Rafale, décryptage d’un avion qui peut tout faire

Le Rafale est le seul chasseur au monde capable de mener simultanément cinq types de missions sans dépendre d'aucun allié. Décryptage de l'omnirôle, doctrine de souveraineté absolue.

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La France est le seul pays au monde à avoir conçu un chasseur capable de mener simultanément, dans un même vol, des opérations de supériorité aérienne, de frappe nucléaire, d’attaque au sol et de reconnaissance. Cette ambition, baptisée omnirôle par Dassault Aviation, n’est pas un argument commercial : c’est le choix d’un pays qui a décidé, depuis de Gaulle, de ne jamais avoir à demander la permission de se défendre. À l’heure où Washington reconsidère ses engagements envers ses alliés européens et où les défenses antiaériennes adverses couvrent des portions croissantes du ciel eurasiatique, cette doctrine prend une acuité nouvelle. Décryptage d’un appareil conçu pour tout faire seul.

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Imaginons un scénario simple : une crise éclate simultanément en Méditerranée et dans le Sahel. La France doit surveiller une zone maritime, frapper une cible au sol et maintenir une présence dissuasive dans les airs, en même temps, avec les mêmes avions. C’est précisément ce que le concept d’omnirôle rend possible. Dassault Aviation désigne par ce mot la capacité à conduire simultanément, au cours d’un même vol, des opérations de natures radicalement différentes : supériorité aérienne, attaque au sol, reconnaissance tactique, lutte antinavire, frappe nucléaire. Un F/A-18 américain ou un Typhoon britannique décolle configuré pour une mission précise, avec l’armement et les capteurs correspondants. En vol, un Rafale peut basculer d’une famille de missions à l’autre selon les ordres reçus et les menaces détectées en temps réel, sans revenir se reconfigurer au sol.

C’est parce qu’il porte aussi la bombe atomique que tout le reste doit être souverain. La composante aéroportée de la dissuasion française, c’est-à-dire la capacité de la France à menacer un adversaire d’une frappe nucléaire depuis un avion, repose sur un missile appelé ASMP-A, embarqué sous l’aile du Rafale. Paris ne peut confier cette arme qu’à un appareil dont il maîtrise intégralement le code source, les mises à jour logicielles et les protocoles de communication, sans qu’aucun État étranger ne puisse y accéder ou les bloquer. C’est pourquoi le Rafale est conçu, produit et modernisé sur le territoire national par un consortium fermé : Dassault Aviation pour la cellule et l’intégration système, Safran pour la motorisation, Thales pour le radar, la guerre électronique et l’optronique.

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La réglementation américaine ITAR, pour International Traffic in Arms Regulations, illustre concrètement ce que la France a voulu éviter. Ce texte soumet tout équipement militaire comportant des composants américains à une autorisation préalable de Washington avant tout usage opérationnel ou toute exportation vers un pays tiers. Le F-35, chasseur américain vendu à une vingtaine de pays alliés, intègre massivement des technologies couvertes par cette réglementation : ses utilisateurs doivent notifier, voire solliciter l’accord de l’administration américaine avant certaines missions. Le Rafale échappe à cette contrainte. C’est cet argument, plus que les performances brutes, que la France a mis en avant lors des négociations avec New Delhi, Abu Dhabi ou Athènes.

Une cellule délibérément ingouvernable

Le Rafale se reconnaît à sa silhouette caractéristique : deux petites ailes supplémentaires, appelées plans canards, sont placées juste en avant de l’aile principale, de chaque côté du cockpit. Ce n’est pas un choix esthétique. Associées à l’aile delta à flèche modérée qui forme la voilure principale, ces surfaces rendent l’appareil volontairement instable en tangage à basse vitesse, c’est-à-dire qu’il tend naturellement à piquer du nez sans correction permanente. Un avion instable répond plus vite aux sollicitations du pilote : il est plus agile en combat, capable d’engager des virages que ses adversaires ne peuvent pas suivre. La contrepartie est qu’il ne peut pas voler sans une assistance électronique continue.

Dassault Aviation a résolu ce problème par des commandes de vol électriques en fibre optique, les CDVE, qui ajustent automatiquement la position des surfaces de contrôle plusieurs dizaines de fois par seconde, avant même que le pilote perçoive le déséquilibre. Le système tolère des facteurs de charge de -3,2 G à +9 G en configuration normale de combat, et jusqu’à +11 G en situation d’urgence extrême. À titre de comparaison, un pilote entraîné perd conscience aux alentours de 9 G sans combinaison anti-g adaptée.

La propulsion est assurée par deux turboréacteurs à double flux Snecma M88-2, chacun développant une poussée équivalente à 50 kilonewtons, soit la force nécessaire pour soulever environ cinq tonnes, à sec, et 75 kilonewtons avec la postcombustion, qui injecte du carburant supplémentaire dans le flux de gaz chauds pour un gain de puissance immédiat. Vitesse maximale : Mach 1,8, soit près de 2 200 km/h en haute altitude.

L’avantage tactique le plus significatif tient pourtant à un autre chiffre. Le Rafale peut tenir Mach 1,4 en régime supersonique sans allumer sa postcombustion, avec six missiles embarqués. Cette capacité, appelée supercroisière, signifie qu’il franchit le mur du son sans la torche de flammes visibles à des dizaines de kilomètres qui trahit habituellement la position d’un chasseur aux détecteurs infrarouges adverses, et sans la surconsommation de carburant qui réduirait son rayon d’action.

Sa capacité d’emport reste, selon les données constructeur, un record mondial dans sa catégorie. Doté de 14 points d’attache sous les ailes et le fuselage, 13 pour la version embarquée sur porte-avions, il peut décoller avec 9,5 tonnes de charge utile externe pour une masse à vide d’environ 10 tonnes, soit 1,5 fois son propre poids en armements et réservoirs supplémentaires. Sa vitesse ascensionnelle de 18 000 mètres par minute lui permet d’atteindre son altitude d’interception en un temps qui se compte en secondes là où d’autres chasseurs comptent en minutes.

Le radar qui voit à deux cents kilomètres

La supériorité du Rafale en combat repose sur une idée simple : un pilote qui voit plus loin, plus tôt et plus précisément que son adversaire gagne le combat avant même que les missiles ne soient tirés. Trois systèmes travaillent ensemble pour lui donner cet avantage.

Le premier est le radar Thales RBE2-AESA. Contrairement aux radars classiques, dont l’antenne tourne mécaniquement pour balayer l’espace, le RBE2-AESA dirige son faisceau par des moyens purement électroniques, sans pièce mobile, ce qui le rend infiniment plus rapide et plus précis. Premier radar de ce type embarqué sur un chasseur européen, il détecte des cibles jusqu’à 200 kilomètres, suit simultanément 40 pistes distinctes et peut engager 8 cibles aériennes en même temps. Son faisceau, repositionnable en quelques millisecondes, lui permet également de générer une cartographie 3D du terrain pour guider l’avion automatiquement au ras du sol, sans visibilité, lors des raids en profondeur.

Le deuxième est l’Optronique Secteur Frontal, l’OSF. Ce capteur combine une caméra à haute résolution et un détecteur infrarouge capable d’identifier un aéronef à 50 kilomètres et de le suivre jusqu’à 100 kilomètres. Sa caractéristique déterminante : il est totalement passif. Il n’émet aucun signal et ne peut donc être ni détecté ni brouillé par l’adversaire. Face à un appareil dit furtif, conçu pour tromper les radars mais qui continue d’émettre de la chaleur par ses réacteurs, l’OSF reste opérationnel là où le radar perd le contact.

Ces deux capteurs, ainsi que l’ensemble des systèmes de renseignement électronique embarqués, alimentent un ordinateur central appelé MDPU. Son rôle est de fusionner automatiquement toutes ces informations pour présenter au pilote une image unique, synthétique et lisible en plein combat, plutôt qu’une accumulation d’écrans spécialisés à interpréter sous le stress. Réduire la charge cognitive du pilote dans les situations extrêmes a été, selon Dassault Aviation, l’un des critères de conception les plus contraignants du poste de pilotage.

Le troisième système est SPECTRA, développé conjointement par Thales et MBDA. Ce n’est pas un capteur mais un bouclier électronique, intégré à la cellule de l’avion plutôt qu’ajouté en nacelle externe. Il combine des brouilleurs à antenne active, des détecteurs d’alerte radar, laser et départ missile, et assure une protection de 360 degrés autour de l’appareil. Sa précision interférométrique localise une source d’émission ennemie à moins d’un degré près, ce qui permet d’identifier la nature et la position exacte d’une menace sans que le Rafale n’émette lui-même le moindre signal révélateur. Son mode de brouillage par annulation active réduit significativement la signature radar de l’appareil. Résultat opérationnel direct : le Rafale peut pénétrer seul dans un environnement de défenses antiaériennes denses sans avoir besoin d’un appareil spécialisé dans la destruction préalable de ces défenses, ce que les militaires désignent par l’acronyme SEAD, pour Suppression of Enemy Air Defenses.

De l’Exocet au missile nucléaire

Le canon NEXTER 30M791, logé dans le fuselage, cadence à 2 500 obus par minute. Il rappelle que le combat tournoyant à très courte portée n’a pas disparu des doctrines d’emploi, même à l’ère des missiles longue portée.

Pour le combat aérien à distance, le Rafale emporte les missiles MICA en deux versions : guidage infrarouge, qui suit la chaleur émise par les réacteurs d’une cible, ou guidage électromagnétique, qui suit le signal radar réfléchi. Ce double guidage permet au pilote de choisir le mode le moins sensible aux contre-mesures adverses selon la situation. Au-delà de 100 kilomètres, le Meteor prend le relais. Ce missile franco-britannique est propulsé par un statoréacteur, un moteur qui comprime l’air ambiant pour alimenter sa combustion sans aucune pièce mobile, ce qui lui donne une endurance et une vitesse supérieures aux missiles classiques à propergol solide. Sa « zone sans échappatoire », c’est-à-dire la distance en deçà de laquelle une cible ne dispose plus d’aucune manœuvre d’évasion statistiquement viable avant l’impact, est nettement plus étendue que celle de ses équivalents russes ou américains actuels.

Les missions au sol sont couvertes par deux armes complémentaires. L’AASM, armement air-sol modulaire, frappe une cible en mouvement jusqu’à 55 kilomètres, avec une précision de quelques mètres, par tous les temps et de nuit. Le SCALP-EG est un missile de croisière furtif conçu pour détruire des cibles durcies ou enterrées en profondeur. Il peut être lâché à plusieurs centaines de kilomètres du point visé, ce qui maintient l’avion hors de portée des défenses rapprochées de la cible. L’AM39 Exocet assure la mission antinavire, une continuité directe d’une tradition opérationnelle française qui remonte à la guerre des Malouines en 1982, où ces missiles avaient coulé plusieurs bâtiments britanniques.

L’ASMP-A ferme cet arsenal : missile supersonique, portée classifiée, tête thermonucléaire. Son intégration sur le Rafale obéit à la logique exposée en ouverture : Paris doit être le seul à décider quand et comment cet armement est utilisé, et cela exige que l’avion qui le porte ne dépende techniquement d’aucun autre État.

Neuf heures de vol, un char, un avion

Le 11 janvier 2013, trois Rafale décollent de la base aérienne de Saint-Dizier, en Haute-Marne. Leur destination : le Mali, où des colonnes de véhicules jihadistes progressent vers Bamako. Ils conduisent des frappes de précision sur ces colonnes, puis se posent à N’Djamena, au Tchad. Durée totale de la mission depuis le décollage en France : 9 heures et 35 minutes, sans escale ni ravitaillement au sol. Aucun autre chasseur occidental n’avait alors démontré la capacité de frapper avec précision au cœur de l’Afrique subsaharienne depuis le territoire métropolitain, sans base avancée préalable.

Ce raid n’est pas le premier fait d’armes de l’appareil. Le Rafale est entré en opérations extérieures dès 2007 en Afghanistan. En 2011, lors de l’opération Harmattan en Libye, un appareil a détruit simultanément un char et un avion d’entraînement libyen, un Soko G-2 Galeb, tous deux situés à 55 kilomètres de distance. L’identification de chaque cible, sa discrimination parmi d’autres véhicules au sol et le tir ont été réalisés en moins d’une minute entre la détection et l’impact, selon les données diffusées par le ministère des Armées.

En avril 2024, dans le ciel jordanien, le Rafale a abattu plusieurs drones kamikazes Shahed iraniens lors de l’attaque massive contre Israël, signant sa première victoire aérienne officiellement confirmée. Après dix-sept ans d’opérations extérieures au-dessus de théâtres terrestres, l’appareil validait pour la première fois en conditions réelles son volet défense aérienne, face à une menace aérienne contemporaine.

F5, drone furtif, moteur neuf : le programme jusqu’en 2060

Le standard F4, actuellement déployé dans les forces, intègre plusieurs avancées significatives. Le viseur de casque Scorpion de Thales permet au pilote de désigner une cible simplement en la regardant, sans toucher aux commandes de l’appareil. La radio logicielle CONTACT assure des communications sécurisées en réseau entre plusieurs appareils. De nouvelles liaisons satellitaires chiffrées transitent via Syracuse IV, le satellite militaire français dédié. L’ensemble permet au Rafale de combattre non plus seul mais en réseau, en partageant en temps réel sa situation tactique avec d’autres appareils ou avec des centres de commandement au sol.

Le standard F5, attendu entre 2030 et 2035, engage une rupture d’une autre nature. Un drone de combat furtif, un appareil sans pilote dérivé du démonstrateur nEUROn développé par Dassault avec plusieurs partenaires européens, évoluera en essaim aux côtés du Rafale. Sa mission sera de pénétrer en premier dans les zones les plus dangereuses du ciel, celles couvertes par les systèmes de défense antiaérienne dits A2/AD, un acronyme anglais signifiant littéralement « interdiction d’accès et déni de zone », conçus pour empêcher tout aéronef hostile de franchir un espace aérien donné. Le drone ouvre la voie. Le Rafale frappe. Cette architecture répond directement à la prolifération des systèmes de missiles sol-air russes S-400 et chinois HQ-9, déployés ou exportés par plusieurs États ces dix dernières années.

Le F5 emportera l’ASN4G, futur missile nucléaire hypersonique volant à plus de cinq fois la vitesse du son en phase terminale, successeur de l’ASMP-A. Pour alimenter les besoins énergétiques considérablement accrus de cette version, nouveau radar, guerre électronique offensive renforcée, intelligence artificielle embarquée, Safran développe le moteur T-REX. Cette refonte profonde du M88 portera la poussée de chaque réacteur à près de 110 kilonewtons, contre 75 kilonewtons actuellement en postcombustion. Ce moteur doit garantir la viabilité du Rafale jusqu’en 2060 : le chasseur dont la première version a volé en 1986 sera encore en service trente-cinq ans après les corrections que Safran commence à dessiner aujourd’hui.

La France est le seul pays au monde à avoir conçu un chasseur capable de mener simultanément, dans un même vol, des opérations de supériorité aérienne, de frappe nucléaire, d’attaque au sol et de reconnaissance. Cette ambition, baptisée omnirôle par Dassault Aviation, n’est pas un argument commercial : c’est le choix d’un pays qui a décidé, depuis de Gaulle, de ne jamais avoir à demander la permission de se défendre. À l’heure où Washington reconsidère ses engagements envers ses alliés européens et où les défenses antiaériennes adverses couvrent des portions croissantes du ciel eurasiatique, cette doctrine prend une acuité nouvelle. Décryptage d’un appareil conçu pour tout faire seul.

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Imaginons un scénario simple : une crise éclate simultanément en Méditerranée et dans le Sahel. La France doit surveiller une zone maritime, frapper une cible au sol et maintenir une présence dissuasive dans les airs, en même temps, avec les mêmes avions. C’est précisément ce que le concept d’omnirôle rend possible.
Dassault Aviation désigne par ce mot la capacité à conduire simultanément, au cours d’un même vol, des opérations de natures radicalement différentes : supériorité aérienne, attaque au sol, reconnaissance tactique, lutte antinavire, frappe nucléaire. Un F/A-18 américain ou un Typhoon britannique décolle configuré pour une mission précise, avec l’armement et les capteurs correspondants. En vol, un Rafale peut basculer d’une famille de missions à l’autre selon les ordres reçus et les menaces détectées en temps réel, sans revenir se reconfigurer au sol.

C’est parce qu’il porte aussi la bombe atomique que tout le reste doit être souverain. La composante aéroportée de la dissuasion française, c’est-à-dire la capacité de la France à menacer un adversaire d’une frappe nucléaire depuis un avion, repose sur un missile appelé ASMP-A, embarqué sous l’aile du Rafale. Paris ne peut confier cette arme qu’à un appareil dont il maîtrise intégralement le code source, les mises à jour logicielles et les protocoles de communication, sans qu’aucun État étranger ne puisse y accéder ou les bloquer. C’est pourquoi le Rafale est conçu, produit et modernisé sur le territoire national par un consortium fermé : Dassault Aviation pour la cellule et l’intégration système, Safran pour la motorisation, Thales pour le radar, la guerre électronique et l’optronique.

La réglementation américaine ITAR, pour International Traffic in Arms Regulations, illustre concrètement ce que la France a voulu éviter. Ce texte soumet tout équipement militaire comportant des composants américains à une autorisation préalable de Washington avant tout usage opérationnel ou toute exportation vers un pays tiers. Le F-35, chasseur américain vendu à une vingtaine de pays alliés, intègre massivement des technologies couvertes par cette réglementation : ses utilisateurs doivent notifier, voire solliciter l’accord de l’administration américaine avant certaines missions. Le Rafale échappe à cette contrainte. C’est cet argument, plus que les performances brutes, que la France a mis en avant lors des négociations avec New Delhi, Abu Dhabi ou Athènes.

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Dassault Aviation a résolu ce problème par des commandes de vol électriques en fibre optique, les CDVE, qui ajustent automatiquement la position des surfaces de contrôle plusieurs dizaines de fois par seconde, avant même que le pilote perçoive le déséquilibre. Le système tolère des facteurs de charge de -3,2 G à +9 G en configuration normale de combat, et jusqu’à +11 G en situation d’urgence extrême. À titre de comparaison, un pilote entraîné perd conscience aux alentours de 9 G sans combinaison anti-g adaptée.

La propulsion est assurée par deux turboréacteurs à double flux Snecma M88-2, chacun développant une poussée équivalente à 50 kilonewtons, soit la force nécessaire pour soulever environ cinq tonnes, à sec, et 75 kilonewtons avec la postcombustion, qui injecte du carburant supplémentaire dans le flux de gaz chauds pour un gain de puissance immédiat. Vitesse maximale : Mach 1,8, soit près de 2 200 km/h en haute altitude.

L’avantage tactique le plus significatif tient pourtant à un autre chiffre. Le Rafale peut tenir Mach 1,4 en régime supersonique sans allumer sa postcombustion, avec six missiles embarqués. Cette capacité, appelée supercroisière, signifie qu’il franchit le mur du son sans la torche de flammes visibles à des dizaines de kilomètres qui trahit habituellement la position d’un chasseur aux détecteurs infrarouges adverses, et sans la surconsommation de carburant qui réduirait son rayon d’action.

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Le radar qui voit à deux cents kilomètres

La supériorité du Rafale en combat repose sur une idée simple : un pilote qui voit plus loin, plus tôt et plus précisément que son adversaire gagne le combat avant même que les missiles ne soient tirés. Trois systèmes travaillent ensemble pour lui donner cet avantage.

Le premier est le radar Thales RBE2-AESA. Contrairement aux radars classiques, dont l’antenne tourne mécaniquement pour balayer l’espace, le RBE2-AESA dirige son faisceau par des moyens purement électroniques, sans pièce mobile, ce qui le rend infiniment plus rapide et plus précis. Premier radar de ce type embarqué sur un chasseur européen, il détecte des cibles jusqu’à 200 kilomètres, suit simultanément 40 pistes distinctes et peut engager 8 cibles aériennes en même temps. Son faisceau, repositionnable en quelques millisecondes, lui permet également de générer une cartographie 3D du terrain pour guider l’avion automatiquement au ras du sol, sans visibilité, lors des raids en profondeur.

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Ces deux capteurs, ainsi que l’ensemble des systèmes de renseignement électronique embarqués, alimentent un ordinateur central appelé MDPU. Son rôle est de fusionner automatiquement toutes ces informations pour présenter au pilote une image unique, synthétique et lisible en plein combat, plutôt qu’une accumulation d’écrans spécialisés à interpréter sous le stress. Réduire la charge cognitive du pilote dans les situations extrêmes a été, selon Dassault Aviation, l’un des critères de conception les plus contraignants du poste de pilotage.

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Le canon NEXTER 30M791, logé dans le fuselage, cadence à 2 500 obus par minute. Il rappelle que le combat tournoyant à très courte portée n’a pas disparu des doctrines d’emploi, même à l’ère des missiles longue portée.

Pour le combat aérien à distance, le Rafale emporte les missiles MICA en deux versions : guidage infrarouge, qui suit la chaleur émise par les réacteurs d’une cible, ou guidage électromagnétique, qui suit le signal radar réfléchi. Ce double guidage permet au pilote de choisir le mode le moins sensible aux contre-mesures adverses selon la situation. Au-delà de 100 kilomètres, le Meteor prend le relais. Ce missile franco-britannique est propulsé par un statoréacteur, un moteur qui comprime l’air ambiant pour alimenter sa combustion sans aucune pièce mobile, ce qui lui donne une endurance et une vitesse supérieures aux missiles classiques à propergol solide. Sa « zone sans échappatoire », c’est-à-dire la distance en deçà de laquelle une cible ne dispose plus d’aucune manœuvre d’évasion statistiquement viable avant l’impact, est nettement plus étendue que celle de ses équivalents russes ou américains actuels.

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L’ASMP-A ferme cet arsenal : missile supersonique, portée classifiée, tête thermonucléaire. Son intégration sur le Rafale obéit à la logique exposée en ouverture : Paris doit être le seul à décider quand et comment cet armement est utilisé, et cela exige que l’avion qui le porte ne dépende techniquement d’aucun autre État.

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Ce raid n’est pas le premier fait d’armes de l’appareil. Le Rafale est entré en opérations extérieures dès 2007 en Afghanistan. En 2011, lors de l’opération Harmattan en Libye, un appareil a détruit simultanément un char et un avion d’entraînement libyen, un Soko G-2 Galeb, tous deux situés à 55 kilomètres de distance. L’identification de chaque cible, sa discrimination parmi d’autres véhicules au sol et le tir ont été réalisés en moins d’une minute entre la détection et l’impact, selon les données diffusées par le ministère des Armées.

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Le standard F5, attendu entre 2030 et 2035, engage une rupture d’une autre nature. Un drone de combat furtif, un appareil sans pilote dérivé du démonstrateur nEUROn développé par Dassault avec plusieurs partenaires européens, évoluera en essaim aux côtés du Rafale. Sa mission sera de pénétrer en premier dans les zones les plus dangereuses du ciel, celles couvertes par les systèmes de défense antiaérienne dits A2/AD, un acronyme anglais signifiant littéralement « interdiction d’accès et déni de zone », conçus pour empêcher tout aéronef hostile de franchir un espace aérien donné. Le drone ouvre la voie. Le Rafale frappe. Cette architecture répond directement à la prolifération des systèmes de missiles sol-air russes S-400 et chinois HQ-9, déployés ou exportés par plusieurs États ces dix dernières années.

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1 commentaires sur « Rafale, décryptage d’un avion qui peut tout faire »

  1. Très bel article, super résumé de l’histoire et des capacités singulières de cet avion, qui , aux dires même de celles et ceux qui sont à ses minimanches, est plus fort qu’eux. le Rafale est l’expression ultime de ce qu’est un avion de chasse.

    Bravo!

    PS: Sinon… Humm. Un avion instable est le contraire de ce que vous expliquez en début d’article. Son centre de gravité se trouve en arrière du centre de portance, par définition. C’est l’avion stable, dont le centre de gravité se trouve en avant du centre de portance, qui aura naturellement une tendance à piquer (et donc reprendre de la vitesse en cas de décrochage ou de vrille).

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