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Un nouveau train de luxe a pris le départ en Europe au printemps 2025. Depuis, les palmarès des grandes revues de voyage n’ont cessé de s’allonger, et les prix de s’envoler. Dix trains concentrent aujourd’hui l’essentiel de cette économie du voyage ferroviaire d’exception, de l’Écosse aux Andes, du Japon à l’Afrique australe. Chacun traverse un territoire. Tous vendent un récit.
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La Dolce Vita prend le départ
Le 4 avril 2025, La Dolce Vita Orient Express a effectué son premier départ commercial au départ de Rome. Le site officiel d’Orient Express confirme pour 2026 une offre active sur la péninsule italienne, avec des itinéraires courts, une gastronomie scénarisée et un design signé par des créateurs italiens contemporains. Depuis cette date, les agences de voyage européennes spécialisées dans le luxe référencent le train dans leurs catalogues.
Le train est opéré par Belmond, filiale de LVMH depuis 2019, qui possède également le Venice Simplon-Orient-Express, le grand aîné du rail de luxe européen. Là où ce dernier rejoue un âge d’or du continent avec des voitures des années 1920, le La Dolce Vita propose une Italie contemporaine, patrimoniale et hédoniste, conçue pour un voyageur qui préfère Florence ou la Sicile depuis une banquette en cuir souple plutôt que depuis un terminal d’aéroport.
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Le Venice Simplon-Orient-Express, depuis 1982
Le Venice Simplon-Orient-Express circule depuis 1982 entre Paris, Venise, Vienne et Prague, avec des voitures Art déco dont la restauration a mobilisé plusieurs dizaines de millions d’euros. Une nuit en cabine double dépasse régulièrement les 5 000 euros selon les itinéraires, et les départs affichent complet plusieurs mois à l’avance. Belmond le présente dans ses supports comme « un théâtre roulant » : non pas un trajet, mais une mise en scène du continent européen d’avant l’aviation de masse.
Le Royal Scotsman, exploité par Belmond depuis 1985 au départ d’Édimbourg, fonctionne sur une logique différente. Ses circuits saisonniers traversent les Highlands écossais pendant deux à sept nuits, avec des arrêts dans des distilleries, au bord des lochs et devant des châteaux. Les voitures en acajou, les cabines en suite et le wagon-spa ont valu au train d’être régulièrement cité par Condé Nast Traveller parmi les dix meilleurs du monde. Les itinéraires 2026 confirment une saison complète d’avril à octobre.
Premier du classement mondial 2025
En mai 2025, Travel + Leisure a classé le Rocky Mountaineer en tête de son palmarès annuel des meilleurs trains du monde, devant le Venice Simplon-Orient-Express. Le magazine américain a retenu quatre critères : qualité des voitures, pertinence de l’itinéraire, service à bord et valeur de l’expérience globale.
Le Rocky Mountaineer circule de jour uniquement dans les Rocheuses canadiennes, entre Vancouver, Banff, Jasper et, depuis 2021, Moab dans l’Utah. Ses voitures à dôme de verre offrent une vue à 270 degrés sur les pics enneigés, les gorges et les forêts de conifères. Quatre routes sont proposées pour la saison 2025-2026 : First Passage to the West, Journey Through the Clouds, Rainforest to Gold Rush et Rockies to the Red Rocks. Le prix d’entrée en classe SilverLeaf dépasse 1 500 dollars canadiens par personne pour un trajet de deux jours.
540 francs suisses pour la vue
Le Glacier Express relie Zermatt à Saint-Moritz en huit heures, sur 291 kilomètres et 91 tunnels. Il est exploité par deux compagnies ferroviaires suisses et circule à fréquence quotidienne de mai à octobre, avec des départs réduits en hiver.
L’Excellence Class est proposée à 540 francs suisses en supplément du billet de première classe. Les sièges sont orientés vers les fenêtres panoramiques, le service comprend un menu gastronomique et la réservation est obligatoire plusieurs semaines à l’avance. Aucun autre train du rail régulier européen n’affiche un supplément de cette nature pour une traversée de huit heures : ce tarif place le Glacier Express dans une catégorie que les opérateurs de croisière maritime ont longtemps occupée seuls.
Quatre trains, quatre continents
Le Maharajas’ Express propose pour 2026 et 2027 ses itinéraires saisonniers entre Delhi et les hauts lieux du nord de l’Inde, Agra, Ranthambore, Jaipur, Varanasi, sur des parcours de six à huit nuits. Opéré par Indian Railway Catering and Tourism Corporation (IRCTC), la branche tourisme des chemins de fer indiens, le train comprend 23 voitures et ne transporte que 88 passagers par départ. Les suites présidentielles atteignent 1 400 dollars par personne et par nuit.
À Kyushu, le Seven Stars circule depuis 2013 autour de cette île du sud du Japon au départ de Hakata, sur des circuits de quatre à sept jours. JR Kyushu, la compagnie ferroviaire régionale qui l’opère, a limité le train à 14 cabines et sélectionne ses passagers par tirage au sort parmi les candidatures déposées plusieurs mois à l’avance. Les bois nobles, les céramiques régionales et les paysages volcaniques de l’île composent un voyage qui prend le contre-pied exact du Shinkansen, le train à grande vitesse japonais : lenteur assumée, rareté calculée.
Fondé en 1989 à Pretoria par Rohan Vos, Rovos Rail propose des voyages de 48 heures à 16 nuits sur plusieurs axes d’Afrique australe : Pretoria–Le Cap, Pretoria–Victoria Falls, Pretoria–Dar es Salaam. Ses voitures restaurées dans un style édouardien comprennent une voiture panoramique vitrée à l’arrière du train. Chaque départ est limité à 72 passagers en formule tout compris.
L’Andean Explorer de Belmond a recentré son exploitation depuis janvier 2025 sur deux itinéraires : Peruvian Highlands, entre Cusco et Puno, et Andean Plains & Islands of Discovery, qui prolonge le trajet jusqu’à Arequipa. Les départs vers d’autres destinations andines, proposés les années précédentes, ont été suspendus. Le train circule à plus de 3 800 mètres d’altitude en moyenne, sur un trajet qui longe le lac Titicaca.
Moscou–Vladivostok : 9 289 kilomètres gelés
Le Golden Eagle a effectué son premier départ commercial sur le Transsibérien en 2007. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, ses itinéraires phares, Moscou–Vladivostok en neuf jours et la route Transmongolienne vers Pékin, sont suspendus pour une durée indéterminée. La compagnie britannique GW Travel, qui opère le train, a redirigé une partie de son offre vers l’Asie centrale et le Caucase.
La traversée Moscou–Vladivostok, 9 289 kilomètres et sept fuseaux horaires, reste l’une des expériences ferroviaires les plus documentées de la presse de voyage mondiale. Elle n’est plus accessible aux voyageurs occidentaux dans ce format depuis 2022.
LVMH, Belmond et la géographie du luxe ferroviaire
Belmond gère trois des dix trains de ce classement, le Venice Simplon-Orient-Express, le Royal Scotsman et l’Andean Explorer, auxquels s’ajoute la Dolce Vita, fruit d’un partenariat avec Accor. LVMH a acquis Belmond en 2019 pour 2,6 milliards de dollars. Depuis, le groupe a investi dans la rénovation des voitures existantes et l’extension des calendriers de départ, selon les rapports annuels publiés par la maison mère.
Belmond affichait en 2024 des tarifs en hausse de 15 % par rapport à 2019 sur le Venice Simplon-Orient-Express. Le Maharajas’ Express a relevé ses prix de base de 20 % entre 2022 et 2024 sans enregistrer de baisse de remplissage sur ses départs phares, selon les déclarations d’IRCTC à la presse indienne spécialisée. Travel + Leisure, BBC Travel et National Geographic publient chaque année des palmarès ferroviaires qui génèrent plusieurs millions de consultations : le Rocky Mountaineer investit plusieurs millions de dollars annuels en publicité dans ces mêmes titres.
Les autres trains du classement, le Golden Eagle, le Glacier Express, le Maharajas’ Express, le Seven Stars, Rovos Rail, appartiennent à des opérateurs indépendants, britanniques, suisses, indiens, japonais ou sud-africains. Ce marché mondial du rail d’exception ne ressemble plus au secteur artisanal qu’il était dans les années 1980 : LVMH y pèse désormais plus de quatre trains sur dix.


