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Longtemps, le chasseur de Dassault Aviation n’a trouvé aucun acheteur hors de France, au point de passer pour un échec à l’exportation. Le verdict s’est inversé en une poignée d’années. Il est devenu l’avion des États qui refusent de confier leur défense à Washington. Comment ce retournement s’est-il produit ?
Le 12 février 2026, le Defence Acquisition Council (DAC) du ministère indien de la Défense a accordé l’Acceptance of Necessity (AoN) pour l’achat de 114 Rafale supplémentaires, au titre du programme MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft). Le montant de l’opération est estimé entre 33 et 40 milliards de dollars, selon les armements, les équipements et les compensations industrielles qui seront retenus. Sur les 114 appareils visés, 18 seraient livrés clés en main depuis la France, 96 assemblés sur le sol indien. Cette autorisation, étape obligatoire de la procédure indienne, n’a pas valeur de contrat ferme.
L’armée de l’air indienne (Indian Air Force, IAF) avait formellement recommandé cet achat au gouvernement à la mi-septembre 2025. Emmanuel Macron s’est rendu à New Delhi du 17 au 19 février 2026, trois jours après l’accord du DAC, Paris se déclarant « très confiant » sur la finalisation du dossier. Des négociations techniques et commerciales entre les deux États doivent encore aboutir avant toute signature.
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Dix ans, 533 commandes
Au 31 décembre 2025, Dassault Aviation comptait 220 Rafale restant à livrer dans son carnet de commandes, 175 pour l’export et 45 pour l’armée française, pour 46,6 milliards d’euros. Plus de 533 Rafale ont été commandés au total par la France et huit nations étrangères depuis le premier contrat d’exportation, signé avec l’Égypte en 2015. Le 7 octobre 2025, le 300e appareil est sorti des chaînes.
Les Émirats arabes unis ont commandé 80 Rafale le 3 décembre 2021, pour 17 milliards d’euros, au standard F4, la version la plus avancée de l’appareil, l’avion évoluant par paliers successifs. Ce contrat a sécurisé la production de Dassault jusqu’en 2031. L’Indonésie a suivi en février 2022 avec 42 appareils, pour plus de 7 milliards d’euros.
Après avoir acquis 36 Rafale pour son armée de l’air en 2016, l’Inde a signé le 28 avril 2025 l’accord intergouvernemental portant sur 26 Rafale M (Marine), pour 6,5 milliards d’euros : 22 monoplaces, 4 biplaces d’entraînement, simulateurs, armements et soutien associés, livraisons achevées d’ici 2030. La Marine indienne devient le premier utilisateur du Rafale M en dehors de la Marine nationale française, devant le F/A-18 Super Hornet de Boeing.
La Grèce a commandé 24 appareils entre 2021 et 2022, dont 12 prélevés sur l’inventaire de l’armée de l’air française. La Croatie en a acheté 12 de seconde main. Fin août 2024, la Serbie a officialisé l’achat de 12 Rafale neufs au standard F4.1, pour 2,7 milliards d’euros.
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Un Rafale abattu, et après
Conçu pour remplacer sept types de chasseurs de l’ancienne génération, le Rafale a été engagé au combat en Afghanistan, en Libye, au Mali, en Irak et en Syrie. Pendant l’opération Harmattan, en 2011, des Rafale ont frappé des cibles libyennes à plus de 50 kilomètres avec la bombe guidée AASM, sans escorte spécialisée en guerre électronique.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 2025, l’Inde a lancé l’opération Sindoor, une série de frappes contre des cibles au Pakistan et au Cachemire pakistanais, en représailles à un attentat terroriste dans le Cachemire indien. Plusieurs sources concordantes, des responsables américains cités par Reuters et CNN ainsi que des sources du renseignement français, ont établi qu’au moins un Rafale de l’IAF avait été abattu, probablement par un missile air-air chinois PL-15E tiré depuis un chasseur J-10CE pakistanais. Ce serait la première perte au combat d’un Rafale depuis son entrée en service, en 2002. New Delhi n’a jamais reconnu la nature précise des appareils perdus ; un général indien a indiqué à Bloomberg TV qu’« au moins un chasseur indien avait été abattu ».
La perte tiendrait à un défaut de renseignement et de coordination avec les avions radars de surveillance (désignés AEW&C) côté indien, non à une faiblesse de l’appareil. Ces avions sont censés détecter les menaces à grande distance et guider les chasseurs. Les pilotes auraient sous-estimé la portée réelle du PL-15E exporté, tiré depuis environ 200 kilomètres, là où la portée connue plafonnait à 150 kilomètres. L’IAF a depuis « rectifié ses tactiques ».
En novembre 2025, l’US-China Economic and Security Review Commission a documenté la campagne de désinformation lancée par Pékin après l’incident : faux comptes et images générées par intelligence artificielle présentées comme des « preuves » de Rafale détruits, pour fragiliser l’avion français et vanter le J-35 chinois sur les marchés régionaux. C’est pourtant après Sindoor, en août 2025, que l’IAF a consolidé sa recommandation d’achat des 114 appareils.
SPECTRA contre les serveurs américains
Le F-35 de Lockheed Martin fait remonter ses données de mission et ses paramètres techniques vers des serveurs américains. En cas de désaccord politique, Washington pourrait théoriquement restreindre l’accès au système ou l’emploi de l’avion. Le système d’autoprotection SPECTRA, développé par Thales et MBDA, repose à l’inverse sur une bibliothèque de menaces que le pays client définit, intègre et met à jour sans contrôle externe.
En février 2026, le Premier ministre belge Bart De Wever a annoncé l’acquisition de 11 F-35A supplémentaires, portant à terme la flotte belge à 45 appareils. Bruxelles avait déjà acheté 34 F-35 et formé ses équipes à cet avion ; renoncer à cette flotte pour repartir d’un autre appareil lui aurait coûté trop cher.
Emmanuel Macron et le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont signé le 17 novembre 2025, à la base aérienne de Villacoublay, une « déclaration d’intention » portant sur l’acquisition par Kiev d’une centaine de Rafale, étalée sur une dizaine d’années, avec armements associés. L’accord englobe 8 systèmes sol-air SAMP/T NG, des radars, des drones et des bombes guidées AASM Hammer. Le financement, mobilisation des actifs russes gelés et fonds européens, n’est pas réglé, et les premières livraisons n’interviendraient pas avant 2028, au plus tôt.
Hyderabad assemblera le M88
Le 5 juin 2025, à Saint-Cloud, Dassault Aviation et Tata Advanced Systems Limited ont signé des accords portant sur la fabrication du fuselage complet du Rafale à Hyderabad, avec une cible de deux fuselages par mois à partir de 2028. Jamais un fuselage de Rafale n’avait été produit hors de France. L’assemblage final des 96 appareils destinés à l’Inde reviendrait au site de Dassault Reliance Aerospace Limited à Nagpur, qui produit des pièces Rafale depuis 2016, pour une capacité visée de 24 appareils par an.
Safran a franchi un cap supplémentaire le 13 février 2026 en annonçant l’implantation d’une chaîne d’assemblage du moteur M88 en Inde, autre première hors de France. Son directeur général, Olivier Andriès, a indiqué que les pièces les plus critiques du moteur continueraient d’être fabriquées en France, seul l’assemblage final étant transféré. En novembre 2025, Safran avait inauguré à Hyderabad une installation de maintenance dédiée au M88, d’une valeur supérieure à 40 millions d’euros, capable d’entretenir plus de 600 modules par an.
En 2025, Dassault a livré 26 Rafale, 15 à l’export et 11 pour la France, au-delà de l’objectif de 25 appareils. Le 23 septembre 2025, le constructeur a inauguré à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, son premier site de production neuf depuis les années 1970 : un bâtiment de 39 700 m² sur 11 hectares, 150 millions d’euros investis, plus de 600 salariés, dédié à l’assemblage des tronçons avant des fuselages. La trajectoire annoncée prévoit 3 Rafale par mois dès 2026, 4 à partir de 2028-2029, 5 à l’horizon 2030.
L’avion coûte environ 16 500 euros par heure de vol, soit 2,5 fois moins qu’un F-35A, dont l’heure s’établit à 42 000 dollars. Dès la conception, Dassault a retenu une maintenance « selon état » qui permet de remplacer un moteur M88 en une heure environ avec trois mécaniciens. Lors d’exercices conjoints, des mécaniciens de la Marine nationale ont changé un M88 en trois heures sur le pont du porte-avions américain USS Harry S. Truman ; la même opération demande 72 heures à l’US Air Force pour un F-35A sur base terrestre. Dassault a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 7,4 milliards d’euros, en hausse de 19 %, pour un résultat net ajusté de 1,061 milliard d’euros et une trésorerie disponible de 9,4 milliards d’euros.
Le F5 face au F-47
Le futur standard F5 figure déjà en option dans les discussions du contrat indien. En octobre 2024, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a annoncé les premières études destinées à lever les risques techniques de cette version, pour 318 millions d’euros. Le F5 vise une capacité opérationnelle initiale en 2033 et une pleine capacité en 2035, avec un nouveau radar à balayage électronique, une guerre électronique renforcée, le missile nucléaire hypersonique ASN4G, successeur de l’ASMP-A pour la composante aéroportée de la dissuasion française, et la capacité de piloter des drones de combat furtifs dérivés du nEUROn, un démonstrateur expérimental européen.
Fin 2025, les Émirats arabes unis, qui devaient apporter 3,5 milliards d’euros sur une facture estimée à environ 5 milliards d’euros, se sont retirés du cofinancement du F5. La France assumera seule le développement, au risque d’étaler les livraisons.
Lockheed Martin a livré 191 F-35 en 2025, un record qui dépasse les 142 appareils de l’année précédente ; plus de 1 000 exemplaires volent dans une quinzaine de pays. En mars 2025, le programme américain de chasseur de nouvelle génération (NGAD) a été attribué à Boeing sous la désignation F-47, un appareil de sixième génération dont le coût unitaire dépasserait 300 millions de dollars. En parallèle, Lockheed Martin propose un F-35+ doté de capacités d’intelligence artificielle et capable de piloter des drones de combat collaboratifs, sur le créneau même que vise le Rafale F5. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le F-35 retrouve des débouchés vers le Golfe, et les négociations entre Paris et Riyad sur le Rafale sont à l’arrêt depuis le début de l’année.


