce qu’Estefanía Knuth a indiqué aux enquêteurs.



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