Le Rafale devra tenir seul jusqu’en 2060

Premier Rafale perdu au combat, programme SCAF paralysé : la France mise quatre milliards sur la refonte de son chasseur pour assurer sa souveraineté aérienne jusqu'en 2060.

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Le 7 mai 2025, un Rafale indien s’est écrasé en territoire pakistanais, abattu par un missile chinois, première perte au combat de l’avion le plus sophistiqué de l’armée française. En moins d’un an, Paris a engagé les décisions industrielles les plus lourdes de l’histoire du programme : nouveau standard, nouveau moteur, nouveau drone de combat, nouveau missile antiradar. Mais derrière cette accélération, une équation plus redoutable se pose : si le successeur européen du Rafale n’arrive pas, et tout indique qu’il ne viendra pas à temps, l’avion de Dassault devra tenir seul jusqu’en 2060.

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75 ans de programme, et la menace qui s’est refermée

Jusqu’en 2060, voire au-delà : c’est l’horizon que la France a fixé au Rafale, un chasseur dont la durée de vie de programme approche les 75 ans. Ce calendrier n’est pas une anomalie industrielle. Il résulte d’un choix délibéré d’architecture ouverte, progressant par standards successifs, F1, F2, F3, F4, bientôt F5, chacun intégrant des équipements que le précédent ne pouvait pas accueillir.

Pendant deux décennies, cette stratégie d’évolution incrémentale a maintenu le chasseur dans la compétition technologique sans programme de remplacement. Elle bute aujourd’hui sur une accélération du côté adverse que les planificateurs n’avaient pas anticipée à cette vitesse. Les bulles de déni d’accès, les zones dites A2/AD, où la Russie et la Chine ont déployé des systèmes capables d’interdire l’accès à leurs théâtres d’opérations à des avions adverses, combinent des radars de longue portée, des missiles sol-air multicouches et des chasseurs connectés en réseau. Face à ces systèmes, le Rafale appartient à la génération dite « 4.5 » : un appareil plus avancé que les chasseurs classiques, mais qui ne dispose pas de la furtivité radar native du F-35 américain ou du J-20 chinois. Pour survivre dans ces environnements, il s’appuie sur SPECTRA, son système de guerre électronique embarqué, qui brouille, leurre et sature les défenses adverses.

C’est ce postulat que le 7 mai 2025 a mis à l’épreuve.

Sindoor : ce que les débris ont confirmé

Ce jour-là, l’Inde et le Pakistan s’affrontent dans le plus vaste engagement aérien depuis des décennies, mobilisant environ 110 appareils. L’armée de l’air indienne engage ses Rafale, acquis à la France entre 2016 et 2022, contre des J-10C pakistanais équipés de missiles PL-15E d’origine chinoise. Selon Reuters, qui cite des sources américaines, au moins un Rafale est abattu. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, l’a confirmé publiquement ; le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a fait de même. New Delhi n’a jamais reconnu la perte officiellement, mais des débris du Rafale et du missile PL-15E ont été retrouvés en territoire indien.

L’analyse de l’engagement, portée devant l’Assemblée nationale dans les semaines suivantes, fait apparaître trois défaillances distinctes.

La première est une erreur d’évaluation : les pilotes indiens croyaient voler hors de portée du PL-15E, dont la portée réelle dépasse 200 kilomètres, contre les 145 kilomètres supposés. Ils se trouvaient, en réalité, dans l’enveloppe létale du missile depuis plusieurs minutes avant l’engagement. La deuxième défaillance est informationnelle. La chaîne de détection et de tir pakistanaise, un avion radar Saab 2000 Erieye connecté à des radars au sol et aux J-10C, formant un système où chaque maillon transmet l’information au suivant en temps réel, a fourni aux chasseurs adverses une image de situation que les Rafale ne pouvaient contrebalancer. Le troisième problème est plus technique, et plus inconfortable : des questions ont été soulevées devant l’Assemblée nationale sur la capacité de SPECTRA à détecter les radars LPI, Low Probability of Intercept, c’est-à-dire des radars émettant des signaux si discrets qu’ils sont difficiles à intercepter, du PL-15E, dont la signature n’avait probablement pas été intégrée dans les bibliothèques de menaces des Rafale indiens.

SPECTRA brouille, leurre et sature les systèmes adverses pour compenser l’absence de furtivité native. Son efficacité dépend de la qualité des bibliothèques de menaces qu’il embarque. Face à une signature inconnue, il opère à l’aveugle.

Le F5, ou la réponse à quatre milliards d’euros

Le 8 octobre 2024 à la base aérienne 113 de Saint-Dizier, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a officiellement lancé le programme Rafale F5, sept mois avant l’opération Sindoor. En juillet 2025, la Direction générale de l’armement a annoncé une enveloppe dépassant quatre milliards d’euros d’investissements auprès des fournisseurs industriels, premier poste du programme d’armement français cette année-là. Ce que Sindoor a changé, c’est le statut de ces décisions : des paris industriels sont devenus des impératifs opérationnels confirmés par le feu.

Le général Bellanger a qualifié le F5 de « nouvel avion ». Le radar sera une version entièrement refondue : le RBE2-XG, fondé sur la technologie GaN, nitrure de gallium, un matériau semi-conducteur qui permet des puissances d’émission et une sensibilité de détection très supérieures au silicium, couplée à des algorithmes d’intelligence artificielle. Objectif déclaré : détecter les chasseurs furtifs et les microdrones, deux catégories de cibles que le radar actuel ne voit pas de manière fiable. SPECTRA sera entièrement numérisé et intégrera à son tour de l’IA, réponse directe aux lacunes identifiées lors de Sindoor face aux radars LPI. L’avion recevra également un nouveau capteur optronique infrarouge frontal capable de détecter passivement des cibles furtives à plusieurs dizaines de kilomètres, sans émettre le moindre signal radar détectable.

Quarante-sept Rafale doivent être portés au standard F5 d’ici à 2035, selon la loi de programmation militaire actualisée. Parmi eux, les deux escadrons de la base de Luxeuil, ceux qui emportent la bombe nucléaire.

Trois missiles, trois calendriers, un seul avion

Le 19 juin 2025, la DGA a tiré pour la première fois un MICA NG depuis un Rafale, sur le site Méditerranée de DGA Essais de missiles, dans sa version infrarouge. Le tir a validé la chaîne complète de mise en œuvre. Les premières livraisons, 567 exemplaires commandés pour l’armée de l’Air et la Marine nationale, sont confirmées d’ici à 2030, soit quatre ans de retard sur les prévisions initiales inscrites lors de la notification du contrat en 2018.

La mise à jour de la loi de programmation militaire 2024-2030, publiée début avril 2026 par l’Assemblée nationale, acte formellement l’intégration d’un second missile au Rafale F5 : le Stratus RS. Développé par MBDA dans un cadre franco-britannique avec plus de 750 ingénieurs répartis entre la France, le Royaume-Uni et l’Italie, ce missile supersonique, Mach 3 à 5, soit entre 3 600 et 6 000 km/h, est propulsé par statoréacteur, un mode de propulsion qui n’utilise pas de pièces mobiles et permet d’atteindre ces vitesses extrêmes. Il est équipé d’une tête chercheuse multimode : radar actif et mode passif antiradiation, capable de traquer les émissions d’un radar ennemi même si ce dernier s’éteint après le tir. Le Stratus RS redonne à la France une capacité SEAD, Suppression of Enemy Air Defenses, la destruction des systèmes de défense antiaériens adverses, abandonnée depuis le retrait de l’AS37 Martel au début des années 1990. Trente ans de vide opérationnel. Pleine capacité attendue en 2035.

Le 18 mars 2025, Emmanuel Macron s’est rendu à la base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur pour confirmer que l’ASN4G, missile nucléaire hypersonique de quatrième génération, sera intégré au Rafale F5 à l’horizon 2035. Vitesse annoncée : Mach 6 à 7, soit sept à huit fois la vitesse du son, environ 8 500 km/h. Portée : plus de 1 000 kilomètres, le double de l’ASMP-A qu’il remplacera. Un milliard et demi d’euros ont été alloués pour moderniser la base. Les deux escadrons de Luxeuil qui porteront l’ASN4G seront équipés du F5 : tout retard sur l’avion décale mécaniquement la livraison du missile, et avec lui la modernisation de la composante aéroportée de la dissuasion.

9 tonnes de poussée, 600 millions à trouver

Chaque nouveau standard alourdit le Rafale. Le F5 embarquera des calculateurs plus puissants, un nouveau système de guerre électronique, des capteurs supplémentaires et, bientôt, le contrôle d’un drone de combat. Le M88 actuel, conçu pour le Rafale des années 1990, délivre 7,5 tonnes de poussée par réacteur avec postcombustion. Ses limites physiques sont atteintes.

Safran a officiellement lancé le développement de sa réponse lors du Salon du Bourget en juin 2025 : le M88 T-REX. La cible est une poussée de 9 tonnes par réacteur, 20 % de plus, en conservant la compatibilité modulaire avec le moteur actuel. Pour y parvenir, Safran prévoit un nouveau compresseur basse pression à débit d’air supérieur, des matériaux et circuits de refroidissement améliorés dans la turbine haute pression et une tuyère à aérodynamique redessinée. Qualification visée : le début des années 2030, en synchronisation avec l’entrée en service du F5.

Le programme est estimé à 600 millions d’euros et ne figurait pas explicitement dans la loi de programmation militaire 2024-2030 à l’origine. La DGA l’intègre dans l’enveloppe de quatre milliards d’euros garantie en 2025 au titre du programme F5. Une seconde piste a émergé, plus délicate : selon La Tribune, Paris aurait proposé aux Émirats arabes unis de cofinancer le développement du T-REX, une option qui permettrait d’accélérer le calendrier en partageant le risque financier. Cette option, si elle se confirme, lie le financement d’un moteur militaire souverain à un accord avec Abu Dhabi.

Un pilote, un Rafale, un drone

En octobre 2024, le ministère des Armées a notifié les premiers contrats d’un drone de combat furtif destiné à accompagner le Rafale F5, là encore plusieurs mois avant que Sindoor ne valide publiquement la nécessité de ce type d’appareil. Les bénéficiaires sont Dassault Aviation, Thales et Safran.

L’appareil visera la taille d’un Mirage 2000, sera propulsé par un seul réacteur M88 et bénéficiera des acquis du programme nEUROn, le démonstrateur furtif que Dassault a testé au cours des années 2010. Il sera déployable depuis le porte-avions Charles de Gaulle. Le développement à grande échelle débutera entre 2026 et 2027 ; un premier vol est annoncé avant la fin de la décennie. Le PDG de Dassault a indiqué que cet appareil « contribuera à la supériorité technologique et opérationnelle de l’armée de l’Air et de l’Espace d’ici 2033 ».

Dans sa configuration initiale, un seul drone accompagnera un seul Rafale F5. Dassault étudie la possibilité, à terme, qu’un pilote en contrôle plusieurs simultanément. Le principe opérationnel est le suivant : dans les zones où les défenses adverses sont les plus denses, le drone pénètre en éclaireur pendant que le Rafale orchestre la mission depuis l’arrière, hors de portée des missiles sol-air. C’est exactement le type de configuration dont l’absence a pesé lors de l’opération Sindoor.

Le SCAF est mort. Et maintenant ?

Le 18 février 2026, le chancelier Friedrich Merz a dit ce que beaucoup refusaient encore d’écrire : le SCAF, le Système de Combat Aérien du Futur censé remplacer le Rafale à l’horizon 2040-2045, n’a plus d’avenir dans sa forme actuelle. Deux mois plus tard, le 22 avril 2026, Éric Trappier a annoncé avoir cessé toute négociation avec Airbus Defence and Space sur le pilier NGF, le futur chasseur commun franco-germano-espagnol.

Le programme n’est pas officiellement dissous. Il est gelé depuis fin 2025, ce qui revient au même sur le plan industriel : la phase 2, qui devait être lancée fin 2024, n’a pas été validée. Les démonstrateurs ne peuvent pas démarrer. Les blocages portent sur la gouvernance industrielle, la propriété intellectuelle et la répartition des travaux : aucune des parties n’a cédé d’un centimètre depuis dix-huit mois.

Des scénarios alternatifs circulent à Paris et Berlin : un SCAF réduit à son seul volet commandement et contrôle, sans avion commun ; Airbus qui lancerait son propre chasseur indépendamment de Dassault. La DGA évoque une entrée en service d’un chasseur européen « d’ici 2040 au mieux ». Si le NGF prend encore du retard ou se fragmente, le Rafale F5, et peut-être un hypothétique F6, devra couvrir seul la totalité des missions de haute intensité pendant une décennie supplémentaire. C’est cet argument qui donne aux quatre milliards du F5, aux 600 millions du T-REX et aux contrats du drone leur poids réel : Paris ne programme plus une transition. Paris programme une autonomie prolongée.

La base d’exportation du Rafale apporte, dans ce scénario contraint, une ressource que les planificateurs n’avaient pas anticipée à cette ampleur. Plus de 533 appareils ont été commandés par neuf nations. En avril 2025, l’Inde a signé un contrat pour 26 Rafale Marine supplémentaires. En parallèle, New Delhi a approuvé une commande de 114 appareils pour son armée de l’air, environ 28 milliards de dollars, la plus grande commande de l’histoire du programme. Un partenariat entre Dassault et Tata Advanced Systems pour la fabrication de fuselages en Inde a été signé dans la foulée. Cette base d’utilisateurs mutualise les coûts des standards futurs et maintient le programme viable sur le long terme, avec ou sans successeur européen à l’horizon.



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1 commentaires sur « Le Rafale devra tenir seul jusqu’en 2060 »

  1. Dans la plupart des armées aériennes occidentales, on prolonge le service actif des avions « bien nés » voire maintenir leur production au delà du demi-siècle (F16, F15…). Le Rafale sera produit (au moins) jusqu’en 2040, avec une espérance de vie opérationnelle qui devrait avoisiner les 40 années. Ces avions, à l’instar du « « Beef » (le B52), voleront sur une période qui couvre… 4 générations. Dingue!

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