Avion : les compagnies aériennes les plus dangereuses

Après 394 morts en 2025 et un record de 169 compagnies bannies par l'UE, quelles sont les compagnies aériennes à éviter en 2026 ? Enquête sur l'état réel de la sécurité aérienne mondiale.

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En 2025, deux catastrophes aériennes ont tué à elles seules plus de 300 personnes. Les audits qui ont suivi ont mis à nu des flottes défaillantes, des pilotes mal formés, des régulateurs dépassés. La liste des compagnies interdites de ciel européen n’a jamais été aussi longue. Et certaines des compagnies les plus préoccupantes n’y figurent pas.

Le crash, l’enquête, et ce qu’elle a trouvé

Le 12 juin 2025 à l’aéroport de Sardar Vallabhbhai Patel, à Ahmedabad, un Boeing 787-8 Dreamliner d’Air India décolle en direction de Londres Gatwick. Quelques secondes après la rotation, l’appareil s’écrase sur les bâtiments d’une école de médecine publique. Des 241 personnes à bord, un seul survivant a été dégagé des décombres. Dix-neuf personnes tuées au sol portent le bilan définitif à 260 morts, selon le rapport de l’Autorité indienne d’enquête sur les accidents aériens (AAIB), l’équivalent du BEA français, publié en juillet 2025.

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Le rapport préliminaire de l’AAIB a établi un fait technique précis : les interrupteurs de commande de carburant des deux moteurs ont été placés en position « arrêt » peu après le décollage. Toute défaillance mécanique du Boeing 787 et de ses moteurs GE GEnx-1B a été écartée à ce stade. En février 2026, des sources citées par Capital.fr et le Corriere della Sera ont indiqué que les enquêteurs avaient acquis la « quasi-certitude » d’un acte volontaire du commandant de bord. Aucune conclusion officielle n’a été publiée à ce jour.

Dans les semaines suivantes, la Direction générale de l’aviation civile indienne, le DGCA, régulateur du secteur aérien en Inde, a conduit un audit d’Air India. Résultat : 51 manquements formels, dont 7 infractions de « niveau 1 », la catégorie la plus grave, exigeant une correction sous trente jours. Les 44 autres non-conformités devaient être corrigées dans un délai supplémentaire de trente jours. Parmi les violations documentées : des simulateurs non certifiés utilisés pour la formation des pilotes, des lacunes dans la gestion des plannings d’équipage, des insuffisances dans les qualifications de piste. Le 23 juillet 2025, le DGCA émettait par ailleurs quatre mises en demeure distinctes à la direction d’Air India pour des violations relatives aux normes de repos des équipages.

Janvier 2026 : les données internes d’Air India

En janvier 2026, le taux d’incidents techniques d’Air India — fuites de carburant et d’huile moteur — a atteint 1,09 pour 1 000 vols, contre 0,26 en décembre 2024. Sur plus de 17 500 vols effectués ce mois-là, 23 incidents ont été recensés, dont 21 ont fait l’objet d’enquêtes formelles, selon un document interne consulté par Reuters en février 2026.

Le ministère indien de l’aviation civile a déclaré aux parlementaires que 82,5 % des 166 appareils d’Air India analysés depuis janvier 2025 présentaient des défauts techniques récurrents. Chez IndiGo, le leader du marché indien, ce ratio s’établit à 36,5 %. Sur les liaisons européennes d’Air India, aucune restriction n’a été imposée par les autorités de l’Union européenne à ce jour.

169 compagnies bannies des ciels européens

En décembre 2025, la Commission européenne a publié la 47e mise à jour de la liste de sécurité aérienne de l’UE, le document officiel qui recense les compagnies interdites de vol dans l’espace européen. Concrètement, une compagnie inscrite sur cette liste ne peut ni opérer des vols à destination ou en provenance de l’Union européenne, ni survoler son territoire, quel que soit l’itinéraire. La liste recense désormais 169 transporteurs, contre 129 en décembre 2024. C’est l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) qui conduit les évaluations techniques sur lesquelles repose chaque décision d’interdiction.

L’augmentation de quarante compagnies en un an résulte principalement de l’extension du ban national à la Tanzanie et au Suriname, décidée en juin 2025. Pour le Suriname, Blue Wing Airlines était déjà bannie depuis 2006 ; l’interdiction a été étendue à Surinam Airways et à l’ensemble des transporteurs nationaux. Pour la Tanzanie, Air Tanzania avait été ajoutée individuellement en décembre 2024 avant que l’interdiction soit élargie à tout le secteur.

La liste fonctionne selon deux mécanismes distincts. Le premier est le ban national : quand un pays ne remplit pas les conditions minimales de supervision de la sécurité aérienne, toutes ses compagnies sont interdites d’un bloc. C’est le cas de 17 pays, qui représentent à eux seuls 142 des 169 compagnies bannies : Afghanistan, Angola, avec une exception pour TAAG Angola Airlines et Heli Malongo, Arménie, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Djibouti, Guinée équatoriale, Érythrée, Kirghizistan, Liberia, Libye, Népal, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone, Soudan, Suriname et Tanzanie. Les vingt-deux compagnies certifiées en Russie sont également interdites.

Le Népal figure sur cette liste depuis de nombreuses années. En juillet 2024, l’appareil de Saurya Airlines s’est écrasé à Katmandou : 18 morts. En janvier 2023, le crash de Yeti Airlines avait coûté la vie à 72 personnes. En mai 2022, Tara Air avait perdu 22 passagers dans les montagnes. L’autorité de l’aviation civile népalaise (CAAN) identifie dans son rapport 2025 deux causes dominantes : la perte de contrôle en vol et les collisions avec le relief, situations où un appareil en état de fonctionner percute le sol ou une montagne faute d’une navigation correcte, ce que les spécialistes désignent sous l’acronyme CFIT.

Cinq compagnies dans le viseur de l’EASA

Le second mécanisme de la liste noire est le ciblage individuel : l’EASA peut interdire une compagnie précise, même si son pays d’immatriculation n’est pas sous ban national. Cinq transporteurs font actuellement l’objet de ce type d’interdiction.

Iraqi Airways est bannie des ciels européens depuis 2015. En juin 2025, l’Union européenne a reconduit son interdiction pour six mois supplémentaires, après avoir constaté que l’Irak n’avait pas pris les mesures requises. À la date de la décision, l’Autorité de l’aviation civile irakienne avait déclaré avoir complété 71 % de son plan d’action correctif, un niveau jugé insuffisant par l’EASA pour lever l’embargo. En février 2026, une enquête du média Kurdistan 24 a établi que 25 appareils d’Iraqi Airways seraient hors service, des pièces étant échangées entre avions en réparation.

Fly Baghdad a été ajoutée à la liste en novembre 2023 après que l’EASA lui a refusé l’autorisation d’opérateur de pays tiers, le certificat obligatoire pour toute compagnie non européenne souhaitant voler vers l’UE. L’agence s’appuie sur les mêmes constats réglementaires que pour Iraqi Airways : une supervision nationale irakienne jugée non conforme aux standards internationaux.

Iran Aseman Airlines figure sur la liste depuis 2016. Le 18 février 2018, l’un de ses ATR 72-212, âgé de vingt-cinq ans, s’est écrasé en montagne près de Yasuj : 65 personnes ont péri, selon l’Aviation Safety Network. Les embargos internationaux visant l’Iran ont depuis rendu le maintien en condition des flottes du pays extrêmement difficile, faute d’accès aux pièces conformes aux standards occidentaux.

Avior Airlines, compagnie vénézuélienne, est bannie de l’espace européen depuis plusieurs années. En novembre 2025, la FAA, l’autorité fédérale américaine de l’aviation, a émis un avis de sécurité signalant des risques dans l’espace aérien vénézuélien, poussant sept compagnies internationales à suspendre leurs vols vers le pays, selon MercoPress. En février 2026, Avior Airlines a déclaré être « prête à reprendre le marché américain », mais attend toujours que la FAA reclasse l’aviation vénézuélienne en catégorie 1, le niveau de conformité requis pour opérer des liaisons vers les États-Unis. Le Venezuela est actuellement en catégorie 2, ce qui signifie que son système de supervision ne satisfait pas aux normes minimales de l’organisation internationale de l’aviation civile.

Air Zimbabwe est sur la liste depuis 2017 pour des problèmes de maintenance non conforme. Sur AirlineRatings.com, la compagnie obtient un score de sécurité de 2 sur 7, parmi les plus bas répertoriés sur la plateforme.

Iran Air et Air Koryo : des vols sous conditions

Deux compagnies occupent une position intermédiaire dans la liste européenne : elles ne sont pas totalement interdites, mais ne peuvent desservir l’Europe qu’avec des appareils spécifiquement approuvés par l’EASA, appareil par appareil.

Iran Air peut opérer à destination de l’Union européenne sur certains types d’aéronefs approuvés par l’agence. Les sanctions internationales qui frappent l’Iran depuis des décennies ont rendu le renouvellement et l’entretien de la flotte nationale extrêmement difficiles ; l’EASA distingue, au sein de celle-ci, les appareils qu’elle juge acceptables de ceux qu’elle ne certifie pas.

Air Koryo, la compagnie nationale nord-coréenne, est autorisée avec deux appareils de type TU-204. Aucune liaison commerciale régulière entre la Corée du Nord et l’Union européenne n’existe à ce jour.

2025 : 394 morts sur 38,7 millions de vols

Le rapport annuel de l’IATA, l’Association internationale du transport aérien qui regroupe la quasi-totalité des grandes compagnies mondiales, publié le 9 mars 2026, recense 51 accidents dans l’aviation commerciale mondiale en 2025, dont 8 mortels, contre 7 en 2024. Ce chiffre est en légère baisse par rapport aux 54 accidents de 2024. Pourtant, 394 personnes ont péri dans ces accidents, contre 244 l’année précédente : le bilan humain le plus élevé depuis 2018, année qui avait compté 518 morts.

Le taux d’accidents s’est établi à 1,32 par million de vols, légèrement amélioré par rapport aux 1,42 de 2024, mais supérieur à la moyenne quinquennale 2021-2025 de 1,27. Deux catastrophes concentrent l’essentiel du bilan : le crash d’Air India à Ahmedabad et la collision de PSA Airlines au-dessus de Washington représentent ensemble plus de 77 % des décès de l’année.

Le 29 janvier 2025, un Bombardier CRJ-700 de PSA Airlines, filiale régionale d’American Airlines opérant sous la marque American Eagle, est entré en collision avec un hélicoptère militaire Sikorsky UH-60L Black Hawk lors de son approche de l’aéroport national Reagan, à Washington. Le vol 5342 transportait 60 passagers et 4 membres d’équipage ; l’hélicoptère avait 3 soldats à bord. Aucun des 67 occupants n’a survécu, selon le rapport préliminaire du National Transportation Safety Board (NTSB), le bureau américain d’enquête sur les accidents de transport, publié en mars 2025. C’était le premier accident mortel d’American Airlines depuis 2001.

Ces données 2025 font suite au crash de Jeju Air à Muan, survenu le 29 décembre 2024 : 179 morts sur 181 personnes à bord, après qu’un Boeing 737-800 eut raté son atterrissage et percuté un mur en béton en bout de piste, le pire accident jamais survenu sur le sol sud-coréen. En décembre 2025, le Parlement de Séoul a voté à 245 voix contre 1 l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire indépendante, des suspicions de conflits d’intérêts pesant sur l’enquête officielle conduite par l’ARAIB, le bureau d’enquête coréen sur les accidents aériens et ferroviaires. Son rapport final n’a toujours pas été rendu public.

Sur 38,7 millions de vols effectués en 2025, le taux de mortalité s’est établi à 0,17 par million de vols, soit moins de 2 morts pour 10 millions de passagers transportés. L’avion reste, selon toutes les statistiques disponibles, le moyen de transport le moins meurtrier par kilomètre parcouru.

Quatre outils pour vérifier avant de réserver

La liste de sécurité aérienne de l’UE est accessible gratuitement sur transport.ec.europa.eu et mise à jour plusieurs fois par an. C’est le premier réflexe à avoir avant de réserver un vol avec une compagnie peu connue.

L’IATA dispose d’un programme d’audit distinct, l’IOSA (IATA Operational Safety Audit), consultable sur iata.org. Des inspecteurs indépendants évaluent les procédures opérationnelles et de sécurité de chaque compagnie auditée. Les compagnies certifiées IOSA enregistrent un taux d’accidents de 0,98 par million de vols, contre 2,55 pour les compagnies non certifiées, selon les données IATA 2025, soit 2,6 fois moins d’accidents. En 2025, l’IATA a introduit une nouvelle méthodologie d’audit fondée sur l’analyse du risque pour renforcer ces évaluations.

AirlineRatings.com publie chaque année des évaluations de sécurité notées sur 7 pour des centaines de compagnies. Pour 2026, Etihad Airways arrive en tête, devant Air New Zealand et Qantas ; Cathay Pacific et Qatar Airways complètent les cinq premières places. En janvier 2026, la plateforme AirAdvisor a publié un classement distinct, fondé sur neuf critères d’expérience passager : ponctualité, confort, prix, satisfaction client, qualité des salons. Air Europa arrive en dernière position avec 5,3 sur 15, suivie de LOT Polish Airlines (6,2) et Wizz Air (6,3). Ce classement mesure la qualité du service, pas la sécurité des vols.

Le site du ministère français des Affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr) publie des avis de voyage signalant les risques dans certains espaces aériens, utile pour des destinations où les compagnies locales sont peu documentées par les organismes internationaux.



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